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23 articles avec ecrits

Passez moi l'expression!

Publié le par ap


« …un bâtiment en briques rouges avec des fenêtres bleues, vous trouverez facilement en suivant la direction piscine et patinoire… Disons 17h30, demain ! »

Je n’avais jamais pratiqué – ou plutôt subi - d’EMG et je ne connaissais pas le protocole.

 « Asseyez vous sur le siège et détendez-vous », m’a dit le médecin. Il a posé des pinces en divers endroits de ma main et mon avant bras, « Nous utilisons de l’électricité pour cet examen… Ce n’est pas très agréable… », a-t-il ajouté, avant de tourner le bouton de l’appareil.

Si vous avez déjà pris du jus en touchant des fils électriques dénudés, reliés au secteur, vous pouvez vous faire une idée de la sensation. Ca, plus l’implantation d’aiguilles dans les muscles pour mesurer la contraction de ceux-ci… Bref, un petit supplice.

Assis, le bras gauche offert aux décharges de courant, j’ai compris soudain la monstruosité du procédé utilisé pour l’application de la peine capitale dans certains états des Etats Unis d’Amérique. Car si tout le monde a  une fois au moins, dans sa vie éprouvé cette secoue provoquée par le courant traversant le corps, même à faible dose, personne n’a jamais testé la pendaison ou la décapitation avant… Ce qu’il y a donc de barbare dans cette exécution, au-delà du fait que ce soit une mise à mort programmée, c’est qu’elle repose sur une mémoire intime de la douleur, comme devait l’être l’épreuve du feu pour les gens condamnés au bûché.

Quinze décharges plus tard, le médecin m’a annoncé que tout allait bien et qu’il ne semblait pas y avoir de lésions du système nerveux à ce stade de l’examen. Il ne comprenait pas très bien ce qui se passait mais suggérait de creuser encore. Là, j’ai un peu tiqué, j’avais encore les effets des ondes qui résonnaient dans mon avant bras… Puis, après avoir repris les éléments du dossier et repassé en revue les différents symptômes, il a dit : « En fait, je crois que vous êtes au bout du rouleau ! ». 

L’expression a claqué comme une gifle. Pour moi cela voulait dire rideau ! Devant mon désarrois, il a cependant tenu à nuancer son propos : « Trop de fatigue, de stress  - c’est fou comme ce mot est utilisé lorsque rien de concret ne peut être mis en face - et votre système nerveux central déraille. Plus rien n’est coordonné, c’est la panique à bord, le grand bordel !... Passez moi l’expression ! ».

Bon! Mais que voulait dire vraiment cette expression, « être au bout du rouleau ». En rentrant chez moi, pour en avoir le cœur net, j’ai effectué quelques recherches

J’ai d’abord croisé, sur le forum de l’Université de Médecine de Montréal un article sur le SFC, avant de trouver l’origine de l’expression sur un autre site :

« Jusqu'au Moyen Age, les livres étaient constitués de feuilles collées bout à bout, écrites sur une seule face, puis enroulées autour d’un bâton d'ivoire ou de buis. Cette feuille portait le nom de rôle. C'est d'ailleurs sous ce nom qu'on appelait les registres administratifs et de ce nom également que vient l'expression "à tour de rôle". Contrairement aux textes littéraires, le texte des acteurs médiévaux d'une pièce de théâtre était écrit sur un rôle (ce qui explique l’expression « jouer un rôle. »). Lorsque la feuille était de petite taille (ou le rôle de théâtre peu important), on utilisait le diminutif de rollet. Ainsi, celui qui arrivait au bout du rollet n'avait plus rien à lire ou dire.

A la fin du XVIIe siècle, par extension, quelqu'un qui était au bout de son rollet  était quelqu'un qui ne savait plus quoi dire à la fin d'un discours, plus quoi faire dans ce qu'il avait entrepris, plus quoi répondre ou plus trouver de quoi vivre.

C'est donc tout naturellement que, détachée de son origine théâtrale avec la connotation « à bout de ressources », l'expression, au XIXe siècle a été utilisée, d'autant plus que les ressources financières étaient alors aussi matérialisées par de petits rouleaux de papier où l’on rangeait les pièces (comme les banquiers le font toujours aujourd'hui). Être au bout de son rouleau c'était ne plus avoir de pièces donc d’argent.

Enfin, cette expression aurait été revitalisée à la fin du XIXe siècle par les cylindres (les rouleaux !) des phonographes de l'époque qui produisaient des sons de plus en plus déformés au fur et à mesure que le ressort du mécanisme arrivait en bout de course, donnant l'impression de peiner et de ne plus en pouvoir. »

Finalement, j'ai songé que l’association avec le rideau qui retombe sur la scène, après le spectacle n’était donc pas si éloignée du sens


[…]

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Vous êtes en attente!

Publié le par ap

Il y avait bien longtemps que je ne n’avais pas fréquenté un service d’urgence.


D’abord, on attend d’y entrer. J’ai donc attendu dans un grand hall nu au sous sous-sol de l’hôpital que l’infirmière vienne me chercher pour m’admettre dans le service – un de ces lieux qui semblent hors d’échelle, presque hors du temps, où le moindre pas résonne à vos oreilles au moins dix minutes avant que celui ou celle qui en soit l’auteur ne débouche au détour d’une porte -.

Une fois admis, je me suis trouvé assis dans un couloir, de l’autre côté de la porte, en compagnie d’autres personnes.

A ma gauche, un jeune homme pendu à son portable expliquait à quelqu’un « qu’il se sentait partir et qu’il espérait que ça allait aller… qu’il avait déconné avec une surdose de médicaments mélangé à une petite bouteille de whisky, qu’il espérait qu’elle viendrait. ». Quand la fille, visiblement énervée, lui a raccroché au nez, il m’a regardé en disant « la salope !... et dire que j’ai fais ça pour elle ! ». Je n’ai pas répondu, mais je me suis dit que, quelques soient leurs raisons réciproques, elle avait bien fait de ne pas tomber dans le panneau.

A ma droite une femme d’une cinquantaine d’année, pestait contre les infirmières en disant que cela n’allait pas assez vite, qu’elle souffrait le martyr. Plus loin dans le couloir on pouvait voir, dans un renfoncement du mur, une série de brancards, tous occupés.



Les infirmières semblaient débordées, s’agitant en tout sens dans les couloirs, répondant aux appels téléphoniques, pratiquant des examens d’entrée. Une vraie ruche!

J’ai attendu qu’un box se libère. Derrière les portes coulissantes d’une toute petite pièce aveugle, un interne m’a demandé de troquer mes vêtements contre une blouse légère. Mes affaires se sont bien vite empilées dans un grand sac plastique, marqué de l’étiquette n°137 207. J'ai pensé qu’il fallait peu de choses pour entrer dans l’anonymat.

Allongé, perfusé, une pince à l’oreille, le torse couvert de pastilles reliées à un moniteur, je me sentais vaguement comme la femme du collage « la colle à os » de Max Ernst. C’est ce que j’ai dit à l’interne qui m’auscultait, mais visiblement cela ne lui disait rien : « Comment dites vous que s’appelle votre médecin traitant ?  Mac Stern ? Vous êtes de la région ? ».

Comment lui expliquer, dès lors, que le plafond surbaissé pavé de plaques carrées en alu, que je regardais depuis bientôt une heure, m’évoquait un Carl André ?


J’ai attendu les résultats de l’analyse sanguine gazeuse et autre… En regardant osciller trois lignes sur l’écran. Plus tard, j’ai ré expliqué mon histoire  à l’interne en chef qui voulait s’assurer que son élève avait bien tout compris. Je n’ai pas osé reparler de Max.


Transporté de couloirs en couloirs vers la salle des images, je repensais au labyrinthe de Leplus, m’attendant à croiser Quipudep’.

Dans une salle verte et violette, bardée de tout un dispositif complexe de plaques, de rails et de cables, d’engins de prise de vue, d’écrans suspendus, une voix m’a demandé, à travers le grésil d’un interphone :

« gonflezlespoumonsarrettezderespirerrespirez »

Après avoir eût droit à un face-profil dans les règles de l’art photogénique, j’ai attendu le brancardier, qui faisait la navette, en regardant l’image improbable d’une planète accrochée au coin de la salle. L’infirmière qui était sortie de sa réserve (la voix était nettement moins nasillarde, mais le débit restait le même) ayant surprit mon regard infirma (c’était sa fonction) mon hypothèse stellaire :

« C’est votre profil, mais vous êtes mieux de fesses… Heu ! Pardon de face… Mais vu sous angle ce n’est pas terrible ! ». Je n’ai pas su si elle parlait de moi ou de mon image, mais au fond, c’était décevant car il ne s’agissait ni de Mars, ni de Venus.



J’ai attendu, dans le renfoncement d’un couloir, en lisant quelques poèmes de Pascal Commère, Prévision de passage d’un dix cors au lieu-dit Goulet du Maquis.

L’interne qui m’avait examiné, au tout début de l’après-midi, est venu me donner des nouvelles des résultats d’analyse : « Je vous cherchais dans le box 2, mais je vois que vous êtes en attente, les résultats sont négatifs… Enfin, ça veut dire que tout va bien ! Vous lisez quoi ? ». Je lui ai lu quelques vers :

 

« Il eût souhaité rester s’émouvoir

                d’un rien

                  d’une mousse encore

    vers le soir qu’hiver rouille. »

 

Il y a eu comme un blanc, puis je lui ai demandé : « En attente de quoi ? » mais il n’a pas entendu, je crois.


 

Il était environ 22 heures quand je suis sortit de l'enceinte de l'hôpital. Je me suis assis devant le portail. En attendant que l'on vienne me chercher, j'ai griffoné la vue du carrefour qui était devant moi. La nuit était douce et calme.

[…]

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Amorces (9)

Publié le par ap

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Au huitième chant de l’Odyssée on lit que les dieux tissent des malheurs afin que les générations futures ne manquent pas de sujets pour leurs chants…  Borges. Enquêtes

9 - La viste


Au fond de la ruelle étroite une large porte grise donnait sur une vaste cour cernée de façades glacées. Comme à son habitude il s’engagea entre les piliers de béton lissé pour accéder à l’escalier de desserte, arpenta plusieurs couloirs vides avant de gagner l’aile du pavillon des soins de longévité. La lumière fade qui filtrait par les baies dépolies lui donnait l’impression étrange de naviguer dans un aquarium. Passant devant la salle des visites il s’arrêta un instant pour vérifier qu’elle n’était pas là. Elle s’y tenait rarement, préférant la calme obscurité de sa chambre. Devant la porte 510, il hésita un instant puis sans frapper, fit glisser lentement le battant sur son rail. Une faible lueur verte provenant de la lampe de chevet basculée en veilleuse signalait qu’elle était bien là. Il avança le plus discrètement possible pour la surprendre comme il s’y attendait assoupie dans le fauteuil. Il contempla son visage penché en avant, les mains noueuses croisées sur l’étoffe à carreaux roses et gris et les pieds nus dépassant plus bas de la couverture. Il s’approcha pour relever doucement la mèche rousse et déposer un baiser sur son front. Deux yeux bleus s’éclairèrent suivi d’un sourire.

-          Bonjour Jonas, je t’attendais...

-    Bonjour maman… Je suis un peu en retard. Il y avait beaucoup de patients au dispensaire

-          Ce n’est rien Jonas, le temps ne compte plus pour moi, tu sais… Tu as l’air fatigué…

-          Oui !... On ne peut rien te cacher. Et toi comment te sens-tu ?

-         Les soignants disent que je risque de les ennuyer encore pour un moment… En fait je crois qu’ils en ont marre…

-          Mais non, ils ne pensent pas ça ! C’est leur façon de parler…

-          Je le sais… C’est peut-être moi qui pense que le moment de partir est venu.

-          Ne dis pas ça !

-          Jonas …

-          Oui ?

-          Je voudrais te parler… Ce sont des choses anciennes…

Jonas s’était assis sur le bord du lit, il savait ce que sa mère allait dire, il le savait pour l’entendre à chaque visite depuis des années, et ce depuis qu’elle était entrée au service des soins de longévité. Les soignants lui avaient dit lors de l’admission que les traitements auraient rapidement des effets sur le comportement et qu’à partir de là la patienet entrait en phase de dédoublement Jonas connaissait ces traitements, il avait lui-même contribué à la création de l’une des molécules dans le laboratoire de Marc Tavier. Il savait que l’injection quotidienne du produit additionné aux autres doses de médicaments produisait certes une prolongation de longévité mais aussi, simultanément une rupture progressive du rapport à la réalité. Vieillir comme on disait autrefois, était devenu possible au-delà des espérances connues, aujourd’hui on disait durer. Durer, parce qu’on ne connaissait pas encore le terme exact de cette prolongation artificielle… Alors que sa mère avait entamé son monologue, le regard de Jonas erra un instant sur le mobilier sobre de la chambre, le même qu’il y avait 20 ans…  Il ferma les yeux la voix sans âge roulait sur une plage de galets.

Jonas revoyait le jour où sa mère était venue ici pour la première fois. C’était peu de temps après la disparition de son père. Il revoyait en détail le trajet en tramjet depuis les faubourgs jusqu’ à la salle d’attente, il se souvenait avec précision de la lumière dorée de ce derniers jours de l’année, des traînées oranges sur les façades, de la foule empressée qui,en tous sens parcourait les rues. Il se souvenait également des soignants en blouses bleues qui circulaient dans les hauts couloirs baignés de lumière, des murs mauves fraîchement badigeonnés de la salle où il avait attendu seul, assis sur une chaise que sa mère ressorte de la  pièce d’examen, le sourire de cette jeune femme qui s’était accroupie à sa hauteur pour s’inquiéter de savoir si il était perdu… Plus que son sourire, c’était l’ovale entier de ce visage encadré de mèches brunes qui était resté inscrit dans sa mémoire. A la réponse de Jonas, elle avait baissé les yeux, s’était pincée les lèvres puis avait simplement posé sa main sur un de ses genoux. La main aussi : la chaleur de cette main étrangère était restée imprimée de façon durable… Puis sans rien ajouter elle s’était relevée et avait rejoint un groupe de blouses bleues qui l’attendait plus loin. Jonas l’avait vu s’éloigner en échangeant quelques mots avec les autres. Quelques uns s’étaient retournés sur lui avant de disparaître dans l’ascenseur… L’attente avait été longue et jonas ne comptait plus les allés et venue de ces jambes qu’il balançait à quelques centimètres des dalles de plastinium vert. Et puis sa mère était ressortie, l’avait pris par la main. Il avait remarqué les morceaux de sparadrap jaune barrant les poignets…


Subitement Jonas ouvrit les yeux. Quelque chose d’inhabituel venait de se passer dans le ressac des mots de sa mère. Une bifurcation de l’ordre établi venait de se produire dans son monologue. Quelque chose qu’il n’avait en effet jamais entendu. Il se pencha en avant pour se concentrer sur le mouvement régulier des lèvres, les yeux de sa mère fixaient un point derrière le mur. Jonas ouvrit sa sacoche en sortit sa console, enclencha le bouton de l’enregistreur intégré

« …nous sommes partis à l’aube, le zodiac longeait de la côte. J’étais à l’avant près d’Ulysse qui vérifiait comme à son habitude les instruments de vue. Marine a plaisanté sur mos combinaison de plongée qui étaient dépareillées… C’est vrai, ce n’était pas très élégant mais la base nautique n’avait pas prévue de vestes hypothermiques à notre taille et il avait fallu emprunter celles des gardes côtes… Et puis il y a eu ces bancs de sable… les cardans de contrôle s’affolaient… »

[...]

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Amorces (8)

Publié le par c.g.

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8 – Flash Back

La façon dont Jonas avait réagit lorsqu’il lui avait dévoilé l’existence de sa bibliothèque personnelle avait déconcerté Marc. Il en était venu à regretter d’avoir mis le jeune homme dans la confidence... Mais au fond, Marc savait que c’était la capacité de Jonas de se souvenir de ses rêves qui avait accéléré les choses. Le processus qui s’était enclenché depuis très longtemps ne dépendait pas que de lui. A présent, il fallait faire vite. Du temps, il n’en restait plus beaucoup, et cela Marc le savait très bien. Il était trop tard pour se laisser aller à ce genre d’états d’âme. Faire confiance à Jonas était leur dernière carte.

Marc avait appris que le gouvernement opérait une surveillance très stricte à son sujet. Quelques précédents faux pas l’avait fait entrer dans la liste orange du central. L’inscription de son nom dans la liste rouge n’était plus qu’une question de temps. Ses faits et gestes étaient consignés. Un membre bien placé du groupe l’en avait averti. Plus personne ne pouvait rien faire lorsque les choses arrivaient à ce niveau là... Même une conduite irréprochable ne pouvait sauver Marc. Mais i n’était pas dupe, il savait très bien que cela devait arriver. Il l’avait su dès le jour où il avait fait le choix d’entrer en résistance. Enfin, avait-il eu vraiment le choix ? En y réfléchissant, Marc pensait que non. Comme Jonas, les choses s’étaient imposées d’elles-mêmes.

Le seul regret de Marc à présent était de ne pas pouvoir aider d’avantage Jonas. Sa mission avait été clairement définie depuis longtemps, aller au delà pouvait tout compromettre, il le savait.

Faire entrer Jonas dans son service n’avait pas été facile. Il avait dû faire jouer son influence et convaincre certaines de ses relations pour accéder aux données du fichier central et en « modifier » quelques critères. Ce subterfuge pouvait lui coûter très cher mais il n’en était pas à son premier coup d’essai. Changer les données sur le patrimoine génétique de Jonas était l’unique moyen de parvenir à ses fins, même s’il jouait avec la vie du jeune homme. Marc éprouvait une profonde répulsion face à ces pratiques, mais il n’était pas l’auteur des règles du jeu et s’il voulait avoir une chance que ça marche, il n’avait pas vraiment le choix, il devait combattre à armes égales… Et c’est comme ça que Jonas avait intégré son unité de recherche.

Marc savait qu’il avait pris de gros risques mais il fallait à tout prix que Jonas soit placé sous sa responsabilité. L’arrivée du jeune homme dans le service avait causé un certain nombre de tracas. Les foudres de ses confrères, qui vociféraient sur le « caractère instable » du jeune homme, s’abattaient régulièrement sur lui en lui reprochant d’avoir nommer Jonas à un poste aussi important, Marc jouait sur sa réputation d’anticonformiste, qui lui avait souvent valut des blâmes de la part de sa hiérarchie, pour imposer la présence de Jonas dans le labo sans donner d’explications, ses collègues prenant cela comme une lubie de plus de sa part. Certes, Jonas avait une personnalité complexe, ce qui le rendait d’autant plus exceptionnel aux yeux de Marc.

Par ailleurs, Jonas s’était toujours montré à la hauteur de la confiance que Marc lui avait accordée. C’était la façon dont il procédait qui agaçait le personnel. Jonas avait pour habitude d’outrepasser les règles élémentaires qui régissait le laboratoire. Le trentenaire détestait la paperasserie et bien que chaque acte devait être consigné afin d’être enregistré sur le central, il agissait souvent sans accord préalable des grands pontes des services, mais avec la plus grande intelligence. Marc s’en amusait et avait d'ailleurs couvert Jonas à plusieurs reprises. Au fond, il se reconnaissait dans le jeune homme qui jouait avec les failles du système et s’assurait ainsi une certaine liberté d’action. Lorsque Jonas agissait ainsi, Marc se sentait conforté dans le choix de l’organisation pour Jonas car lui aussi fonctionnait de la même manière depuis très longtemps - une question de survie - et c’était essentiellement ce qui les avait rapprochés au point de créer entre eux une très forte amitié.

Placer Jonas sous son aile était le seul moyen réellement efficace pour Marc de surveiller son évolution. Il devait être prêt à intervenir lorsque le processus des rêves allait s’enclencher. Finalement, les signes s’étaient montrés évidents et Marc n’avait eu aucun mal à les détecter.

En effet, au fur et à mesure que ses rêves sur l’Hélice s’étaient multipliés, le caractère de Jonas avait changé. Fatigué, il se montrait de plus en plus irascible au point que tout le service l’avait pris en grippe. Jonas s’en moquait. Ce n’était pas sa préoccupation première. Pourtant, il épargnait Marc de ses sauts d’humeur comme si inconsciemment, il savait que son ami connaissait les raisons profondes de son mal-être bien qu’ils n’aient jamais évoqué ce sujet ensemble. Marc savait à quel point cette phase était douloureuse, Jonas devait en passer par là... Seul. C’était nécessaire.

Depuis le soir où Jonas s’était enfin livré à Marc et que ce dernier lui avait appris l’existence de sa collection personnelle de livres, il avait délibérément interrompu ses visites chez son ami en prétextant un surcroît de travail dû à l’approche des examens. En y repensant, Marc se disait qu’il aurait pu prévoir cette réaction. De toute façon, son rôle auprès de Jonas s’arrêtait là...

[...]

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Amorces (7)

Publié le par mixte

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7 - De fil en anguille

Maintenant, j’en étais certain… Même le service d’embaumement ne possédait pas de pièces de consignation au nom de Tavier. Pas la moindre trace. J’en étais arrivé à la conclusion que Marc n’avait pas quitté son travail, ni son domicile, de son plein gré, mais que sa disparition avait été organisée, jusqu’à l’effacement des preuves administratives de son existence.

Tavier n’existait plus sur aucun des registres du Central. J’avais tout fouillé en utilisant toutes les ficelles, y compris les erreurs de frappe fréquentes, lors de la saisie des noms propres. A vrai dire, c’était même par là que j’avais commencé. Je savais à quel point les administrateurs prenaient un malin plaisir à écorcher l’état civil. J’avais entendu à ce sujet tellement d’anecdotes que j’avais pris le réflexe d’inclure, dans toutes les recherches adressées au Central, les dérivés et les combinatoires du mot que je souhaitais obtenir. J’augmentais ainsi mes chances de trouver ce que je cherchais.

Mes collègues me raillaient souvent sur son mode de fonctionnement, mais à ce jour je n’avais jamais essuyé d’échec lors d’une définition de profil de recherche. Certes cela prenait deux fois, voire dix fois plus de temps pour séparer le bon grain de l’ivraie mais j’obtenais toujours quelque chose. Parfois même c’était troublant ou comique… Aussi je ne désespérais pas d’aboutir cette fois-ci encore.

Pour [Tavier], j’avais inscrit [bavier / cavier / davier / favier / gavier,] etc., ce qui donnait : [baver, braver, bavoir, bréviaire /clavier, caviar /ravier, ravi/ drapier, damier, /gaver, gravier…], pour [tavier] j’avais obtenu [octave, taverne, tavillon, tavelage, traveller, travail…] il me restait donc à vérifier la relation possible de ces mots dans les phrases types que proposait l’index. Le choix de la rubrique était essentiel pour motiver le balayage du corpus. Pour Tavier, j’avais l’intuition que aucune des rubriques affectées habituellement à son état civil (sciences, politique, nourriture…) ne proposerait d’occurrences. Un essai rapide me le confirma. Me souvenant des sujets de certains des livres que j’avais feuilleté dans la pièce du fond, j’avais opté pour la rubrique récits-contes… Cette rubrique n’était pas disponible pour les personnels de rang 4 à laquelle j’appartenais, mais j’avais conservé les clés numériques qu’utilisait Marc pour accéder à la base élargie des données. Je n’avais aucune idée de la façon dont lui-même avait pu se procurer ces codes, ni pourquoi d’ailleurs, comme pour les livres, il s'en était ouvert à moi...

Après avoir regroupé un nombre suffisant de ces termes, [drapier+vivier+travailler] des embryons de phrases s’affichaient alors : [ le drapier à l’étal … c’est munis de cisailles qu’il taillait de larges … de fils en coton qui sont attachés …trois enfants font partie du plateau …avec la toise en fonte posée sur le plateau…découpé en morceaux …le patron et ses ouvriers se rendaient sur l’ouvrage…comme il fallait travailler dur… l’aiguille d’acier pénétrait dans….ce n’est qu’une piqûre de rappel… du cœur à l’ouvrage le vaillant petit…]. Le travail le plus long commençait alors puisqu’il s’agissait de retrouver les familles de phrases auxquelles appartenaient ces fragments que la mémoire centrale avait répertoriée. Parfois il fallait retirer ou ajouter un autre groupe de mot… Après plusieurs tentatives et divers recoupements j’avais donc finalement obtenu : [« …il lui en a fait baver des ronds de serviette » «...j’étais ravi de cette nouvelle veste que le drapier avait taillé dans le tissu à damier… » « …comme l’automobile remontait l’allée il entendit crisser les graviers dans la cour de l’auberge. Sans quitter son travail il passa la tête par la fenêtre. Lavier, bréviaire en main était descendu de quelques marches et regardait la carrosserie noire glisser entre les arbres… » « Il était d’usage dans les élevages de gaver de graines grossières, nommées gravier les animaux destinés à l’abattage… » « Au fond de la taverne, Octave est installé devant le clavier de sa console. Il semble travailler. »]

Cette dernière phrase m’avait fait me souvenir des habitudes de Marc. Souvent, en effet, il me donnait rendez vous dans un bar, ou un restaurant pour m’entretenir des dernières avancées de ses recherches. Marc se méfiait des ses collègues du labo et cette méfiance était réciproque. « Vois tu Jonas, je ne connais pas de situation de plus agréable que de parler d’alimentation suggestive devant un bol de lait au caviar… ».

Les tavernes que fréquentait Marc étaient presque toutes situées à la périphérie de la Ville, dans les quartiers dits des intégrés, la population mixte qui s’y trouvait le réjouissait. Il entretenait par ailleurs quelques « relations d’affaire » avec certains commerçants de ces quartiers. C’est notamment chez l’un d’eux qu’il s’était procuré quelques rares exemplaires de ses livres. Peut-être pouvais-je aller faire un tour de ce côté-là car, j’en étais à présent convaincu, il y avait forcement un lien entre la disparition de Marc Tavier et les livres qu’il possédait.

La pensée que je pouvais moi aussi être inquiété à ce sujet m’effleura. Beaucoup de personnes connaissaient la relation étroite qui avait existé entre nous lors de mon passage dans son labo. Si les services de l’administration centrale le voulaient, ils pouvaient sans peine remonter jusqu’à moi… L’autre point qu’il me fallait élucider, concernait les fameux petits cailloux pour lesquels je m’étais mis en quête de Marc. Je devais retourner sur le terrain vague près du port, retrouver cette femme…

[...]

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Jonas (3)

Publié le par ap

3 - L'autre

Cela faisait deux soirs de suite qu’Elle constatait les faits. Le poste de pilotage où elle avait pris ses quartiers, depuis le départ d’Ulysse et de Marine, était visité en son absence. Et ce n’étaient pas des rats! ...Ils avaient tous été bouffés ! Les placards où elle stockait précieusement ses dernières provisions, avaient bel et bien été fouillés et, plus grave, celles-ci sérieusement entamées. Non elle ne rêvait pas ! L’autre, n’avait même pas pris la peine, cette fois-ci, de refermer les portes. Elle trouva justement sur le sol des indices lui confirmant que le voleur avait consommé sur place une grande partie de son larcin. Et elle qui se croyait seule… Et voilà que, maintenant qu’elle s’était décidée à partir, elle découvrait qu’une autre personne était encore sur cette épave.  

Ce qu’Elle avait du mal à admettre c’était comment ils s’avaient pu ainsi s’éviter jusque là, et surtout comment l’autre avait pu tenir aussi longtemps. Disposait-il lui aussi d’une réserve d’eau suffisante, et si oui, où se trouvait-elle? Et enfin comment l’autre était-il nourri durant toutes ce temps? Avait-il lui aussi tenu grâce la réserve de rats séchés et la purée de cancrelats ? Où était-il à présent ?

Elle eut un léger frisson à l’idée que l’autre aurait pu venir n’importe quand durant cette nuit et la surprendre dans son sommeil. Elle savait que, qui que soit l’autre, elle devrait se battre pour défendre sa peau. Enfin ce qu’il en restait, car Elle n’était plus très épaisse, mais suffisamment encore pour servir de repas.

Elle verrouilla les deux accès de la cabine, puis retourna dans la salle de communication qui lui servait de couchette. Sa décision était prise, elle partirait cette nuit même. Elle avait pris le temps d’étudier les cartes restées à bord, de noter les fosses qu’il lui faudrait contourner, de calculer ainsi, au mètre près, la distance qui la séparait de la côte. Elle avait cependant compté sur ses provisions exactes et craignait maintenant de ne pouvoir tenir ces 200 kilomètres…

Le vent qui n’avait pas faibli s’engouffrait dans les centaines de couloirs et dans les cuves . Une chance : il couvrirait ses pas et des cliquetis de son matériel. Avec précaution, elle s’était avancée pieds nus jusqu’à l’extrémité de la passerelle. A la main elle tenait le crochet d’acier que lui avait laissé Ulysse avant de partir. Elle hésitait sur la marche suivre… Le plus court était de descendre jusqu’au premier pont, prendre la coursive à bâbord  et d’atteindre l’échelle à flanc de la coque, mais cette zone n’était pas éclairée par la lune. Elle redoutait que l’autre soit tapi quelque part dans l’ombre du pont. Avait elle vraiment le choix maintenant?

Elle commença à descendre une à une les marches de l’escalier à claires-voies en prenant toutes les précautions. Arrivée à l’entrée de la coursive elle fit une pause pour calmer ses pulsations cardiaques

. Le dos plaqué contre la paroi de métal froid elle écoutait vibrer le ventre du tanker sous les assauts incessants des rafales de vent, essayant dans ce gémissement devenu familier au cours des jours de discerner un bruits ou un son étranger. La peur l’avait envahie comme une ombre qui se déploie, paralysant ses muscles. Elle devait traverser la coursive, il fallait traverser… Elle s’était décidée, avait franchie la porte et à tâtons avançait un longeant la cloison.

Tout alla très vite. Comme un animal, qu’elle était en partie devenue, elle sentit l’autre se détendre dans l’ombre. Elle se baissa pour éviter le choc. Un bruit sourd de tôle, un choc pesant… Elle s’était retournée à genoux fouillant l’air de la pointe de métal acéré. Elle sentit qu’elle accrochait quelque chose, mais une coup terrible à l’estomac la fit chaviver. Elle roula sur le côté. Une main l’avait saisie au pied. Le crochet frappa encore, produisant des étincelles contre l’acier. De nouveau le choc mou de la tige recourbée accrochant la chair, suivi un hurlement féroce. Le crochet venait de lui échapper de la main. Elle tenta de se dégager de l’emprise qui enserrait sa cheville en poussant avec la jambe libre.. L’autre tira d’un coup sec et elle tomba sur le dos. Sa tête heurta le sol dur. Elle n’eut pas le temps de faire grand-chose. Une pluie de coups s’abattit sur ses jambes, son ventre et sa tête. Elle se sentie soulevée puis projetée dans la coursive. En retombant Elle sentit le craquement sec de son avant bras droit, maintenant l’autre était sur Elle grognant et frappant. Se sentant comme un pantin désarticulé, Elle perdit connaissance.

[...]

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Amorces (6)

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Friche, La levée, Tavier sont les trois premiers textes d'un récit qui pour l'instant a pour titre "Amorces".  Je n'ai aucune idée de ce qui va advenir de ces personnages, apparus un jour de forte fièvre ... Ceci est donc une invitation à ceux qui auraient envie d'en écrire la suite  autrement dit ces amorces sont une proposition d'écriture.

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6-  L’autre livre

Un fracas lointain le tira de son sommeil. Sa première vision fut celle de la courbe d’une colline avec en arrière plan un ciel radieux. En bougeant l’avant bras, il venait de détruire ce paysage. Le ciel ruisselait maintenant sur la surface lisse d’un lac. Un astre rouge clignotait sur cette flaque comme un battement cardiaque. Le sable, la tour, le visage angélique arraché de l’ombre, le nombre 555, la silhouette de cette femme basculant dans le vide, les ombres des lampadaires alignés sur la palissade du chantier a la nuit, la sensation froide du ciment, les fantômes surgis dans la brume, le regard perdu d’une passante, les mailles du grillage, la mousse aspirée par la bonde… En bribes alternées, des images remontaient dans le désordre. Il se redressa péniblement et se calla contre le dossier de sa chaise. Il posa ses mains à plat sur la nappe bleue luminescente du bureau en essayant de reprendre ses esprits. Sa sacoche en tombant s’était répandue sur le sol. Il considéra un instant les dossiers et les instruments éparpillés, son regard parcouru le mobilier si familier de la bibliothèque de consultation des infirmiers, sur le cadran mural les grandes aiguilles du temps universel étaient alignées sur le chiffre 11, il tourna de nouveau son regard vers la plaque de plasma sertie où clignotait le point rouge d’une ligne d’écriture, sur l’écran il lut :

[Fin provisoire de connexion – Délai dépassé – Veuillez reformuler votre requête d’admission au central d’informations]

Machinalement, il passa la main devant l’écran pour éteindre le moteur de liaison, tira son siège en arrière et se baissa pour rassembler ses affaires. Ce rêve il l’avait déjà fait à plusieurs reprises. Mais c’était peut-être la première fois qu’il allait aussi haut et aussi loin dans la tour… Cela se passait toujours de la même manière, mais il redoutait maintenant d’en connaître la suite.

Marc lui avait souvent parlé de la valeur des rêves qui, disait-il, sont une chose précieuse. «.. il nous réveillent et nous révèlent …C’est une chance que tu as Jonas… la plupart d’entre nous, ou presque, ont perdu la faculté de se souvenir des images du sommeil…». Un soir, Marc avait posé, sur la table de la cuisine, à la fin du repas, un curieux petit objet rectangulaire. Devant mon regard interrogateur il avait précisé «Je me doutais que tu ne savais pas que c’est… Voici un livre Jonas ! Il parle justement des images du sommeil… Cela s’appelait les rêves»

Jonas soupesa l’objet, en examina les côté, fit jouer les feuillets entre son pouce et son index. Les feuilles très fines assemblées sur un bord comprenaient des milliers de signes de petites dimensions. Alors ça ressemblait à ça un livre. Effectivement il n’en avait jamais vu. Il reposa posa le volume sur le plateau en alu

« L’autre sommeil » était-il écrit en caractères gras sur la couverture. Soulevant celle-ci, il lu en troisième page une citation d’un certain Dr Freud :

« D'ordinaire, quand nous sommes éveillés, nous traitons les rêves avec un mépris égal à celui que le malade éprouve à l'égard des idées spontanées que le psychanalyste suscite en lui. Nous les vouons à un oubli rapide et complet, comme si nous voulions nous débarrasser au plus vite de cet amas d'incohérences.

Notre mépris vient du caractère étrange que revêtent, non seulement les rêves absurdes et stupides, mais aussi ceux qui ne le sont pas. Notre répugnance à nous intéresser à nos rêves s'explique par les tendances impudiques et immorales qui se manifestent ouvertement dans certains d'entre eux. »

-  Je connais bien les théories de ce médecin avais-je lâché en repoussant l’ouvrage. Dis donc Marc, tu me prends pour un môme inculte ! Et puis c’est interdit ces… enfin les livres ! Enfin tu joues à quoi ?

- Ou tu crois les connaître !... Certes ceci n’est qu’une version vulgarisée de la science des rêves, avait ajouté Marc… Habituellement on n’en trouve que des extraits sur la base du central d’informations… Le chapitre II est particulièrement éclairant en ce qui te concerne…. Pour répondre à ta seconde question, j’ai acquis cet objet il y a quelques années lorsque la vente en était encore autorisée. J’en ai conservé plusieurs ici malgré la loi d’éradication… Quand tu voudras les lire il faudra venir ici. Ils ne peuvent pas sortir… Tu comprends pourquoi ? Voici un double des clés de l’appartement, ils se trouvent dans la pièce du fond, au bout du couloir.

Bien sûr qu’il comprenait. Trois mois s’étaient écoulés depuis ce jour et Jonas avait volontairement abandonné la clé dans un tiroir de sa cellule au bloc des soignants novices. Puis la clé avait refait surface au moment de rendre la cellule. L’après-midi même il se rendait chez Marc.

Maintenant, il tenait le livre fermé entre ses mains et caressait la couverture. Un moyen pour lui de repousser l’échéance de la lecture. Jusqu’à ce jour, Jonas refusait d’admettre que les images qui lui parvenaient dans son sommeil pouvaient être le reflet de quelque chose qui était caché au plus profond de lui. Ce refus violent ne faisait que traduire l’immense peur qui le submergeait à l’idée de découvrir la vérité sur les démons qui sommeillaient en lui.

Mais les rêves liés à l’Hélice s’étaient multipliés au point que chaque nuit le plongeait dans une terrible tourmente. Il en venait même à redouter le moment où le sommeil l’emportait comme si Morphée s’était transformé en une bête féroce en quête d’une proie à dévorer.

Dans un premier temps, il avait essayé de lutter en avalant de fortes doses de néo-caféine pour repousser le moment où tout basculait, mais son corps finissait toujours par le lâcher en sombrant dans les profondeurs abyssales de la nuit. Épuisé, il avait même fini par subtiliser des somnifères dans la pharmacie du laboratoire. Rien n’y faisait, bien au contraire. Chaque rêve devenait de plus en plus terrifiant et chaque réveil de plus en plus douloureux. Et c’est bien là qu’était le problème. Ses nuits mouvementées avaient fini par prendre le dessus sur sa vie en le faisant sombrer dans une profonde mélancolie.

Marc avait vu la santé du jeune homme se détériorer jour après jour. Il fermait même les yeux sur les vols de médicaments. Il pressentait qu’il ne pouvait pas pour le moment lui venir en aide : c’était trop tôt. Pourtant il faudrait bien… Marc avait tout compris et ce dès leur première entrevue. Il avait attendu que Jonas en parle le premier. Quand ce jour arriva. Il l’avait écouté sans rien dire, un mot aurait inhibé les paroles du jeune homme. Entendre tout simplement.

Lorsque le monologue de Jonas toucha à sa fin, Marc était allé fouiller dans la pièce au fond du couloir et en était ressorti avec le fameux livre...

Plongé dans le noir de la bibliothèque depuis plus d’une heure, Jonas repensait à cet instant en manipulant l’objet entre ses doigts.

A l’époque, il avait été incapable d’accepter la proposition de Tavier. Il avait même cru à un piège... C’était trop stupide, quelques semaines avant l’obtention du diplôme, de se faire surprendre avec un objet aussi scandaleux…Il pouvait être rayé des listes une bonne fois pour toute… Marc avait pris un grand risque en lui confiant la clé et en lui révélant l’existence des livres. Pourquoi avait-il agi de la sorte ?

Il alluma la lampe posée sur le sol de la pièce et commença à lire.

[...]

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Amorces (5)

Publié le par ap

Friche, La levée, Tavier sont les trois premiers textes d'un récit qui pour l'instant a pour titre "Amorces".  Je n'ai aucune idée de ce qui va advenir de ces personnages, apparus un jour de forte fièvre ... Ceci est donc une invitation à ceux qui auraient envie d'en écrire la suite  autrement dit ces amorces sont une proposition d'écriture.

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5 - Les égarés


C’était surtout la nuit que les sauts se multipliaient. Je me demandais même si, les soirs de pleine lune, la cadence ne s’accélérait pas. Il aurait fallu tenir les comptes pour en avoir la certitude. Morbide idée…

Ce soir là, c’est en remontant la rue du saut de l’ange que j’avais croisé son regard. J’avais tout de suite compris. Mais je n’avais rien fait. A force, plus personne ne tentait quoique ce soit pour les en empêcher.

Arrivé chez moi, j’avais décroché le téléphone et je m’étais glissé sous la douche. La journée avait été dure. Dans le siphon de la baignoire, tout s’évacuait avec l’eau savonneuse. C’était un rituel pour évacuer le stress de la journée. Dans mon travail, c’était plus qu’une nécessité, c’était un moyen de survie. Mais ce regard était toujours là. Plus présent encore même, comme si son souvenir cherchait à me renvoyer ma lâcheté en pleine face, jusqu'à l'insupportable.

Bouleversé, j’avais remis les habits que je venais de quitter et qui traînaient encore sur le sol de la salle de bain et je sortais en courant en direction de l’Hélice. Mais c'était peut-être déjà trop tard! [C.G.]

Je m’étais faufilé sous un des nombreux trous du grillage qui servait de passage aux « candidats volants » de l’Hélice. La zone entre la palissade grillagée et le pied de la tour n’était pas très bien éclairée. Quelques projecteurs diffusaient une pluie de brume légère. J’avançais avec peine entre les baraquements et les engins. Ceux-ci ressemblaient à de grosses bêtes endormies. J’accrochais du bout du pied un morceau de ferraille qui, en se détendant, me cingla les mollets. Si la fille était passée par là, elle avait du rencontrer les mêmes obstacles et donc n’avait pas beaucoup d’avance sur moi. Comme j’escaladais un talus, je vis sur ma droite une étrange procession qui avançait, elle aussi, en direction de la tour. Je cru reconnaître un groupe d’enfants qui marchaient l’un derrière l’autre en suivant le faisceau serré d’une lampe torche. Je n’aurais jamais pu imaginer ça… des enfants !

L’entrée de la tour se faisait par une rampe qui descendait en pente douce sous l’immense cylindre de béton. Je regrettais de n’avoir pas pensé, moi aussi, à me munir d’une lampe, mais le groupe d’enfants ouvrait le chemin.

A l’intérieur, la résonance était telle que je craignais qu’ils n’entendent le bruit de mes pas sur la dalle de béton. Nous avions dû marcher comme ça dix bonnes minutes quand soudain, la lampe s’était éteinte. Je m’étais immobilisé, suspendu dans le noir le plus complet. Chose étrange, je n’entendais plus leurs pas, fais des nués de froissement de tissus ou de caoutchouc, à droite, à gauche, derrière, tout près. Je venais de comprendre que je n’étais pas seul dans l’obscurité de ce sous- sol à suivre les enfants mais que probablement des dizaines d’autres personnes étaient là autour. Je m’étais mis à genoux et à tâtons, j’avançais en direction du souvenir qu’avait été la dernière lueur. J’entendais sur ma droite des gémissements, plus loin un choc contre une paroi métallique suivie d’une vibration de gong… Mes mains heurtèrent l’angle d’un mur que je suivi encore sur quelques mètres. Je sentais une arrivée d’air tiède qui coulait du haut. Je mis le pied sur la première marche d’un escalier de ciment. Une marche, puis une autre. Je commençais à monter en tournant dans une cage en pas de vis.

Arrivé au troisième étage (du moins c’est ce que j’avais compté) une faible lueur bleuâtre ruisselait au sol, provenant visiblement des petites découpes circulaires pratiquées assez bas dans le mur. Je commençais à mesurer l’étrange situation où je m’étais fourré. Même si je parvenais à retrouver cette femme (le diable l’emporte elle et son regard de reproches !) et à empêcher ces enfants de commettre l’irréparable, je ne pourrais pas (plus ?) sortir de la tour en pleine nuit. Il faudrait attendre le matin et là je risquais de tomber sur les patrouilles sanitaires qui venaient ramasser les égarés de la nuit.

Une main me poussa par derrière, suivie d’un râle rauque, je me plaquais contre le mur. Dans la semi pénombre, je vis glisser la forme d’un corps, puis d’un autre… J’en laissais passer ainsi plus d’une dizaine avant de me décider à continuer mon ascension.

Plus je montais et plus un sentiment de malaise m’envahissait : qu’allais-je découvrir au sommet ? J’essayais de me rassurer à me disant que ces enfants étaient là par simple envie de se faire peur. Rien de plus attirant comme aire de jeu que cette immense carcasse de béton. Une sorte de défi, comme nous en avions tous relevé étant môme… si j’avais su !

La pluie s’était intensifiée et le bruit de l’eau qui tombait sur les poutres métalliques résonnait dans mes tympans au point d’en devenir douloureux. Les marches défilaient sous mes pieds : une par une, puis deux par deux. Tout s’accélérait… comme si l’Hélice commençait à avoir son effet dévastateur sur moi.

Lorsque j’avais de nouveau aperçu la lumière de la lampe torche, j’ignorais à quel étage je me trouvais exactement. J’avais arrêté de compter au bout du trentième… C’est en commençant à me faufiler entre les étais que j’avais fini par la revoir. Sa silhouette se dessinait à travers le clair obscur de l’ouverture d’une des parois, prête à commettre l’irréparable. Puis une seconde plus tard, plus rien. Dans un dernier élan, j’avais crié « non ! » en courant vers elle. Mais c’était trop tard, le vide l’avait déjà entraînée. Mon hurlement s’était répercuté sur les murs de béton : le son s’était engouffré dans la tour qui l’avait recraché dans un effroyable écho. Épuisé, je m’étais laissé glisser le long d’une paroi. Assis la tête entre les genoux, un sentiment de culpabilité m’étouffait.

C’était alors qu’une petite main délicate s’était posée sur le haut de mon crâne et me caressait les cheveux.

- Ne sois pas triste, elle a été choisie. Tu n’y peux plus rien maintenant !

La lumière de la lampe torche braquée vers moi m’aveuglait, j’avais du mal à discerner son visage. C’était une fillette.

- Viens, ne reste pas là.

Les enfants ! Je les avais oubliés. Mon cri avait dû les alerter et ils se tenaient tous autour de moi maintenant. J’avais du mal à réaliser ce qui m’arrivait, tout était tellement irréel.

- Viens j’ te dis ! Ne traîne pas ici. Il pourrait revenir pour te prendre toi aussi !

Sa main s’était glissée dans la mienne et elle me tirait pour m’encourager à me relever. Le groupe s’engageait de nouveau dans l’escalier.

- On doit continuer à monter. Tu vois bien qu’il ne faut pas rester ici !

[C.G.]

Les enfants semblaient connaître les moindres recoins de ce dédale de couloirs, de salles et  d’escaliers. La plupart du temps, la torche restait éteinte, mais cela ne semblait gêner en rien leur déplacements. De temps en temps le pinceau s’allumait et balayait rapidement le mur ou le sol.  Puis la marche reprenait à la même allure. Nous avons continué notre ascension de la tour ainsi pendant un bon moment. Au bout d’un moment, j’ai fini par comprendre : à chaque fois, le rayon lumineux  révélait une inscription E555, NS4, 2-SE… Parfois nous redescendions d’un étage et après un grand détour nous en gravissions deux ou trois d’un coup. Je commençais à être essoufflé et surtout je me demandais maintenant pourquoi j’avais consenti  à les suivre… Je lâchais la main de la fillette qui me précédait. Posant un genou à terre, je tentais de reprendre ma respiration. Soudain, j’eu la nausée, j’étais pris de  vertiges.

- C’est l’altitude…

-   Oui, c’est normal, il n’a pas l’habitude !

-    Attendons un peu…

Des frissons me parcouraient la nuque et mon dos, mes jambes flageolaient. Je voulu me relever, mes forces m’avaient abandonnées. Je m’affaissais.

-     Ca va monsieur ?

-      Et monsieur ?

-      Ca va Jonas ?

J’avais sursauté en entendant mon prénom ? Comment pouvait-il le connaître ? Que se passait-il ? J’aurais voulu le leur demander, mais j’étais maintenant couché sur le sol froid, le corps entier secoué de spasmes… Je sentais des ombres s’agiter sur ma tête, je mangeais du sable, un long toboggan m’aspirait par les pieds … Et puis ce fut le noir total.

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Main basse

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Il était venu manger, un soir, comme prévu. Elle avait son idée. Je ne suis pas certain d’avoir voulu ce qui devait arriver. Monique, mon épouse, savait ce qu’elle voulait. Elle a œuvré dans ce sens, « Pour ton bien… » a-t-elle ajouté.

En fait, tout a été très vite. Il a du s’endormir sans se rendre compte du poison qu’il venait d’ingurgiter. Elle avait mis la dose. Je n’ai pas pu m’endormir après ça. Dans mon demi-sommeil, je voyais des mains couvertes de sang, j’entendais des voix qui tournaient dans la chambre comme des moustiques. Je voyais la tête de Richard suspendue dans l’air, face à notre lit, qui articulait des paroles inaudibles. Je reculais sous les draps et sous ses reproches. Qu’avions nous fait là ?

La voiture de Richard fut retrouvée le lendemain dans un fossé, le long de la nationale. Elle avait percuté un arbre. « Il est mort sur le coup… » avait dit le gendarme, « crise cardiaque ! ». L’affaire fut vite classée.

J’étais le seul successeur sérieux de la boite. Monique avait vu juste : je fus élu par le conseil d’administration, au poste de direction à l’unanimité des voix, trois jours à peine après les obsèques de Richard.

En m’installant derrière son bureau j’éprouvais plus qu’une certaine fierté. Il y avait longtemps que j’attendais ce moment. Les premières semaines furent on ne peut plus agréables. Je pouvais enfin, à ma guise diriger ce petit monde. Je licenciais certains de mes anciens collègues qui, il y a peu encore, me tenaient tête lors des réunions et s’opposaient à mes projets d’élargissement du capital de l’entreprise. Je fis changer les rythmes de travail pour obtenir de meilleurs rendements. La fantaisie me prit de faire repeindre les bureaux de moderniser le mobilier et aussi d’embaucher une nouvelle secrétaire plus…plus agréable. Les actionnaires étaient satisfaits de ce nouveau cap. Tout allait pour le mieux.

Et puis, un jour un jeune homme est venu me trouver. Il disait avoir connu de près Richard et voulait me montrer « des documents privés qui étaient susceptibles de m’intéresser ». Il avait déposé sur le bureau des clichés mais je n’avais pas compris tout de suite…Richard nu, une corde au cou enlaçait une femme gainée de noir. Je connaissais les mœurs dissolues de mon ex-patron, mais je n’aurais jamais été capable de l’imaginer dans de telles positions...

Ce n’est qu’à la dernière image que j’ai reconnu Monique. Je me suis effondré dans le fauteuil pivotant et j’ai regardé, par la baie vitrée la ville à mes pieds. « Combien ? » ai-je prononcé dans un souffle pendant que le type restait là, debout, à  regarder mes yeux humides… « Tout ça… », a-t-il lâché calmement en faisant un simple moulinet de la main.



Je suis aujourd’hui employé d’une la filiale de mon ancienne boite. Je trie les archives déclassées. Ce jour là, j’ai tout perdu, y compris ma femme. Elle n’a pas supporté…et moi pas d’avantage.

Parfois, en sortant du bureau, il m’arrive de voir Monique passer en voiture, assise à côté du jeune homme qui a pris ma place.

«… et dire que c’était le petit ami de Monsieur Richard »…m’a dit l’autre jour la femme de ménage en me désignant du menton le conducteur de la Rover noire, « …en voilà un qui a fait du chemin ! »

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Jonas (2)

Publié le par ap

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2

( Jonh Asse)

« Longtemps, je me suis élevé  bricolé des bonheurs. De petits bonheurs privés, ralentis par la course des trains qui passaient entre moi et les vaches d’en face… »

Elle posa son crayon entre les pages du petit carnet, qu’elle referma en tendant l’élastique jaune. Combien de temps devrait-elle attendre le retour d’Ulysse et de Marine? Elle parcourait machinalement le désert marin à l’aide des jumelles, trouvées dans le poste de pilotage. L’horizon dégagé ne laissait rien venir.

Peut-être faudrait-il envisager, à son tour, de partir. Quitter l’épave et tenter de rejoindre la terre ferme… Cette expression la fit sourire. Elle y était sur la terre ferme! Il semblait bien même qu’il n’y avait plus que ça ! La planète s’était asséchée si soudainement qu’elle avait du mal à croire – et c’était d’ailleurs aussi l’avis d’Ulysse – que l’eau, toute l’eau, s’était évaporée comme ça… ça ne tenait pas debout cette histoire, il devait y avoir eu quelque part un transvasement… Demain, s’ils n’étaient toujours pas revenus, elle partirait à son tour... oui, demain… demain. Elle venait simplement de s’endormir.

**

Tout celà l’avait saoulé : ivre, il tourna le bouton du poste. Il restait si peu de temps qu’il n’allait pas tout gâcher comme ça, à écouter le énième extrait de la rediffusion de la Traviata

Il se leva et se dirigea vers la baie vitrée. La nuit entrait par la pièce ouverte. Sortant, il entrait dans la nuit. Penché à la rambarde, il regardait la masse fantomatique des immeubles, en face. Vides! Il n’y avait plus aucune lumière, pas le moindre spot bleu de ces écrans de télé qui battent comme un cœur dans les séjours, pas les geste familiers de ces femmes ou de ces hommes qui, 10 heures passées, s’agitent en cuisine pour faire la vaisselle ou pour la ranger. Rien! Le black-out complet ! Pas de bruit non plus : ni moto qui tourne en bas des tours, ni radio, ni dispute. Rien!

Avant (c’était quand déjà cet avant ?), de ce balcon, quand le temps était clair,  il voyait briller des rivières de diamants jusqu'à l’horizon. Là bas, en se penchant un peu, derrière la tour nord, il pouvait voir jusqu’à la Tour Effel. Aujourd’hui, il sait seulement qu’elle est là dans la nuit compacte.

Pourtant tout ce monde était encore là. Il le savait. Qu’attendaient-ils ? Pourquoi restaient-ils terrés derrière les rideaux baissés ? Certes, Il y avait eu les consignes de couvre-feu diffusées les premiers jours par haut-parleurs, dans les rues, puis à la radio. Après, c’est vrai, les blindés avaient pris positions à tous les carrefours. Ils y étaient toujours d’ailleurs, mais vides... abandonnés. Les premiers jours, il y avait eut pas mal de pagaille, des fusillades et quelques explosions. Les commentateurs de la chaîne nationale avaient évoqué tantôt un putch militaire, tantôt une invasion des milices jaunes, tantôt une catastrophe naturelle… Impossible savoir précisément de quoi il s'agissait.

Il était en voiture quand la première annonce avait interrompu le débat sur la campagne électorale... de toute façon pour ce qui s’y disait!

« Attention, suite à un communiqué du cabinet de la présidence, nous vous informons que les mesures de sécurité du plan d’alerte niveau rouge viennent d’être déclanchées sur tout le pays… Il est vivement recommandé de rejoindre au plus vite son domicile, ou un abri proche…Attention… »

Il avait quitté le périphérique engorgé et était passé par les vieux quartiers pour rejoindre sa citée. Partout, il voyait des gens paniqués courant en tous sens. De nombreux véhicules étaient arrêtés sur la chaussé, portières ouvertes, phares allumés. Cela sentait la panique. Sur le parking de l’immeuble des voitures brûlaient tandis que les habitants sortaient en désordre, certains munis de bagages, d’autres tenant la mains de leurs enfants. On se serait cru dans un roman de Barjavel.

L’ascenseur était bloqué. il avait monté quatre à quatre les étages. Une fois chez lui,il chercha tout de suite à joindre des amis, mais l’autophone était saturé. Il hésita un instant à retourner à la voiture, mais l’explosion qu’il entendit le fit regarder à la fenêtre : un nuage de fumée s’élevait à la place où il s'était garé en arrivant...

La nuit était tombée. La radio diffusait maintenant des retransmissions d’émissions des années passées, entrecoupées de flashs d’informations alarmants et contradictoires…

[...]

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