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cliché 16

Publié le par ap

24


 

L’aplomb de la roche, sous la corniche, laissait apparaître, sous la lumière de cette fin d’après midi d’automne, l’aspect insolite d’un grand corps nu. C’était sans doute ce qui avait décidé le photographe à décentrer sa prise de vue, à laisser de côté la figure de la femme en tailleur gris.

La présence par l’ombre des saillies de la roche ébauchait de fait un torse cambré, prolongé par des jambes repliées, comme à genoux. Un corps de femme, seins et pubis compris.

Me reviennent les ombres projetées des branches du saule, sur le mur de la chambre, les soirs de pleine lune, qui oscillaient en esquissant, elles aussi des fragments de corps. Allongé sur le lit, tournant le dos à la fenêtre, je regardais, fasciné, se défaire la courbe d’une hanche ou se balancer l’arrondi d’un sein, une chute de reins se cabrer sous la secousse du vent. La douceur du tracé aurait pu être celle de la diffusion d’un lavis sur un papier de riz ou l’estompage d’un fusain. Bercé par ce théâtre d’ombres mouvantes, je m’abandonnais au sommeil.




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cliché 15

Publié le par ap

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Il s'arrête sur le cliché de cette petite fille tenant entre ses bras un bébé. A sa gauche, une autre fillette, plus jeune (à moins qu’il s’agisse d’un garçon ?) est tournée vers le nouveau né. La scène a lieu dans la semi pénombre d’une pièce tendue d’une tapisserie à rayure, telle l’on en trouvait encore dans les maisons bourgeoises du début du XXe siècle. La lumière tombant d’une fenêtre éclabousse, au premier plan, la courbe d’une table ainsi que le nourrisson.  

Une étrange pensée le traverse. Il songe, qu’avec l’introduction de la photographie familiale -  mais peut-être déjà avant, au fond -  la notion de sacré a soudainement disparue de l’image.

Sacré n’est sans doute pas exactement le terme… Comment expliquer alors que ce soit le premier qui lui soit venu ? Veut-il dire sacré en opposition à profane ? Sans doute, mais son idée reste diffuse. Comme si l’image, jusque là incarnée par la peinture ou la sculpture, avait eu une sorte de caractère religieux que ne proposait pas, plus la photographie.

En même temps, il mesure un paradoxe qui réside dans la matérialité de ces photographies et dans la nature de la représentation obtenue. Il se demande si le nouveau né n’est pas un simple poupon, un jouet. Il constate que ce n’est qu’une tache blanche.

Pures saisies de la lumière, via les sels d’argents photosensibles de la plaque (ou du négatif), celles-ci sont une matérialisation improbable du réel tout en étant une représentation plutôt proche de la réalité… Au contraire, la peinture serait une invention de la réalité.

Finalement, il relie quelques passages de "La Chambre Claire" de Roland Barthes :

« La photographie devient pour moi un médium bizarre, une nouvelle forme d’hallucination : fausse au niveau de la perception, vraie au niveau du temps ; une hallucination tempérée en quelque sorte, modeste, partagée […] image folle, frottée de réel. » et « la magie chimique et lumineuse de la photographie permet la présence continuée de l’absent en l’émanation sans fin de l’instant de sa saisie. » ou « D’un corps réel, qui était là, sont parties des radiations qui viennent me toucher, moi qui suis ici, peu importe la durée de la transmission photographique de l’être disparu, elles viennent me toucher comme les rayons différés d’une étoile. »

[…]

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serie-graphie

Publié le par ap



Ce matin, en regardant Jorge enduire ses chassis je me suis souvenu de la peinture de Marc Devade.

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cliché 14

Publié le par ap


 

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Ce profil de femme présent sur la gauche d’un petit carré sépia - chignon serré -  m’évoque celui de cet autre portrait peint à la tempera sur bois par Pisanello (que l’on peut voir au Musée du Louvre) dit la « jeune fille de la maison  d’Este », réalisé à la cour de Ferrare vers 1440.

Un profil ciselé

d'un trait fin,

du buste discret, au cou

puis au visage

apposé

au vert d'une haie sombre,

ajourée sur le bleu du ciel.

La chevelure (épilée haut sur le front)

disparaît

sous un chignon

enrubanné

Des ancolies, des œillets

et trois papillons

brodés au feuillage.

Pourtant, sur ce même cliché, un autre visage, en amorce vient détruire l’artifice de la mise en scène.



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cliché 13

Publié le par ap


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Figures au jardin

Plantée derrière les tiges aériennes d’un massif de cosmos.

ou

Penchée en avant elle pourrait, si ces fleurs étaient connues pour avoir une odeur caractéristique, en humer le parfum, ce qui pourtant n’est pas le cas.

Elle pose tout simplement,

abritée par ces étoiles fragiles et délicates de juin.

                (cosmos et étoiles filantes, éphémères de l’été)


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Voie lactée

                  un semis blanchâtre

lait blanc éclaboussé

                            sur la nappe sombre du ciel,

                  des cosmos au cosmos

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(parmi l’une des deux légendes de la mythologie grecque qui en expliquent l'origine, j’aime l’idée que, Héraclès enfant, voulant se nourrir seul au sein d’Héra endormie, tira si fort sur le téton que le lait gicla et se répandit en une grande traînée laiteuse dans le ciel.)


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cd son, essai second

Publié le par ap



Comme des histoires entrelacées (tressées), suspendues aux fils des temps différents.

Les langues et les langages y sont brassés :  aussi les mots embrassent le rythme d’un piano qui cascade. Un train quitte une gare. Dans l’obscurité d’une pièce, une allumette craque.

« Aimez vous la mer ? ».

Comme le souvenir de toutes ses histoires entre lacets…




Extrait d’une plage de la maquette d’un Cd de Gilles Sivilotto

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cliché 12

Publié le par ap


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Il fait étonnamment doux. Je suis assis sur les marches du perron qui donne sur l’arrière de la maison. Je feuillette mon livre d’heures de ce début d’année. Il y a quelques jours, à Chaumont, j’ai fait un premier essais de prise de vue pour cette double page, mais je n’en suis pas satisfait. En fait, j’ai un peu de mal à comprendre, ou à établir un lien entre l’image de gauche qui montre une petite fille faisant du tricycle sur un trottoir et celle de droite (floue) présentant le bout d’une chaussure sur un carrelage. Je sens qu'il y a quelque chose de terrible, d'effayant, mais je n'arrive pas à trouver l'angle d'attaque pour le dire.

A gauche, l’ombre projetée d’un réverbère pointe, de façon inquiétante, vers la tête de la petite fille. Et puis, la forme pointue du bout de la chaussure m’évoque (allez savoir pourquoi ?) le museau ou l’oreille d’un loup. J'ai repensé à Sarah Moon qui a fait une très belle série, en noir et blanc, sur le Petit Chaperon Rouge.



J’en suis là de mes rêveries, essayant quelques nouveaux cadrages. Sur la droite du viseur, je vois mes chaussures de jardin posées sur la pierre. J’essaye une ou deux images, pas convaincu...et puis voilà que le hasard s’en mêle.

Mathias, qui tourne autour de moi depuis un moment, vient de se glisser entre mon épaule et le chambranle de la porte auquel je me suis appuyé, il me fait bouger. Je grogne. Il dit « comme le loup, comme papa »… Je le regarde, un peu ahuri, et je le prends sur mes genoux. Je lui montre ce que je suis en train de faire. Il veut toucher le livre. Sa main rentre dans le champ. Je presse sur le déclencheur.



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notes sur clichés [tables]

Publié le par ap

etoile.jpg



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cliché 11

Publié le par ap


15

Rien, ou alors ce serait un pur fruit du hasard, ne réunit ces personnes. L’image de droite est celle de la page 21 de ce livre de photographies trouvées que je feuillette depuis bientôt quinze jours, avec l’étrange sensation de déjà toutes les connaître, ou plutôt de les reconnaître.

L’image de gauche je l’ai croisée cet après-midi en fouillant dans la pile des photos de famille que Odile conserve dans un vieux coffre en bois. J’en cherchais une autre, que j’ai aussi retrouvée d’ailleurs, mais celle-ci je l’avais oubliée, ou bien peut-être même ne l’avais-je jamais vue. Par contre je connais la personne, c’est Raymonde, la grand-mère de ma femme, dans son appartement de la rue Polonceau. Dans quelques mois Raymonde va avoir cent ans.

La photographie a été prise il y a une quinzaine d’années (au dos une date est inscrite à l'encre noire le 23.6.89). Elle venait tout juste de quitter son studio, rue de Clignancourt, pour celui-ci. Je me souviens avoir transporté quelques uns de ses cartons. Quand j’ai visité ce deux pièces cuisine, sous les toits, il y avait déjà cette tapisserie à fleur et je ne crois pas me souvenir qu’elle l’ait changée durant les 18 ans qu’elle a passé là. Elle y vivait seule avec son canari.

Je ne me doutais pas, il y a deux ou trois jours, en évoquant les cages sous les fenêtre de la soupente bleue que j’aurais à les recroiser de sitôt, dans un coin de cette image… 

 

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ima(r)ges

Publié le par ap

Voici donc, par le courrier du matin, que m'arrive le numéro 21 de la revue Lisières. Celui-ci est consacré à Bernard Plossu. Comme toujours, c’est un plaisir que de prendre en main ces petits objets conçus pour l’intimité de la rencontre. Plusieurs reproductions des photographies de l’artiste, que pour ma part je ne connaissais pas, y sont rassemblées. Laurent Brunet, comme il nous en donné l’habitude, s’y entretient avec l’artiste.

« Je suis convaincu que la photographie est une forme d’expression littéraire, si elle s’exprime avec sobriété. D’où mon désir de ne jamais foncer les tirages, de montrer les choses comme elles sont, de travailler au cinquante millimètres. Si tout d’un coup, il y a un effet photographique – l’usage d’un grand angle, le ciel foncé, un coté « surdose de poésie » ou de drame – on perd ce côté proche de la littérature. »

Publié dans livres

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