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Entre les signes (5 - Double foyer)

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Entre les signes (5 -  Double foyer)

5 - Double foyer

Cette affiche, proche par le style graphique de Jules Chéret (élipse du trait, palette chromatique et traitement des couleurs du fond…) est d’un auteur anonyme. On peut cependant la situer dans les années 1890.

Sa composition, faite sur un principe de symétrie, dont le flacon de lait posé sur la table servirait presque d’axe, montre deux femmes, dos à dos (ici l'expression est à prendre propre et figuré), occupées à regarder dans une longue vue (ou un microscope ?).

Ce qu’elles voient, l’une et l’autre, est figuré (pour nous) à l'avant de la lentille de l’appareil (dispositif fictif à rapprocher de la fenêtre dans le ventre de la baleine) : à gauche une tache blanche (donc rien), à droite quatre petites bestioles malignes dont on imagine qu’elles représentent des microbes ou des bactéries.

(détail de l'affiche ci-dessus)

(détail de l'affiche ci-dessus)

A gauche, il est indiqué, sur un panneau que le lait est stérilisé, tandis que à droite, il est nature. L’attitude de la femme de droite réprimant un geste de recul confirme d’ailleurs qu’elle semble dégoûtée, voire horrifiée. En d’autres termes : "le lait nature est impur à la consommation."

La réclame comparative qui fit flores dans les publicités des années 1960, vantant les produits ménagers ou alimentaires, ne date donc pas d’hier.

Entre les signes (5 -  Double foyer)
Entre les signes (5 -  Double foyer)
Entre les signes (5 -  Double foyer)
Entre les signes (5 -  Double foyer)

Un autre élément pourrait aussi retenir notre attention, il s'agit du nom de la marque : « Lait de la Ferme des Aigles ». L’association ferme/aigle, aussi étrange que cela puisse d’ailleurs nous paraître pour un produit fermier, correspond cependant dans l'affiche à une première évidence attachée à l’adage populaire qui dit que « seul le regard perçant d’un aigle peut déceler les plus ses proies de très loin ». La Ferme de l’aigle a donc veillé au grain en éliminant, par stérilisation (le brevet de pasteur date de 1874), les bactéries.

Cette réclame témoigne donc des préoccupations d’une ferme moderne, soucieuse d’hygiène et attachée à utiliser les dernières découvertes scientifiques.

Pourtant, d’autres nombreux produits laitiers ou ustensiles ont utilisé cet emblème ca qui laisserait penser qu’il y a sans doute une autre signification dans le choix de cet animal.

Entre les signes (5 -  Double foyer)Entre les signes (5 -  Double foyer)Entre les signes (5 -  Double foyer)

Des légendes ou des mythes (aussi bien chrétiens que grecs) ont fait de l’aigle une figure tutélaire à forte portée symbolique.

Par exemple, celui-ci est représenté dans le Tétramorphe, entourant le Christ en gloire, aux côté de l’homme, du lion et du taureau. Habituellement assimilé à St Jean qui en fait d’ailleurs la description suivante « il s’élève pour contempler la vérité, en s’approchant de la lumière ».

Tympan du portail de St trophime - Arles

Tympan du portail de St trophime - Arles

Il y aurait donc, dans l'affiche, une sorte de redoublement de la proposition, par le jeu des deux registres (scientifique et religieux) de la blanche pureté du lait, comme en témoignent en contrepoint les quatre figures chimériques et maléfiques de la bonne Nature, figurées dans le foyer de la longue vue.

[...]

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Entre les signes (4 - Un son cible)

Publié le par ap

4 - Un son cible

Cette année-là, le thème retenu par le festival de l’affiche de Chaumont était le Jazz et la mode.

Je dois dire qu’en toute honnêteté, je ne vois pas vraiment comment il était possible sur une affiche de figurer (de faire dialoguer ou de faire tenir) ces deux idées. C’est sans doute pour éviter ce tiraillement que l’affiche de Alain Le Quernec n’a choisi dans le texte tout au moins de ne faire figurer que l’une des deux termes.
Entre les signes (4 - Un son cible)

Par contre le télescopage des mots Jazz et Rock assure la dualité de la proposition. Doit on comprendre ici que Jazz et Rock s’affrontent à coup de décibels, à nous crever les tympans?

L’entrelacement des signes (miroir brisé/rétroviseur), les références directes aux œuvres plastiques (Arman/Christo), et les jeux de langage sont des procédés qu’affectionne Le Quernec.
Alain Le Quernec – Campagne présidentielle (1980) / Alain Le Quernec – Musique en mai (1976) / Alain Le Quernec – Boycott Total (1999)Alain Le Quernec – Campagne présidentielle (1980) / Alain Le Quernec – Musique en mai (1976) / Alain Le Quernec – Boycott Total (1999)
Alain Le Quernec – Campagne présidentielle (1980) / Alain Le Quernec – Musique en mai (1976) / Alain Le Quernec – Boycott Total (1999)

Alain Le Quernec – Campagne présidentielle (1980) / Alain Le Quernec – Musique en mai (1976) / Alain Le Quernec – Boycott Total (1999)

Ainsi en témoigne l’oreille perforée, figurée au centre de ce carré rouge, basculé sur un fond bleu, qui serait donc la cible de ces musiques. Comment pouvait-elle rester insensible à ces musiques qui remuent, balancent, décoiffent, dépotent, ou touchent droit au cœur …

Les lettres comme les sons volent en éclat, culs par-dessus têtes telles ces figures acrobatiques que réalisent les danseurs Rocks…

Aussi pourrait-on lire ici dans ce chahut visuel dans le ricochet du regard : « J’arrose" (JAROZ) et « J’ose » (JOZ) ou encore « Assez ! » (AC)…
Le traitement plastique de l’affiche convoque par ailleurs, par l’aplat des couleurs, le référence à un objet (la cible/l’oreille) et le jeu discret mais évident des perforations (points/trame) les travaux de certains artistes du Pop Art.
Warhol « Cow » (1973) Rétrospective 1987 / Jasper Johns. “Target with plaster casts” (1955) et (Moulage d'une oreille - détail de "Target") / Lichtenstein – "Crak !" (1963)
Warhol « Cow » (1973) Rétrospective 1987 / Jasper Johns. “Target with plaster casts” (1955) et (Moulage d'une oreille - détail de "Target") / Lichtenstein – "Crak !" (1963)Warhol « Cow » (1973) Rétrospective 1987 / Jasper Johns. “Target with plaster casts” (1955) et (Moulage d'une oreille - détail de "Target") / Lichtenstein – "Crak !" (1963)Warhol « Cow » (1973) Rétrospective 1987 / Jasper Johns. “Target with plaster casts” (1955) et (Moulage d'une oreille - détail de "Target") / Lichtenstein – "Crak !" (1963)

Warhol « Cow » (1973) Rétrospective 1987 / Jasper Johns. “Target with plaster casts” (1955) et (Moulage d'une oreille - détail de "Target") / Lichtenstein – "Crak !" (1963)

Alain Le Quernec, est donc un "chasseur armé d'une affiche, ce fusil à un coup qui ne peut rater sa cible." remarque Thierry Le Boité, dans son article.

C’est même ce que l’on appelle Mettre dans le mille ou Faire un carton!, ce qui somme toute était l'objet de la commande.

[...]

 

Bonus :

Entre les signes (4 - Un son cible)
Entre les signes (4 - Un son cible)Entre les signes (4 - Un son cible)

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Entre les signes (3 - le son des choses)

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3 - Le son des choses

 

Dicoapatonson : n.m. c’est un outil garni de musicien donnant la hauteur à chaque extrémité d'une petite boule — fréquence ouaté.— d'une note-repère afin qu’il accorde — étalonne — son instrument. Petit et pratique d’emploi, il joue un rôle important et, surtout doit n'être utilisé que dans le pavillon. Constitué de deux lames épaisses de coton parallèle, vibrant en émettant l'excès de cérumen étalonné ; ce son qu'elle secrète est amplifié si on l’introduit dans le conduit auditif. la base dite aussi bâtonnet pourrait causer sur une cavité résonnante, comme la caisse d’une guitare externe… etc

Cette définition fantasque d’un mot valise pourrait être la légende presque exacte de l’instrument atone rêvé.

Entre les signes (3 - le son des choses)

Il s’agit en fait d’une des affiches réalisée par Michal Batory pour les saisons musicales de l’IRCAM et l’EIC (Ensemble Inter Contemporain), orchestre polyvalent spécialisé dans l’exécution des pièces contemporaines.

Au début, par association d’idées, j’ai d’abord pensé au fameux poème de Guillaume Apollinaire : « Du coton dans les oreilles », poème écrit au front en 1915, tandis que pleuvaient les obus sur dans les tranchées et restitué sous forme d’un calligramme.

Extrait de "du coton dans les oreilles" in Calligrammes, section "Obus couleur de lune", envoyé à Madeleine le 11 février 1916.

Extrait de "du coton dans les oreilles" in Calligrammes, section "Obus couleur de lune", envoyé à Madeleine le 11 février 1916.

Mais c'était un contre sens car il s'agissait de se déboucher les oreilles et non l'inverse : s'ouvrir aux bruits et aux sons du monde nouveau. Quoi de plus naturel : il n'y a pas que les murs qui ont des oreilles même si on n'en ramasse pas à la pelle tous les jours.
Entre les signes (3 - le son des choses)
"Dans cette association de l’idée de se nettoyer les oreilles et d’accorder un instrument, généralement les gens comprennent qu’il y a un gag. Le message pourrait être : réveillez-vous et écoutez quelque chose que vous n’écoutez pas d’habitude. Je pense que s’il s’agit d’une provocation, elle reste assez légère." précise un commentaire de l’auteur, sur le site Pixelcréation.
Pourtant plutôt qu’un gag, une simple idée, hâtivement griffonnée, nous avons affaire à un prototype crédible, une objet hybride et mutant.
Certes, l’idée n’est pas nouvelle car c’est bien là le mode de télescopage dont René Magritte usait dans ses tableaux. 
R. Magritte – / « l’explication » 1952 / " Le modèle rouge" - 1935
R. Magritte – / « l’explication » 1952 / " Le modèle rouge" - 1935

R. Magritte – / « l’explication » 1952 / " Le modèle rouge" - 1935

D’ailleurs Michal Batory le reconnaît bien volontiers : "Bien sûr, dans mon travail, il y a l’influence de Magritte. Le surréalisme est proche de la tradition de l’affiche polonaise. Ma démarche est comparable en ce sens que j’amalgame deux objets qui en forment un troisième qui n’existe pas. Souvent dans mes affiches on retrouve ce dialogue entre deux éléments qui ne sont pas faits pour être ensemble."

M.Batory - Arsenal de Metz - Affiche - 2002

M.Batory - Arsenal de Metz - Affiche - 2002

Ce catalogue d’objets introuvables, décliné avec rigueur fonctionne donc sur l’écart entre le vraisemblable et le calembour visuel.

200207-carnet.jpg
 

Ce qui est troublant par contre c’est le procédé utilisé qui, utilisant les performances techniques d’un pinceau numérique de retouche photographique nous ferait presque prendre des vessies pour des lanternes ou des Boulez pour des Boules Quiès.

Et pourquoi pas des flûtes pour clarinettes,des clous pour des cuivres ?

 

Entre les signes (3 - le son des choses)
"Pour l'IRCAM, j’ai développé une ligne graphique basée sur les rencontres d’objets autour de la musique et de la vie et autour de signes énigmatiques qui dégagent une certaine émotion, ce qu’est avant tout pour moi la musique." dit encore M.Batory.

Souvenons nous aussi qu’un certain Marcel Duchamp, arrosant ses lavis au long sel, disait qu’il ne fallait pas confondre « le Sacre du printemps avec la crasse des tympans. ».

[…]

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Entre les signes (2 - L'aube du bain)

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2 - L'aube du bain (actualité du mythe)

« D'un côté il s'agit toujours par la scénographie et le traitement du jeu de réinventer à chaque fois le rapport acteur/public afin de sortir d'un confort amollissant pour la perception et redonner ainsi une acuité particulière au propos. D'un autre côté de rechercher cette sorte de polyphonie générale des langages chère à Artaud, recherche que nous poursuivons depuis notre création, basée sur le « bouleversement des sens... » déclaraient Michel Mathieu et Mamadi Kaba, les directeurs du Théâtre 2 l'Acte en 1968.

Entre les signes (2 - L'aube du bain)

Cette affiche signée Ronald Curchod et François Serveau fut réalisée à l'occasion de la la création du cycle de Médée par le Théâtre 2 l'Acte de 1995 à 1997 : "Rivage à l'abandon, Matériau Médée, Paysage avec Argonautes ", d’après les textes d'Heiner Müller qui sont des variations contemporaines sur des figures anciennes de la mythologie grecque, figures auxquelles Euripide avait consacré deux tragédies.

Le style de H.Muller est souven décrit comme tranchant, cherchant à provoquer l’explosion de l’image dans le souvenir et dans le texte. Le ton est tout à la fois tragique et comique, traitant des questions de la mort, de la trahison, de la violence ou du colonialisme.

« Mes textes sont écrits souvent de telle manière que chaque phrase, ou une phrase sur deux, ne montre que la partie émergée de l’iceberg, et ce qu’il y a en dessous ne regarde personne. » précisait d'ailleurs l'auteur.

 

Ronald Curchold - Compagnie Pupella-Nogues (1997)

Habituellement le travail de R.Curchold est plutôt pictural […] mais il arrive souvent que celui-ci combine dans ses affiches la photographie avec un travail du trait ou de la couleur.

Ici pourtant, seule la photographie de François Serveau a été utilisée pour le visuel de l’affiche.

Entre les signes (2 - L'aube du bain)

L’image présente un espace désaffecté, en ruine : les cloisons de brique on été abattues, des gravas jonchent le sol. Quelques éléments fragmentaires (carreaux, présentoir à papier ainsi qu’une baignoire indiquent qu’il s’agissait là d’une pièce d’eau. Ce serait l’image ordinaire d’une désolation si, une lumière dorée irradiant la baignoire, ne venait rompre avec cette impression.

François Serveau - Pelléas et Melisande de Maurice Maeterlinck par Jean-Christophe Saïs

François Serveau - Pelléas et Melisande de Maurice Maeterlinck par Jean-Christophe Saïs

Cette ambiance surnaturelle crée par l’intervention d'une lumière artificielle est un procédé souvent utilisé par ce photographe, autant d’ailleurs que par les éclairagistes au théâtre ou que par René Magritte dans certaines de ces peintures.

René Magritte - l'Empire des Lumières - 1954

René Magritte - l'Empire des Lumières - 1954

H.Müller avait donné des précisions en insistant sur la nécessité d’un naturalismede l’espace de mise en scène : « Rivage à l’abandon peut se jouer pendant que se déroule, par exemple, le programme d’un peepshow, Matériau-Médée au bord d’un lac près de Straussberg qui serait une piscine envasée de Beverly Hills ou une salle de bains d’une clinique psychiatrique. »

On pourrait donc considérer qu’il y a ici une sorte d’illustration au pied de la lettre des intentions de l’auteur.

Cependant, comme on vient de le souligner, le caractère naturaliste du cadre proposé est entamé par la présence irréelle de l’objet baignoire qui ici joue sans doute simultanément plusieurs fonctions.

Une baignoire c’est d’abord la forme d’un bateau – nom que l’on donnait d’ailleurs à certaines d’entre elles – Ce bateau imaginaire pourrait donc faire référence à l’Argos, navire des Argonautes, conduit par Jason et qui partit à la recherche de la Toison d’or. D’où sans doute, la lumière dorée.

Entre les signes (2 - L'aube du bain)

La baignoire c'est aussi, en creux, l’évocation de l’eau ici remplacée par un or liquide et immatériel (procédé de transmutation) ou encore par un corps. Peu de choses en effet, dans la forme, séparent une baignoire d’un sarcophage ou d'un cercueil.

J.Louis David – « La mort de Marat » (1793), Reims

J.Louis David – « La mort de Marat » (1793), Reims

On sait par ailleurs que la quête de Jason croisa la route de Médée, figure particulièrement sombre de la mythologie grecque.

Gustave Moreau. ''Jason et Médée'' (1865), Musée d’Orsay

Gustave Moreau. ''Jason et Médée'' (1865), Musée d’Orsay

Le récit de ce personnage est effet une succession de meurtres et de fuites à travers la Grèce.

Eugène Delacroix "Médée furieuse" (1862), Musée du Louvre

Eugène Delacroix "Médée furieuse" (1862), Musée du Louvre

L’ambiance chaotique du lieu évoquant d’un côté les idées théâtre de la distanciation de G.Brecht ou celui des décors plus bruts de T. Kantor doit aussi beaucoup à une esthétique contemporaine de l’installation, des performances de Fluxus, ou encore aux interventions 'in situ" de Gordon Matta Clark et l’investissement des friches industrielles tel qu'en réalise le photographe Georges Rousse
Joseph Beuys "Jason II" (1965)

Joseph Beuys "Jason II" (1965)

  [...] 

 

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Les belles sont deux

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Re-né Leplus - Bessons

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Entre les signes (1 - rives et dérives)

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L’exposition "Entre les signes" qui s'e tient dans la galerie de L'IUFM de Chaumont (52) propose, à travers un choix restreint de pièces du fond d’affiches de la ville de Chaumont, d’interroger quelques uns des aspects qui, de façon implicite ou explicite, posent la question du récit, voire de la fiction dans un dispositif graphique.

 

 

 

Carte postale - 1895Carte postale - 1895

Carte postale - 1895

1 - Rives et dérives (l'actualité du mythe)

Une baleine s'échoue sur la plage de Villerville en 1893. Le chansonnier Simon Max, propriétaire du Casino de cette ville balnéaire, en fait l'acquisition et après en avoir négocié l'huile et le lard il y installe un théâtre pouvant contenir jusqu'à une centaine de spectateurs. Hélas, l'hiver suivant, la baleine, transportée au Casino de Paris, disparaît dans un incendie.

Entre les signes (1 - rives et dérives)

Sur les deux affiches datant de cette époque, la fameuse baleine - dont on notera cependant les différences entre les deux spécimens ou le choix de leur représentation - , transformée en salle de spectacle, est présentée de façon à nous en montrer simultanément l'extérieur, autour du monstre marin (proportions non réalistes ), la présence d'un public nombreux et l'intérieur (fenêtre) du ventre aménagé.

Affiche de la Collection Dutailly (Chaumont)

Affiche de la Collection Dutailly (Chaumont)

C'est le même procédé qui est utilisé deux fois : une ouverture virtuelle pratiquée sur le flanc de l'animal permet d'en comprendre une partie de l'aménagement intérieur (sièges et écran de projection). Sur l'affiche appartenant à la collection Dutailly, outre la localisation indiquée par le texte, (Villerville) nous avons aussi le nom du spectacle : " Jonas Revue "

On peut bien évidemment penser à la référence de l'épisode biblique de Jonas qui, suite à sa désobéissance à Dieu, ayant pris la mer, sera jeté par ses compagnons de voyage, dans le ventre d'un grand poisson, (souvent identifié à une baleine).

Entre les signes (1 - rives et dérives)
Entre les signes (1 - rives et dérives)
Entre les signes (1 - rives et dérives)

Jonas y restera trois jours et trois nuits, avant d'être recraché sur le rivage et d'accomplir finalement la tâche qui lui incombait... voilà en tout cas pour l'épisode dit de la baleine.

Pinocchio- Enrico Mazzanti (1883)

Pinocchio- Enrico Mazzanti (1883)

Dans un sens, le nom du spectacle, par le truchement de l'histoire de Pinocchio renvoie à la morale du recit  biblique induisant, de façon implicite, qu'un séjour dans le ventre de la baleine (celle de Simon Max) est l'équivalent d'une métamorphose. L’expérience de Jonas, proposée au visiteur-spectateur, revue et corrigée par la mise en scène, proposerait donc, implicitement, une sorte de nouveau rituel et peut-être l'idée d'une nouvelle naissance (aux sens).

Cependant, concernant la construction graphique de l'affiche et les éléments utilisés (la sirène installée sur le dos de la baleine, par exemple) on retrouve, à la même époque, des réclames pour des marques de savons contenant des informations (signes) similaires.

Entre les signes (1 - rives et dérives)
Entre les signes (1 - rives et dérives)

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cliché 59

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71

C’est d’abord à la célèbre photographie Brassaï montrant Picasso en compagnie de Jean-Paul Sartre et jacques Lacan que j’ai pensé. Pour le flou sur le lévrier afghan se tournant soudainement sur le tapis et celui totalement spectaculaire balayant le visage de Lacan… L’association homme-chien comme ici, sur le bord d’un chemin de campagne, l’un et l’autre disparaissant, fusionnant en un seul corps.

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Et puis, finalement, c’est cette reproduction d’une peinture de Francis Bacon qui est venue en vis-à-vis.

J’ai vu cette peinture dans une galerie de Londres en juin 1985, la même année où avait lieu sa rétrospective à la Tate Galerie. Etrange figure unijambiste nouée dans son mouvement, découpée par la lame noire de l’ouverture qu’elle franchit. Corps animal, carnassier à en juger par le rictus qui fend son visage. Orange lumineux, électrique, claquemurant les chairs. On ne sort pas indemne de la rencontre avec la peinture de Bacon.

Je crois que ce qui m’a décidé, en fin de compte, c’est l’étrange similitude du noir entre les jambes des deux figures. Un arc improbable comme découpé aux ciseaux.

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Réplique

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La lecture d’un article de Alain Korkos sur son blog La boite à images, au sujet de l’affiche du film "The good german" (l’ami allemand) - film que je n’ai pas vu - a suscité chez moi quelques réflexions que je livre ici en vrac.

 

La première, et cela m’étonne presque, est qu’il y insiste sur un mode de construction en proposant une interprétation que je cite ici : « La séparation noir-rouge est ordonnancée selon un schéma qui n'est rien d'autre qu'une demi-croix gammée. Avec à gauche les méchants, et à droite les gentils. D'autre part, elle illustre à merveille le titre original, "The good german", en nous affirmant qu'un "mauvais" Allemand de cette époque (l'immédiat après-guerre) se résumerait à une croix gammée, alors qu'un "bon" n'en serait que la moitié. Un de ces Allemands qui ont adhéré au nazisme pour survivre. ».

Ce mode de construction en Z, même s’il est ici retourné, est pourtant un modèle courant de composition dans les affiches puisqu’il permet une lecture rapide (en diagonale, du haut vers le bas) des différents éléments graphiques et textuels.

Pourtant, ici, ce n’est pas ce schéma qui me semble le plus significatif. Si l’opposition entre ce qui serait le bien et le mal est bien notée par le jeux des couleurs rouge et noir, la ligne de séparation (ligne de fracture en éclair) semble diviser (séparer) le couple en noir et blanc. Par ailleurs c’est plutôt le principe de la spirale qui, superposée à ces deux zones, les relie, incluant ainsi la notion de vertige entre le premier plan de droite et l’arrière plan à gauche.

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La seconde remarque porte sur le parallèle avec l’affiche du film « Casablanca », ou plutôt l’une des nombreuses réalisées pour ce film. Il est plus qu’évident qu’ici nous nous trouvons dans le domaine de la réplique plutôt que la citation discrète, une façon non dissimulée d’affirmer une volonté de filiation, tout au moins pour des cinéphiles avertis ou des collectionneurs.

Dans celle qui sert de modèle à « The good german » Le personnage de Rick (Humphrey Bogart) fait face au premier plan en brandissant un pistolet automatique, protégeant visiblement Ilsa. (Ingrid Bergman). L’arrière plan (rouge lui aussi) est occupé en médaillon par les autres protagonistes du film. Ici plus que dans l’affiche de « The good german » les personnages semblent graviter dans l’ombre.


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On notera enfin que Bogart avec son feutre et son imperméable (costume qu’il ne porte qu’à la fin du film) ressemble plus à un détective privé (rôle qui a fait son succès dans un film précédent « le faucon maltais » – qu’à un patron de boite de nuit.

On pourrait donc se demander pourquoi avoir choisi cette version de l’affiche de «Casablanca » comme référence plutôt qu’une autre.

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L’une des affiches originales de 1942, celle qui est d’ailleurs la plus connue, insiste davantage sur la proximité amoureuse du couple Rick – Ilsa. Il s’agit de photos colorisées des acteurs qui sont posées sur un fond jaune (allusion au sable). On notera l’utilisation de reflets bleus sur les visages et dans les cheveux, évoquant une ambiance nocturne.

 

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Dans une autre version les personnages principaux sont présentés sous un autre angle (peint cette fois-ci) et les protagonistes (en grisé) sont insérés en guirlande sur la partie droite.


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L’affiche pour le public français reprend, quant à elle, le motif de l’affiche américaine en peinture, mais, la découpe ombrée des deux visages, unis de façon à constituer un cœur, y est renforcée. Elle correspond au côté romance du film et n’évoque en rien le contexte.

 
Plus complexes (plus narratives aussi) dans leurs structures, par l’ajout de la dimension géographique ou historique, ces autres affiches permettent ainsi de contextualiser en partie l’histoire.

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Chez l’une c'est l’utilisation d’un jeu des vignettes rappelant presque la disposition d’un journal ou des documents d’archives.

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chez d’autres, ce sera par la présence d’une silhouette de l’Afrique…

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ou encore par le jeu de découpe du cadre évoquant l’arc d’une architecture orientale.

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D’autres version, plus ou moins tardives (ici respectivement des affiches pour un public Italien et Allemand) mettront d’avantage en avant le visage de Ingrid Bergman, insistant aussi sur l’aspect exotique (suggéré par le titre) par la présence du fumeur de narguilé assis au premier plan, ou celle des chéchias…

 

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Ah damnaide ! J'aurais dû enchaîner sur un billet à propos des différentes affiches de "Casablanca " ;-) Mais j'me suis fait coincer par le 1er mai…
Juste une petite erreur, sans conséquence : l'affiche signalée comme étant réservée au public français est en réalité une affichette belge, destinée à être placardée à l'entrée des cinémas.

En voici un exemplaire avec, en bas à droite, le timbre-taxe obligatoire à l'époque.
Ces affichettes des années 40-50 ont été abondamment reprises en posters à partir des années 80-90.

Leur taille originale est, le plus souvent, de 37x30 cm.

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Merci, KA pour ces précisions. Désolé pour "l’herbe coupée" , mais comme je ne pense pas avoir fait un travail exhaustif sur cette déclinaison d’affiches, je vous fais confiance pour affiner encore notre optique.

De : ap

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Publié dans Réplique(s)

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cliché 58

Publié le par ap

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70

Une fois de plus, je ne saurais expliquer comment, mais il se trouve que la mémoire fait des nœuds inattendus. Comment et pourquoi cette petite image grise, à peine lisible, a-t-elle fait venir à mon esprit le mot d’Aronde. Je ne parle pas ici de la mortaise utilisée en menuiserie et joliment désignée par queue d’aronde, mais du nom du modèle de cette Simca née dans les années 50 et que mon grand père conduisait encore dans les années 70, bleue lavande avec un toit blanc, si mes souvenirs sont bons.

Sur l’image il n’y a pourtant aucune voiture, juste un bâtiment blanc, faiblement élevé dont on distingue vaguement une enfilade de portes. Derrière la ligne tendue d’un toit en tôle dépassent des nuées sombres. Dans la partie basse de l’image, dans la zone voilée, on distingue la présence d’une personne.

Je revois dans la cour de l’immeuble du « Cormoran B », l’alignement des petits garages avec leurs rideaux de fer, la silhouette frêle de mon grand père penché sur le capot de l’aronde, astiquant les chromes avec une peau de chamois, l’image renversée des immeubles et des platanes dans les flaques…

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Plus tard, à Aix en Provence, j’ai croisé une épave d’Aronde abandonnée sur un parking, en bordure de la Cité Universitaire de Fenouillère. Echouée dans les hautes herbes on aurait dit la carcasse d’un animal.

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Publié dans notes sur clichés

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Question (de l'être)*

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tintin-bruxelles.jpg
28-04-07 - Montcourt

*Deux lettres au choix : T ou V

Publié dans brèves vues

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