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Neuf au Pape

Publié le par ap

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En mars 2007, si j’en crois quelques bruits de couloirs, une affiche intriguait les usagers du métro parisien. Composée d’une unique typographie en bleu sur blanc, elle délivrait cette simple exclamation : N’ayez pas peur ! Une semaine plus tard la même formule refaisait surface sur une autre affiche avec, cette fois-ci, les légendes. Toujours en bleu ce texte soulignait la photographie du souverain pontif, Jean-paul II,tenant contre sa poitrine un enfant. Cette affiche annonçait un spectacle grand public présenté au palais des sports, réalisé par Robert Hossein et écrit par Alain Decaux.
Somme toute, l’effet d’accroche classique qu’avait produit la phrase seule retombait comme une meringue : les usagers rassurés d’avoir échappé au pire (quoique !) pouvaient à nouveau se concentrer sur leurs journaux préférés ou se plonger dans leurs mots croisés, les métro circulaient, le printemps réservait son lot de promesses… Le retour d’un pape star deux ans après sa mort ne tenait pas même pas du miracle.

 

***
En septembre de cette même année, plusieurs observateurs attentifs notaient le retour du dit spectacle, avec cette fois-ci une affiche enfin digne de la superproduction. On trouvera sur le blog de la Boite à image le décryptage et l’inventaire des différentes trombines qui en composent le motif.
Cette affiche rouge, qui ne présente pas d’un intérêt graphique m’a par contre donnée envie de revisiter une galerie de quelques portraits peints par Francis Bacon, grand croqueur de papes.
 

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Pape II d’après Vélasquez – 1950

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Tête VI, 1949

Ces premières reprises de Vélasquez sont loin d’être sereines. Déchirés, hachés par les coups de brosse sombres ces portraits semblent pris dans la tourmente. Une douche noire obscurcit les visages. La bouche ouverte comme une fosse absorbe le regard. L’espace de la toile est un cri suspendu,

La tonalité sombre des études suivantes malmènent tout autant l’effigie papale. Les lignes, traçant les arrêtes d’une architecture ou marquant l’angulosité du siège, incarcèrent un corps décomposé. La figure y est spectrale.

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Pape I, 1951

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Pape II, 1951

Si la référence à Vélasquez est clairement indiquée par Francis Bacon, il n’en demeure pas moins que ses Papes s’inspirent tout autant de Titien que de Raphaël, tout au moins pour ce pour ce qui est du sujet.

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Innocent X, 1953


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Portrait II, 1953

Dans le portrait du Pape encadré par deux quartiers de viande, motif  qui reprend un élément de la composition d’une autre peinture de 1950, le visage est littéralement décomposé. La couleur verdâtre de la chair est sans équivoque.
Dans une autre série, datant de 1961, c’est la forme et la facture du vêtement qui évoque cette même viande.

 

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Portrait avec viande, 1954

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Pape VI, 1961

A la question de David Sylvester : « Pourquoi avoir choisi de représenter le Pape ? », Francis Bacon répondait : « Parce que je pense que c’était les plus grands portraits qui n’avaient jamais été faits, et aussi parce que cela m’obsédait. J’ai acheté tous les livres contenant la reproduction du Pape peint par Vélasquez, juste parce que cela me hantait et puis cela réveillait toutes sortes de sensations et m’ouvrait les portes de tout un imaginaire... »

 
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Pape rouge assis dans un intérieur, 1975

A cette même question que j’avais posé à Francis Bacon en 1986, lors d’une rencontre insolite au bar des « Deux magots », à Aix en Provence, celui-ci, avait sourit avant de me répondre : «... Quelque chose d’incontournable auquel je voulais me mesurer… un archétype  […] J’ai fait plusieurs peintures sur cette question […] c’était comme un fantôme qui revenait sans cesse, alors je me battais contre lui… A la fin c’est devenu comme un reflet dans un miroir. »

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L'image en question (2)

Publié le par ap

110206-barleduc.jpgP.Cezanne
110206-barleduc.jpgE.Quarton

La peinture est sans doute, à mes yeux, le medium qui, dans sa forme autant que dans son expression (et disant cela je ne parle bien sûr ni des esthétiques, ni des époques, ni du sujet) est le plus permanent (constant) des modes de représentation, en cela qu’elle tient depuis son invention aux mêmes exigences fondamentales qui consistent à inaugurer un espace.  

110206-barleduc.jpgC.Corot
110206-barleduc.jpgP.Picasso

Depuis toujours la peinture répète, la même phrase. Depuis toujours le peintre dépose des pigments pour rencontrer, retrouver ou reconnaître ce qui au fond est sans mot et qu’il ne sait pas nommer mais qui pourtant le traverse et le retourne. Nous traverse et nous retourne.

110206-barleduc.jpgS.Martini
110206-barleduc.jpgA.Giacometti

Cet espace sans mot qu’inaugure la peinture, humide ou sec, rêche ou fluide, léger ou lourd, dense ou évanescent, est la trace inattendue et inouïe de cette traversée.  L’écran ou la surface qui recueille, condense les éléments de cette démarche singulière porte visible toutes les strates de son avènement.

110206-barleduc.jpgR.Motherwell
110206-barleduc.jpgE.Delacroix

L’espace pictural est un corps, une chair contenant ces plaies ouvertes et ses cicatrices. Un corps qui s’expose dans sa fragilité, ses pudeurs et ses épanchements.

110206-barleduc.jpgDuccio

 

110206-barleduc.jpgJ.Johns

Dans ce musée imaginaire de la Peinture (mon mur d’images rêvé ou réel) ce sont ces relations à la fois indicibles et pourtant terriblement évidentes (logiques) qui sont proposées. Ma propre peinture est nourrie de ces familiarités ou de ces connivences.

110206-barleduc.jpgF.Clouet

110206-barleduc.jpgG.Morandi

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L'image en question (1)

Publié le par ap

Nous étions installés sur un banc de plastique rouge dans le jardin plutôt mal entretenu d’un bâtiment administratif. Ce n’était sûrement pas le lieu le plus propice pour aborder cette question. Mais après tout c’était là que nous nous trouvions et j’étais plutôt content de parler de peinture. Quoi que... Il s’agissait de savoir quelle part celle-ci jouait encore dans le monde de l’art contemporain…

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F.Stella
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G.Baselitz

Vaste programme pour le peu de temps que nous y avons effectivement consacré! Ce fût donc plus un échange rapide qu’une discussion de fond, mais ayant l’esprit d’escalier, je me suis dit que, tôt ou tard, j’aurais l’occasion d’y revenir. En fait, mon opinion sur cette question est assez tranchée puisque ces deux termes : « Peinture » et  « Art contemporain » n’ont sûrement rien à faire ensemble.

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A. Gorky
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Greco

 

Par « Art Contemporain », il m’a semblé que mon ami faisait plutôt référence à un certain nombre de travaux qui combinent différents médiums (y compris parfois la peinture) et privilégient l’intention au geste, l’effet spectaculaire au laborieux travail des matériaux.

 

En fait, pour résumer ma pensée, je dirais que dans un cas on produit une image pour confirmer un intention énoncée en amont (c’est le cas des installations, par exemple, ou des supports médiatiques…) alors que dans l’autre cas, l’image qui arrive dans le travail révèle (parfois) son intention à celui qui la met en œuvre.

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F. Bacon
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W.de Kooning

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agit pas que d’une question de savoir faire ou de maîtrise technique préalable. Ce qui est à la source de l’image peinte est bien davantage une disponibilité à ce qui surgit dans le frottement, la résistance du réel qu’induit nécessairement cette rencontre entre la ductilité du médium et l’identité de celui qui entreprend la tâche.


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J.Salt
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J.S. Chardin

La différence est de taille. Somme toute, faire une image est relativement facile, c’est un problème d’exécution, autrement dit un bon travail d’artisan, et il n’y a dans cette formule, à mes yeux, rien de péjoratif.  Faire une peinture relève d’une autre attitude qui consiste à oublier  (en partie) ce que l’on sait pour rencontrer ce que l’on ne sait pas encore. Si non, à quoi bon ?

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P. Bonnard
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N.de Stael

Il y a ceux qui pensent en peinture et ceux qui s'en servent comme moyen d’illustration. Il s’agit donc bel et bien d’une question de démarche (ici peut-être d’ailleurs au sens figuré) qui à mon sens fonde cette différence.

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E.Manet

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J.Miro

L’art contemporain, tel qu’on vient de l’énoncer rapidement relève, de ce point de vue, d’un bon artisanat. Mais je me garderais bien de citer des noms...

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S.Hantaï
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G.Bellini

 



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Grammaturgie (dans les temps)

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Depuis peu, Leplus (re-né), revenu de l’Eau de là, à l’étang rame. Il les a et, sans lézarder, déplaçant les pièces de ces piètres bestioles de papier*, il narre à bout une histoire triste, digne d’un trajet dit grec:

"C'était un matin divers comme on en voit tous les matins. Il neigeait et cela ne faisait pas semblant ! Autrement dit, ce n'était même pas la peine de se lever ... et j'en connais une qui aurait mieux fait, ce jour là, de ne pas reposer son plumard . Mieux valait dépoussièrer le couvoir....
"


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* qui a dit que « celui qui n’a pas pied se noua ? »

 

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Le dépays

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Le récent billet de Mr KA sur le zen photographique (il fraudra d'ailleurs que l'on en reparle sur le fond) m’a fait ressortir un ouvrage de la bibliothèque. Il s’agit de ce petit livre intitulé « Le Dépays » de Chris Marker publié aux Editions Hercher en 1982. Alternant photographies et texte de l’auteur, ce petit livre sur le Japon n’a cependant rien d’un carnet de voyage, au sens où on l’entend habituellement, je veux dire veux dire par là qu’il ne comporte pas à mes yeux le moindre exotisme. On ne pouvait d’ailleurs pas en attendre moins du réalisateur de « Sans soleil » et de «  la Jetée », les deux seuls films que j’ai vu de lui .

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« Inventer le japon est un moyen comme un autre de le connaître… se fier aux apparences, confondre sciemment le décor avec la pièce, ne jamais se fier aux apparences, confondre sciemment le décor avec la pièce, ne jamais s’inquiéter de comprendre, être là – et tout vous sera donné par surcroît. Enfin un peu… », prévient l’auteur.

En fait, plus qu’un récit documentaire, mieux qu’un reportage, c’est presque une fiction que tisse ici Chris Marker, entrelaçant discrètement les prises de vues quotidiennes aux mots qui décrivent les attitudes et les gestes, regardant les objets, les chats et les paysages autant que les personnes.

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C’est un portrait simultané du Japon et de lui-même que dresse ainsi l’artiste se retournant, un an après son séjour au japon, sur le voyageur qu’il fut. « On change, on n’est jamais le même…mais je sais que, si je retourne demain au japon, j’y retrouverai l’autre, j’y serai l’autre. »

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Ce pays de l’autre, l’étranger de l’étranger, est donc ce dépays où nous plonge Chris Marker «… mon pays où personne ne démêlera jamais les vélos emmêlé, où l’écrivain public ne recevra jamais une réponse d’Alain Delon, […] où peut-être l’accordéoniste arrivera au bout de sa chanson italienne pendant la cérémonie du thé, où peut-être la flèche arrivera au bout de sa course… mais là, ça n’a plus d’importance. Tout est dans le geste du tireur. La flèche n’a pas plus de but que n’en a la vie : ce qui compte c’est la politesse envers l’arc. Telles sont les choses de mon pays, de mon pays imaginé, mon pays que j’ai totalement inventé, totalement investi, mon pays qui me dépayse au point de n’être plus moi-même que dans ce dépaysement. »

En feuilletant ce livre, ce soir, je repense à Gauguin, aux textes de Segalen et de Michaux, à l’empire des signes de Barthes et aussi au film de Wim Wenders « Tokyo Ga », où Chris Marker faisait d’ailleurs une courte apparition. Je songe aussi à l’humilité de certains voyageurs comparée à la bêtise de certains autres…

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Oui, effectivement, pour comprendre l’ailleurs, il faut pouvoir l’inventer et savoir s’y perdre.  

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Les photographies qui accompagnent ce billet ont été prises en feuilletant Le Dépays

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Les délices d'Alice (4 - Passages)

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Peter Blake (que j’ai récemment évoqué ici) a illustré, lui aussi, l’univers de Lewis Carroll en 1970. C’est au second volume des aventures d’Alice, De l’autre côté du miroir… (publié en 1871 et illustré dans sa version originale par John Tenniel.), qu’il s’est intéressé.

Les délices d'Alice (4 - Passages)

Le parti pris graphique qu’il a choisi  pour rendre compte de l’univers  Carrollien y est assez différent du style de collage Pop qu’il pratiquait alors. Le procédé de l’aquarelle y est à la fois classique et somptueux. Peter Blake utilise un traitement réaliste par les lumières pour le personnage d’Alice et certains éléments du décor. Seuls les autres personnages sont traités dans un style plus caricatural, rappelant d’ailleurs les dessins de Tenniel.

Peter Blake “Through the Looking-Glass ...”, 1970
Peter Blake “Through the Looking-Glass ...”, 1970Peter Blake “Through the Looking-Glass ...”, 1970

Peter Blake “Through the Looking-Glass ...”, 1970

 

Dans un sens, et pour le dire vite, cette association est une façon assez subtile de jouer sur l’ambiguïté spatiale et temporelle du du monde merveilleux que traverse Alice, procédé qu’il emprunte au cinéma et sans doute plus particulièrement peut-être au premier long métrage du genre, réalisé par W.W.Young, qui date de 1915.

W.W. Young, Alice in Wonderland, 1915

W.W. Young, Alice in Wonderland, 1915

Jouant sur la métaphore du passage entre réalité et fiction, on peut aussi évoquer les photographies de Abelardo Morell qui, reprenant les illustrations de Tenniel, les en scène à la façon d’un petit théâtre de papier.

Un autre photographe, Duane-Michals, a lui aussi abordé la question en centrant sa réflexion sur la fonction du miroir, interface ou lieu de passage d’un monde à un autre. Il s’agit de sept clichés qui composent une suite narrative. Le jeu échelles, des faux semblants, des reflets mis en abîme et du retour brutal au réel (le miroir brisé) sont autant d’équivalence au principe de déboîtement du récit de Carroll.

Duane-Michals « Alice’s mirror », 1978

Duane-Michals « Alice’s mirror », 1978

Ainsi, comme on a l’habitude de l’entendre dire, "les miroirs mentent", ne serait-ce que parce qu’ils ne nous renvoient du réel qu’une réalité inversée.

Ambigramme  « Love/ Hate »

Ambigramme « Love/ Hate »

Réclame pour le chocolat Menier et  J.Tenniel, 1871 / Réclame pour une marque de mode (« comment vit on de l’autre côté »)Réclame pour le chocolat Menier et  J.Tenniel, 1871 / Réclame pour une marque de mode (« comment vit on de l’autre côté »)

Réclame pour le chocolat Menier et J.Tenniel, 1871 / Réclame pour une marque de mode (« comment vit on de l’autre côté »)

Objet du retournement, il devient pour Alice - ou pour le poète dans « Le sang d’un poète », chez Jean Cocteau - l’espace du franchissement, pour un voyage dans l’envers rêvé du décor.

J. Cocteau « Le sang d’un poète », 1930 / Ryszard Horowitz « Magic rabbit », 1980J. Cocteau « Le sang d’un poète », 1930 / Ryszard Horowitz « Magic rabbit », 1980

J. Cocteau « Le sang d’un poète », 1930 / Ryszard Horowitz « Magic rabbit », 1980

 

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Prélèvements

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02-07-1.jpg02-07-1.jpg02-07-1.jpg02-07-1.jpg
Carnet - (stylo et  café - septembre 2007)

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Leçon de bon petit français

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C’est avec un peu de retard - mais est-il jamais trop tard pour manifester sa désapprobation ? - que je relaye cette information parue dans Courrier International (n° 878 Aout-Septembre). Le journal y reprend des extraits de l’article de Mr Achille Mbembe (à lire dans en intégralité sur le site du journal « Le Messager ») concernant le discours prononcé par le président français à Dakar, le 26 juillet 2007 à l’attention de la jeunesse d’Afrique, A noter que ces propos sont de la plume de Henri Guaino.

Voici l’extrait publié par Courrier International :

« Je ne suis pas venu, Jeunes d’Afrique, vous donner des leçons. Je ne suis pas venu vous faire la morale. Je suis venu vous dire que la part d’Europe qui est en vous est le fruit d’un grand péché d’orgueil de l’Occident, mais que cette part d’Europe en vous n’est pas indigne. Car elle est l’appel de la liberté de l’émancipation et de la justice et de l’égalité entre les femmes et les hommes. Car elle est l’appel et à la raison et à la conscience universelles. Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. Le paysan africain, qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternelle recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition  pour s’inventer un destin. Le problème de l’Afrique – et permettez à un ami de l’Afrique de le dire -, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’Histoire. Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter ne reviendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé. Le problème de l’Afrique c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance. Le problème de l’Afrique, c’est que trop souvent elle juge le présent par rapport à une pureté des origines totalement imaginaire et que personne ne peut espérer ressusciter. Le problème de l’Afrique ce n’est pas de se préparer au retour du malheur, comme si celui-ci devait indéfiniment se répéter, mais de vouloir se donner les moyens de conjurer les malheurs, car l’Afrique a le droit au bonheur comme tous les autres continents du monde. Le problème de l’Afrique, c’est de rester fidèle à elle-même sans rester immobile. »

 

Inutile de dire que ces seuls extraits me semblent, d’un point de vue idéologique, franchement douteux, sinon honteux.

 

 

 

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Les délices d’Alice (3 - Dérives)

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110206-barleduc.jpg1947

La publicité, vecteur privilégié de l’idéologie de production (et donc de la consommation) a su, très vite, réutiliser les différents codes de l’univers Carrollien.

Certaines réclames sont sur le mode de la citation directe. De nombreux produits sont ainsi déclinés de l’alimentaire au confort électroménager. La figure d’Alice y est, le plus souvent, un élément d’accroche identifiable permettant ainsi une complicité tacite avec le récepteur potentiel du message : « Nous vous proposons le merveilleux, à vous d’en jouir ! »

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110206-barleduc.jpg110206-barleduc.jpg1950
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D’autres préfèrent évoquer un détail, un objet, ou une ambiance.

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110206-barleduc.jpg1960110206-barleduc.jpg110206-barleduc.jpg1998

 

D’autres enfin, comme cette publicité pour un savon déodorant d’une construction plus complexe, fait elle aussi allusion au merveilleux pays d’Alice.

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1972

 

L’image présente, au premier plan, un homme de profil jetant un coup d’œil vers une femme qui essaye sur elle l’effet d’un tissu. Le bras levé de la jeune femme donne l’argument de la réclame puisque l’homme, visiblement un chef de rayon d’un grand magasin (on peut le déduire à l’écusson en bois qu’il porte à la boutonnière), semble renifler une odeur de transpiration de la cliente qui lui indique l’heure. Sur un fond rose, qui tient lieu de mur, une horloge confirme (pour nous) que c’est précisément l’heure à la quelle pense cet homme, ce qui, dans un sens, indique que nous avons affaire là à un homme d’expérience. 

 
Certes, le dispositif visuel autant que la formule « A vue de nez il est 17 heures… » peut sembler aujourd’hui de mauvais goût, mais elle correspond à une certaine idée hygiéniste de la société occidentale soucieuse des convenances… Du moins c’est ce que laisse penser à première vue le sens de du slogan.

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A y regarder de plus près, l’expression de l’homme ne relève pas tant du dégoût  que de la déception, voire de la frustration. Celle-ci pourrait être liée au désagrément que constitue l’odeur de la transpiration de la jeune femme, l’empêchant d’aborder la cliente pour exercer ses talents de vendeur…

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Pourtant, il y a fort à parier que cet homme au teint halé, le regard en embuscade, est plutôt déçu de ne pouvoir exercer ses talents de séducteur, tout court. L’écusson qu’il arbore au veston porte d’ailleurs le numéro 52, ce qui n’est pas sans rappeler le nombre des positions du Kama-Sutra…

 

En se concentrant sur le texte qui sert d’argumentaire et en oubliant un instant le contexte proposé par l’image on peut lire :

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Sans vouloir appuyer sur chacun des termes utilisés ici, on peut comprendre que la formulation est allusive et qu’elle pourrait tout aussi bien décrire une relation amoureuse.

 

L'insert contenant l’image d’un savon rose, pointant hors de son emballage et couvert d’une montre bracelet d’homme. L’heure inscrite au cadran de l’horloge est différente de celle inscrite sur la montre. On passe donc allègrement de cinq à sept ce qui pourrait confirmer l’hypothèse d'un homme habitué au rendez-vous galants.

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Enfin, et pour en revenir à la filiation possible avec le conte de Lewis Carroll, plusieurs éléments sont évidemment en rapport. La situation générale tout d’abord, où cette jeune femme blonde rêvant devant le motif d’un tissu à carreaux (motif d'un plan de jardin, d'un damier ou encore d'une carte de jeu) est remarqué par un homme soucieux du temps.

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L’horloge indique cinq heures pile (le five o’clock  de l’heure du thé anglais). On se souviendra donc qu’au début du conte, c’est précisément en suivant un lapin blanc, soucieux de ne pas être en retard chez la Duchesse, chez qui il se rend pour prendre le thé , que Alice découvre le Pays des merveilles.

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1963

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1965

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Les délices d’Alice (2 - Déclinaisons)

Publié le par ap

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En 1969, Salvador Dali réalisait un superbe travail d’adaptation graphique du texte de Lewis Carroll. Le choix d’un vocabulaire de signes restreints recoupant en de nombreux points ses propres préoccupations (insectes, ombres, montre ou champignons…) soumis au jeu des métamorphoses, conjugué à un espace flottant, lui permettait d’insister sur la dimension onirique, voire surréaliste du conte.

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Le personnage d’Alice, sous forme d’une frêle silhouette de jeune fille sautant à la corde, y est présent sur chacune des images. L’idée d’utiliser cette figure du saut à la corde est d’ailleurs assez subtile car elle combine à la fois le jeu d’enfant, le principe du passage et le rapport cyclique au temps du récit.


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Par ailleurs, les différents effets de coulures d’encres, d’aspersions ou de macules indiquent bien la volonté de Dali de pointer l’aspect subversif du pays des merveilles de Carroll.

110206-barleduc.jpgSalvador Dali "The mad tea party", 1969
110206-barleduc.jpgKertez

Seul (à ma connaissance) Sigmar Polke aura l’audace de répondre à l'univers graphique de Dali par ce montage composé comme un faux triptyque: deux panneaux latéraux utilisant un motif de tapisserie reproduisant le motif d’un match de foot encadrent une bande centrale, fond sombre couvert de points blancs (bel élevage de champignons !). Sur cette partition verticale sont superposés, à gauche, la reprise d’un dessin de John Tenniel et à droite la silhouette blanche d’un basketteur en extension se saisissant d’un ballon.

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Sigmar Polke “Alice”, 1971

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John Tenniell ,1865

L’hybridation des différents motifs, la confusion spatiale, l’aspect fantomatique des figures citées suggèreraient, comme l’ont souligné plusieurs critiques, « les différents stades d’altération de la conscience par les effets de la drogue, ici symbolisée par le Caterpillar fumeur de marijuana. Le parallèle entre drogue et sport (nouvel opium du peuple) matérialisé à la fois par le motif du fond et par la silhouette blanche du basketteur, dénonce un monde d’illusions d’optiques ou, d’hallucinations qui nous ferait finalement prendre des vessies pour des lanternes et des ballons pour des champignons… Ou, pour reprendre une citation de Guy Debord : « Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation. ». N'était-ce pas en subsence le sens de l'appariton de ces personnages, au détour d'un plan, du le film de Jean-Luc Godard?

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Jean Luc Godard “Week-end”, 1969

L’univers d’Alice de Lewis Carroll n'en finit plus d'inspirer, depuis sa création, de nombreux illustrateurs mais aussi des peintres, des réalisateurs ou des photographes…

110206-barleduc.jpg110206-barleduc.jpg110206-barleduc.jpg

Anna Gaskell  « Wonder », 1996


Certaines images, comme par exemple ces séries photographiques de Anna Gaskell, Wonder (1996) et Overide (1998), dont on trouvera ici une bonne analyse et ici d’autres images, fonctionnent comme des citations à la fois du conte mais aussi de l’univers de certaines peintures Préraphaélistes (Millais, Waterhouse…), ou encore en référence au cinéma.

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« Les aventures d’Alice au pays des merveilles », William Stirling, 1972

Plus récemment, d’autres artistes tels Maggie Taylor, Kassandra… utilisant la prise de vue et la retouche numérique ont revisité le thème.

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Maggie Taylor “ Almost Alice - Ou Est Ma Chatte?”, 2007

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Kassandra 2006

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Marla Bloom “A mad tea-party in white”, 2004


En fait, on ne compte plus les différentes reprises de cette longue décinaison, dont certaines d'ailleurs ont parfois l'odeur du déclin ou, tout au moins, dégagent un vague relent d'accadémisme.
 

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Annie Leibovitz pour Vogue, 2006

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