Origine (2)

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2 - Beauté c(r)achée  (un air de famille)

 

 

Dans les récits à rebondissement qui entourent L’Origine du monde de Gustave Courbet, tableau licencieux - tout au moins à l’époque de sa réalisation et suffisamment pour que ses différents propriétaires usent de masques pour le protéger d’un regard direct - tout pourrait se résumer à une affaire de cache-cache (ou de passe-passe) avant que l’œuvre ne rentre dans les collections des Musées Nationaux en 1995.

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Aujourd’hui, débarrassée de son dernier cache (sexe), celui peint par André Masson vers 1955 à la demande de Lacan, la toile est redevenue visible de toutes et de tous sur les cimaises du musée d’Orsay et, étonnamment, bien que les mœurs et les représentations ne soient plus celles du Second Empire, la peinture continue d’exercer son pouvoir de fascination entre délice et dégout, paillardise et moralité ce qui, à n’en pas douter, continue à occulter cette (la) peinture.

 

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Malgré son titre aux allures symboliques (le titre est-il même de Courbet ?) ce morceau d’anatomie ne semble rien raconter. Il se présente (ou nous est présenté) comme un arbre, un rocher, ou un citron, ce qui ne lui enlève rien de sa picturalité, bien au contraire, mais qui d’emblée le range dans le registre de l’étude. L’absence de contexte et l’anonymat de cette figure ne font d’ailleurs que renforcer ce sentiment. Pas d’histoire, pas d’allusion, pas d’accessoire : une femme expose sa chair et son intimité.

 

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Mais ne serait-ce pas, finalement, toute l’ambiguïté qu'entretient cette peinture, depuis le début, que de montrer sans réserve ce qui relève soit du médical, soit du voyeurisme, non que la peinture se soit jamais interdit la figuration d’un sexe, mais que rarement jusque là, elle se soit limitée à cette seule représentation.

Par contre, et le travail de recherche conduit par les Musées Nationaux* en fait largement état, la source iconographique utilisée par Courbet (et de beaucoup d’autres peintres de cette période), était la photographie de nu (académique ou érotique, selon). Auguste Belloc, tout particulièrement, semble avoir été un pourvoyeur d’exception, et l’Origine de l’origine se trouve vraisemblablement dans l’un ou l'autre de ces clichés.

Pourtant, si cette documentation (quoique beaucoup plus coûteuse qu’un modèle vivant) avait la faveur des artistes (autant que des amateurs), et si certains n’ont pas hésité à l'utiliser telle quelle (Delacroix le premier), il semble que pour Courbet ce matériel n’était pas le seul, et que le peintre se soit plu à mélanger plusieurs des points de vues de ces photographies, ainsi que des gravures ou d’autres peintures (Rubens souvent mais aussi Fragonard et Boucher) pour élaborer ses compositions, et de quelques poses directes pour compléter les détails. Le réalisme de Courbet étant d'abord une " vérité en peinture", pour reprendre les propos plus tardifs de Cézanne.

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« J'ai étudié, en dehors de tout esprit de système et sans parti pris, l'art des anciens et des modernes. Je n'ai pas plus voulu imiter les uns que copier les autres : ma pensée n'a pas été davantage d'arriver au but oiseux de "l'art pour l'art". Non! J'ai voulu tout simplement puiser dans l'entière connaissance de la tradition le sentiment raisonné et indépendant de ma propre individualité. Savoir pour pouvoir, telle fut ma pensée. Etre à même de traduire les mœurs, les idées, l'aspect de mon époque, selon mon appréciation, être non seulement un peintre, mais comme un homme, en un mot faire de l'art vivant, tel est mon but". 

Gustave Courbet, Brochure accompagnant l’exposition au pavillon du Réalisme, 1855   

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* Catalogue de l'exposition Courbet.
Collectif, Laurence des Cars, Michel Hilaire, Gary Tinterow, Dominique de Font-Réaulx. Réunion des musées nationaux - 2007 

 

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François Matton 08/05/2010 15:27



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