En long, en large, mais de travers

Publié le par ap

(Gérard Gasiorowski - Carré d'Art, Nimes)


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 "Tout cela n’a ni tête, ni queue … vous ne trouvez pas ?"


Elle n’a sans doute pas totalement tort la vieille dame qui m’apostrophe. Elle vient de visiter, comme moi, l’exposition Gasiorowski présentée au Carré d’Art de Nîmes et je doute, en effet, qu’elle ait pu voir, ou appréhender, le moindre sens à la démarche de l’artiste. Connaissant bien le travail, j’étais content, pour ma part, de retrouver sur les cimaises, dans les vitrines, quelques unes des pièces déjà vues en 1995, d’en découvrir quelques autres, dont je connaissais plus ou moins l’existence (les cartes postales, quelques dessins, les portes…) et qui se trouvent dans des collections privées, mais je dois avouer que quelque chose dans le parti pris général de l’accrochage, dans le rythme des salles, n’est pas vraiment convainquant et n’apporte pas une véritable lisibilité au travail. Bien au contraire, l’œuvre ainsi mise en espace semble chaotique, décousue : les rapports instaurés entre les différentes époques manquent de distance critique ou ne reposent que sur des clins d’œil appuyés.


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Certes, il était (il reste) possible de combiner des séries très différentes, mais cela aurait sans doute demandé un travail plus subtil ne se limitant pas à un simple rapprochement des motifs ni à un découpage thématique assez artificiel.

 

J’essaye un instant de me mettre à la place de la  dame : comment aurait-elle pu comprendre par exemple (autrement qu’en posant la question aux médiateurs présents sur chaque salle! fichue manie!) la part violente et ludique de la Guerre, la critique implacable des institutions artistiques que figure l’Académie Worosis Kiga, ou simplement percevoir que l’inventaire volontairement dérisoire des Amalgames (ici accroché sans doute trop haut pour que l’on puisse en apprécier pleinement les jeux graphiques, les contradictions internes…) avait, comme pendant, le pur plaisir de peindre une floraison entêtée et qu’il s’agissait moins d’une  régression de la part de Gasiorowski lui-même, que d'une parodie des gestes et des attitudes de ses contemporains?

 

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« L’œuvre de Gasiorowski est close. Hélas. Elle constitue désormais un passionnant sujet d’étude dont nombre des clés sont offertes par l’artiste, au fil de l’entretien qu’il eut quelques semaines avant de poser ses pinceaux, avec Thomas West…. ».

 

Une première clé dévoile l'ordre chronologique, tout au moins  celui que Gasiorowski  avait instauré pour son oeuvre : ce flux ou ce fleuve de la peinture dont il utilisait souvent la métaphore, une coulée ininterrompue dont il avait pris soin de préciser un à un les jalons en la remontant lui-même à contre courant. Une seconde révèle l’importance des supports (papier, toile, carton…), des formats et des médiums. Enfin, une autre concerne les sources iconographiques qui constituent les repères visibles des crues et des décrues du fleuve...

 

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On peut se demander pourquoi avoir choisi d'ignorer ces clés et surtout  quel besoin a motivé l'idée saugrenue de changer simultanément toutes les serrures?

 

 

 


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gertrude 06/12/2010 15:19



Duchamp, Beuys, Gasiorowski... Je ne suis pas au bout de mes découvertes ni des cygnes de correspondances..


Il n'y a point de hasard.



Erwin Palmer 05/09/2010 16:57



I enjoyed this exhibition though. Gasiorowski's work is complex. So, you need to take the time to think a little about it anyway (for more comments, see my website)...



Tailleur d'Images 13/08/2010 00:17



Bonjour,


en effet, que de rendez-vous manqués ! je suis pour ma part frustrée quant à cette difficulté à appréhender une oeuvre autrement que de façon sensorielle :  les références sont si nombreuses
et complexes...



Ambre 12/08/2010 16:24



J'aime bien votre dernière photo et cette composition de l'artiste et puis vous ravivez là de doux souvenirs de tabac à rouler et de papier JOB; briquet indispensable pour rallumer
cette cigarette qui s'éteint sans arrêt;o)