celui qui se perd dans sa passion...

Publié le par ap

 

Gérard Gasiorowski 

 

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Quoi peindre?

Voilà sans doute la seule question que s'est posée Gérard Gasiorowski tout au long de ces trente deux années de peinture et ce après onze longues années d'un retrait ou d'une abstinence volontaire. "Quoi" et non pas "pourquoi", car c'est ce pourquoi qui l'avait précisément conduit à poser ses pinceaux en 1953 et cette question semblait résolue en 1964 lorsqu'il se remit à l'ouvrage. Question résolue ou disons plutôt réglée par sa contraposée : pourquoi au fond ne pas peindre? Plusieurs facteurs à commencer par le contexte historique, peuvent permettre d'en comprendre les raisons; la déferlante du Pop Art sur le marché européen amorcée entre autres par l'ouverture à Paris de la Galerie Sonnabend en 1963, célébrée en fanfare par le couronnement de l'oeuvre de Rauschenberg à Venise l'année suivante... en sont certainement les indicateurs les plus directs. Car si la peinture de l'Ecole de Paris avait été un frein aux ardeurs de Gasiorowski, l'imagerie décomplexée de la nouvelle vague américaine, bientôt suivie d'une kyrielle de mouvements européens (Nouveaux Réalisme, Figuration Narrative, bientôt Fluxus...)  réveilla certainement son intérêt, sinon son désir de participer lui aussi de l'aventure. Son expérience professionnelle des images, développée au sein d'une entreprise d'édition et de publicité alors en lice (Robert Delpire), ses amitiés (Jan Voss, Hervé Télémaque, Jacques Monory, Bernard Noel...) l'encourageaient par ailleurs à aller en ce sens. Donc acte!


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Mais quoi peindre et surtout comment?
Pour ce qui est du "comment peindre", disons la façon de s'y prendre, les propositions seront multiples et variées : de la figuration précisionniste de l'Approche à l'abstraction analytique ou  du Chemin de peinture en passant par la barbouille crouteuse mais élégante des Régressions ou des Ponctuations, baveuse mais charpentée des Cérémonies, de la miniature des Impuissances à la monumentalité de Stances, de la pulvérisation infime aux couches épaisses, du noir et blanc le plus dur aux couleurs les plus criardes ou aux veloutés de gris, de bistres et d'ocres, de la forme au fond (et vice versa), de l'intime adressé lui-même (pochette de disques ou couvertures de livres repeintes) et à des proches (par envoi postal) à la peinture de commande (officielle et marchande), du codex au volumen sans oublier la feuille de papier ou le châssis toilé... Aucun moyen plastique, aucun support (du plus riche - la toile - au plus pauvre - le carton, le kraft -) ni aucune manière ne seront mis de côté. Et même si la liste que l'on pourra dresser semble d'avance exhaustive elle ne tient pas du catalogue de techniques ou de gestes mais de la nécessité d'éprouver les limites d'un langage et d'un territoire.


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Pour ce qui est du "quoi peindre", autrement dit du sujet, il semble à première vue qu'il en va de même, sans restrictions : du portait classique au paysage ringard, de la scène de genre à la peinture d'histoire, de l'érotisme au mysticisme... mais, là encore, comme pour les moyens mis en oeuvre, et malgré la diversité de ces sujets ou de ces motifs qui couvrent la totalité des taxinomies possibles du champ pictural et proposent un opus protéiforme, changeant et insaisissable, il n'est pas impossible que ceci puisse se résumer à une ou deux propositions qui alternent entre la charge symbolique du sujet et son utilisation au sein d'un dispositif narratif (fictions, récits, discours sur la peinture...) ou plastique (ensembles, séries, variations....) minutieusement élaboré, une machinerie rigoureusement réglée.


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C'est ce mouvement de balancier entre le faire et le faire voir, l'acte pictural et sa mise à distance critique, qui fonde la dynamique si particulière de cette de œuvre, à la fois mobile dans son apparence mais profondément constante dans son intention.

L'oeuvre de Gasiorowski se compose ainsi d'une suite de trajectoires (de possibles) plus ou moins longues, à partir d'un point nodal dont les unes sont évidentes et lisibles (les Impuissances, les Fleurs, les Meules, Fertilité), les autres complexes et ramifiées (Albertine disparue, l'AWK, Stances...), les unes et les autres se croisant parfois pour donner naissance à des formules hybrides (les Amalgames, les Symptômes...). Ainsi contrairement à d'autres œuvres picturales dont la logique est essentiellement inductive, une période ou une question en entrainant d'autres (Cézanne, Kandinsky), celle-ci est déductive, chaque proposition explorant une voie possible à partir d'un énoncé principal (Picasso, Picabia).

 

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L'œuvre de Gasiorowski, dont la Fondation Maeght présente une partie du travail, est en somme une réponse en forme de long monologue à cette suite de questions presque existentielles (pourquoi, quoi, comment...), l'œuvre étant, on pourra s'en rendre compte, étroitement liée à la vie du peintre et à l'histoire de la peinture.


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Fondation Maeght - Saint Paul de Vence

Gasiorowski XXe – peintre « Vous êtes fou Gasiorowski, il faut vous ressaisir… »

Exposition du 30 juin au 26 septembre 2012

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