Comme sur des roulettes (L'Arrangement)

Publié le par ap

Tout semblait réglé comme du papier à musique dans la vie de cet homme. En apparence, tout au moins : une épouse irréprochable, une villa de grand standing dans un quartier chic de Los Angeles, un travail plus que lucratif… Tout allait donc comme sur des roulettes... jusqu’à l’accident.


 

 

Pourtant, nous savons - pour l'avoir vu lâcher le volant - qu'il ne s'agissait pas là d'un un accident !

 
 

« Pourquoi as-tu baissé la tête ? » se demande Eddy (le personnage principal), allongé sur un lit d’hôpital, alors que l’image de sa décapotable, précipitée sous les roues d’un semi-remorque, lui (nous) revient à la mémoire.

 
 

Après cette tentative de suicide ratée, sans sa petite moustache, Eddy semble être devenu un autre homme. Enfermé dans un mutisme inquiétant pour sa famille, il se remémore, par bribes, quelques moments de sa vie récente ou de son passé. Surgissent ainsi des fantômes dont certains semblent être les signes précurseurs de l’état dépressif qu’il traverse. Lui-même pour commencer, dynamique et entreprenant dans son métier de publicitaire, et puis, furtive d’abord, mais de plus en plus précise, l’image d’une jeune femme : Gwen.


 

 

Comment rate-t-on sa vie? Comment peut-on vivre avec ces petits arrangements que sont par exemple un confort social quand on prend soudain conscience que l’essentiel n’est ni l’argent, ni l’ambition. Comment se reconnaître et se retrouver ? Comment ne plus se mentir ni mentir aux autres ?

 

Or c’est à sa relation extraconjugale avec Gwen que Eddy doit cette prise de conscience tardive. Dans un sursaut d'énergie, celui-ci part donc en quête de sa propre identité…

 

L'Arrangement, réalisé en 1969 par Elia Kazan, à partir d'un de ses propres romans, est bien plus qu’un récit exemplaire sur une recherche d’authenticité que fait un homme fatigué par les compromissions successives de la vie et l'absurdité d’une réussite sociale à laquelle au fond il ne croit plus… C'est un retour sur lui-même ("je m'en vais en moi-même") d'un homme bridé par son histoire familiale.


 


Le rythme du film construit sur ces allés retours permanents entre passé et présent, usant du flash-back ou de l’arrêt sur image, du jeux de dédoublement des personnages, des faux semblants ainsi que la richesse d’invention formelle (intégrant par exemple les codes plastiques du Pop Art font) font, de ce film de Kazan, une belle leçon de cinéma.


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