Des rats et du papillon (A l'ouest rien de nouveau)

Publié le par ap

On rentre dans ce récit comme dans une pièce de théâtre : deux personnes, un homme et une femme qui s’activent dans un vestibule échangent des propos anodins, puis une porte s’ouvre sur un défilé militaire, acclamé par la foule. Si ce n’étaient les casques à pointes qui composaient encore l’uniforme de l’armée allemande du début de la première guerre mondiale, cette parade militaire, fleurs aux fusils, pourrait avoir lieu n’importe quand, d’hier à  aujourd’hui, sous n’importe quel soleil. Dans une salle de classe aux fenêtres largement ouvertes sur la rue, un professeur incite, par un discours enflammé, marqué d’une hystérie patriotique et nationaliste, une classe de jeunes garçons à s’engager. Nous sommes en 1914, dans une ville de l’est de l’Allemagne (1).


 

Le film réalisé en 1930 par Lewis Milestone sera, aux Etats-Unis, critiqué pour ne montrer la guerre que du point de vue des Allemands. En France, la séquence de « fraternisation » entre les jeunes soldats et de jeunes françaises a été censurée. En Allemagne, le film a suscité la violente hostilité des Nazis qui l'ont interdit après leur accession au pouvoir. En 1933, Hitler fait déclarer Erich-Maria Remarque "ennemi du IIIème Reich" : ses livres seront brûlés en place publique et le romancier réduit à l’exil.

Adapté du récit d’Erich Maria Remarque, paru en 1929, "A l’ouest rien de nouveau", ce film frappa les esprits par son caractère réaliste et implacable, dénonçant de façon crue l'absurdité de cette guerre des tranchées où les offensives se succèdent sans autre résultat qu'une hécatombe, de part et d’autre des lignes du front. Sauvagerie et absurdité que découvrent brutalement les jeunes recrues.

« Pourquoi nous battons nous ? » s’interroge l’un d’eux. « Parce que l’autre pays nous a offensé », répond un autre. « Comment un pays peut-il en offenser un autre », demande un troisième, « une montagne d’Allemagne ne se fâche pourtant pas contre une verte prairie de France ? »

Les obus pleuvaient à défoncer les tombes, à labourer la campagne, à ensevelir les vivants, les hommes étaient des rats que l’on achevaient à la pelle (et ce n’est pas ici qu’une expression), la peur au ventre qui tenaillaient était aussi forte que la faim soulagée par de la sciure mélangée aux fayots… Tapis au fond d’un trou d’obus lors d’une contre offensive, un soldat en blesse mortellement un autre dans un corps à corps.

« Pardonne-moi, camarade : comment as-tu pu être mon ennemi? Si nous jetions ces armes et cet uniforme, tu pourrais être mon frère. »

Il est tombé en octobre 1918, un jour où tout était si tranquille et calme sur le front de l'ouest, pour la légèreté d’un papillon.

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(1) - Peut-être même s’agit-il de Osnabrück, lieu de naissance de Erich Maria Kramer, l’auteur éponyme du livre « A l’ouest, rien de nouveau ».

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