cliché 37

Publié le par ap

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J'avais laissé de côté cette photographie en transparence, réalisée à partir du livre "photo trouvée" ne sachant pas trop quoi en dire. Le mur frontal et le bébé allongé au pied de celui-ci me mettaient mal à l'aise.

Aujourd'hui, en reprenant quelques unes des photos écartées, j'y vois étrangement une scène vide où gît un enfant, et cela, sans doute, à cause de la coupure opérée par le bord inférieur de l'image. Par associations d'idées c'est donc au "Massacre des innocents" de Nicolas Poussin (le tableau qui se trouve à Chantilly) que j'ai pensé.

Outre les qualités de composition de ce tableau, utilisant une construction en spirale qui entraîne le regard du spectateur, de la bouche ouverte de la mère au glaive du romain jusqu’au nourrisson sacrifié - reliant ainsi les victimes et le bourreau dans un même mouvement de vertige - c’est le principe théâtral, organisé sur la profondeur qui est admirable.

Créant un point de vue imposé au spectateur qui le situe légèrement sous l’esplanade où se déroule le massacre, le peintre nous donne à voir, sur la droite, la procession des mères éplorées qui, une à une, quittent par l’arrière les lieux, les corps pantelants de leurs enfants aux bras, tandis que, sous l’arche tendue des jambes du soldat, nous surprendrons l’ultime regard que lance l’une d’entre elles vers la scène même que nous regardions.

Placé à notre hauteur, de l’autre côté de l’esplanade, ce regard adressé fait donc de nous, spectateurs, simultanément des témoins et des complices.

Publié dans notes sur clichés

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