Forger l'ombre

Publié le par ap

« … cette divinité avait plusieurs temples à Rome dont la garde était confiée à des chiens. Ses fêtes étaient célébrées au mois d'août, durant les chaleurs ardentes de l'été. A  l’occasion  de ces réjouissances qui duraient huit jours consécutifs, on organisait des courses populaires où les concurrents tenaient une torche à la main… »

***

« Allô... J’ai une mauvaise nouvelle à t’annoncer… Michel D. vient de se donner la mort…. Hier… Ses obsèques ont lieu lundi à 14h à Saint Malo… »

 

Je revois Michel, dans le soleil de cette après midi de juillet, assis sur un banc, évoquant ses dernières lectures et la grave dépression qu’il venait de traverser. Caressant son chien, il parlait de poésie et de l’urgence soudaine qu’il avait éprouvé d’un passage à l’écriture, pour « se défaire de l’obscur », exorciser le vertige et les gouffres lancinants de l’angoisse.

Noirs, ses poèmes l’étaient, en effet. Noirs comme de la tourbe, noirs comme les troncs d’un arbre frappé par la foudre. Ces nœuds d’écritures, découverts un soir dans la boite aux lettres de ma messagerie électronique m’ont laissé sans voix. Un sang noir coulait entre les lignes de ces textes, prenant acte de la chute et de l’abîme. Un cri déchirant et une douloureuse remontée vers la lumière, branche par branche, annonçaient, après cette secousse, le rétablissement.

Michel parlait calmement en ce jour de juillet, sans masque ni fausse pudeur de ce cette  terrible plongée dans la bouche d’Hadès. Cette renaissance l’avait ramené à la rive, serein, dégagé de ces anciennes certitudes : «…ces textes, il faudrait que tu les lises, pour comprendre la vague sombre qui m’a emporté au fond. Après ça, j’ai écrit pour me reconstruire et forger un nouveau socle pour tenir debout. Ces écrits sont terribles tu sais, ça sent le fiel et le tréfonds… Enfin, à toi de voir… »

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