Amorces (3)

Publié le par ap

Friche, La levée, Tavier sont les trois premiers textes d'un récit qui pour l'instant a pour titre "Amorces".  Je n'ai aucune idée de ce qui va advenir de ces personnages, apparus un jour de forte fièvre ... Ceci est donc une invitation à ceux qui auraient envie d'en écrire la suite  autrement dit ces amorces sont une proposition d'écriture.


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3 - Tavier

J’aurais voulu retourner sur les lieux… retrouver cette femme. Je voulais savoir. Mais mon métier m’accaparait beaucoup trop. De nombreux cas de fièvre auréolées s’étaient déclarés ces quinze derniers jours : on allait sur la saison des pluies et, comme chaque année en cette période, le dispensaire ne désemplissait plus. Mes seuls moments de libre, je les avais consacré à éplucher la bibliothèque sanitaire. Assis dans la salle réservée aux infirmiers, je faisais défiler sur l’écran les fichiers types avec l’espoir de voir apparaître mes « petits cailloux », ainsi que je les avais surnommés faute de mieux. Recherche infructueuse. Sur plus de 50 000 fichiers rien ne s’en approchait. J’avais beau faire un tri sélectif par courbes d’enveloppes, rien !.
Je songeais alors à reprendre contact avec mon ancien professeur. Lui saurait sans doute m’indiquer la nature ou la provenance... A l’institut on m’apprit que le professeur Tavier avait quitté le service depuis au moins un an. Le fichier central n’avait pas enregistré sa nouvelle adresse. Après vérification auprès des services municipaux de location et propriété, j’appris qu’il avait effectivement déménagé définitivement de l’agglomération. Ici encore il n’y avait pas d’adresse pour faire suivre le courrier. Je me sentais démuni et aussi un peu orphelin car Marc Tavier était pour moi une sorte de père adoptif.

C’était Marc Tavier qui m’avait remarqué lors des épreuves d’aptitude du recrutement des infirmiers résidents… il y avait bien cinq ans de cela. Je me souvenais de ce petit homme barbu en combinaison bleue, assis de côté, à la table du jury. Il ne m’avait même pas regardé rentrer dans la salle. Ce n’est que quand fut finis mon exposé et que j’eus répondu aux questions embarrassantes des divers interrogateurs qu’il prit la parole. Je le revois s’adresser à moi, pardessus ses petites lunettes ovales cerclées d’acier bleu - geste que je le vis faire à maintes reprises lau cours des années que je passais dans son service - ...

- Dites moi jeune homme, votre présentation des tissus cellulaires avancés des blocs alimentaires était intéressante mais… mais vous manquez visiblement de pratique !  Dans quel laboratoire avez vous fait vos vérifications d’usage?

Le bonhomme avait touché le point sensible de ma présentation car, contrairement aux nombreux prétendants en lice, je n’avais pas eut les moyens de fréquenter les laboratoires préalables. Tout ce que je savais était essentiellement du à mes lectures. Au lieu de mentir, comme pourtant on m’avait conseillé de le faire j’avouais cette lacune.

- Hum ! Je vois, dans votre dossier que vous avez fait vos études avec l’aide financière de la Citée basse… Vous avez réussi brillamment les trois premières années de préparatoire… Vous n’aviez pas assez d’argent pour continuer dans la filière ?

Comme je ne répondais pas il continua :

- Nous ne pouvons pas vous prendre comme infirmier résident vous devez bien vous en douter … votre parcours n’est pas conforme au normes.

Aux regards entendus de ses collègues je m’apprêtais à me lever pour quitter la salle lorsqu’il me retint…

- Jeune homme ! J’ai besoin d’un assistant en préparations vitreuses… et je vois aussi dans les notes de service que c’était votre spécialité… Cela vous intéresse-t-il ?


Après deux années passées à travailler dix heures par jour comme dépisteur aux Halles du Sud, le centre d'alimentation peri-urbain, m’avait laminé. C’était cependant la condition pour pouvoir continuer à souscrire un abonnement sur la Base d’Informations en Ligne, laquelle me garantissait une actualisation de mes connaissances pour le poste d’infirmier. La proposition du professeur était inéspérée : je n’hésitais pas un instant.
 

Mon passage dans le service du Professeur Tavier me permit de capitaliser les points obligatoires et l’expérience nécessaire pour postuler enfin comme infirmier résident. Grâce à ses recommandations expresses je fus affecté  au dispensaire de la zone C. Pourtant c’est bien plus qu’une porte de sortie que devait m’offrir Marc...

[…]

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