A rebours

Publié le par ap

Les bois débouchent sur la plaine blanche. Bois, plaine, passage à niveau alternent. Tout est blanc et noir avec par endroit des plaques vertes. En contrebas de la voie, les champs inondés renvoient les phares orange d’un camion qui glisse doucement à l’envers. Ciel gris plombé prisonnier des flaques qui ponctuent le manteau de neige,  pylônes et corneilles passant en coup de vent dans le cadre de la vitre, lacet brun clair d’une départementale qui se perd au loin dans les arbres, chapelet de têtes d’épingles jaunes, bleues et rouges qui dodelinent entre les boules de gui des arbres, touffes sombres des branches happées par la vitesse.

La première fois que j’ai effectué ce voyage vers Reims, il y a à peu près quinze ans, comme aujourd’hui, il neigeait. La campagne française, depuis Marseille, était engoncée sous un manteau de neige. Plus rien du sud à l’est n’avait de couleur, hormis, les signaux le long de la voie ferrée, les panneaux publicitaires, et quelques camions. Après huit heures de voyage, il me semblait ne m’être pas vraiment déplacé : tunnels, champs, villages, forets, villes, ponts, se succédaient comme une image en boucle…

Ligne grise du canal et, plus loin, la masse lustrée de la Marne qui serpente. Reflets métalliques espacés entre les verticales noires des arbres qui ponctuent au premier plan la campagne fade…

J’ai vu cette année là, à Epernay, du haut de la colline qui plonge sur la vallée, un paysage de Breughel, celui où un groupe de chasseurs, précédé par leurs chiens, descendent depuis la foret vers le village en contre bas. Ce jour là j’ai compris pourquoi le ciel de cette peinture était vert.


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