Vénus sauvée des eaux.

Publié le par ap

Vénus sauvée des eaux.

Interférence d’images collées les unes aux autres, placardées dans les rues, comme autant de d’insignes ou de décorations dont les murs de la ville se couvrent. Images éphémères, accidentelles, sitôt  posées que déjà recouvertes ; tapisserie d’extérieur rafraîchie quotidiennement, flambant le mur. Feuilles fragiles d’aplats vifs écorchant l’œil, planches stridentes trouant le gris terne des crépis. Peaux. Peaux humides et fripées juste après la pose, rêches dès que la colle en séchant a tendu la fibre. Mille feuilles compact que la pluie réduira bientôt en lambeaux et que la main distraite, sournoise, révoltée, achèvera de défaire. Fraîches loques jonchant le trottoir en petits paquets crispés, en grappes, en copeaux…

Le feu passe au vert, mon regard glisse de ces parures à la buée du verre que raclent le va et vient des essuies glace.

Enfant, je collectionnais les images trouvées dans les plaquettes de chocolat, découpées dans les magazines. Les enveloppes roses, jaunes ou blanches (avec un liseré bleu) couvertes de timbres et de traces de tampons me fascinaient. J’aimais ces timbres gravés en deux ou trois couleurs représentant des papayes, des cabosses de cacao ou toutes sortes de papillons. J’entassais tout cela dans des boites à chaussures que je renversais  parfois en vrac sur le tapis de ma chambre pour compter mes trésors.

Une carte postale a longtemps occupé mon regard d’enfant. Je ne comprenais pas la scène que je voyais. Je ne comprenais pas pourquoi cette femme était debout sur le bord d’un coquillage géant. Je pensais qu’il s’agissait d’un ballet de sirènes, d’une danse cannibale ou autre chose de ce genre. Je ne comprenais pas la position écartée de la main de cette femme qui semblait cacher, tout en le montrant, la pointe de son sein. J’ai souvent regardé cette carte postale avant de savoir ce que la légende, inscrite au verso, signifiait. « Venus sortant des eaux » ai-je longtemps lu : « venu (sans e, avec un s) »… ce qui ne m’étonnait pas puis qu’ils étaient plusieurs sur la plage et que les sirènes étaient, à ce qu’on m’avait dit, comme des anges vivant sous l’eau (!).

Un jour, alors que je montrais la carte à des camarades, dans la cour de l’école, elle est tombée dans une flaque. C’est ce jour là d’ailleurs, en me faisant tirer par l’oreille dans le bureau du directeur par le surveillant qui avait ramassé l’image, que j’ai su que l’on ne disait pas venus mais Vénus.

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