Boire et déboires (The Cedar Bar)

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(Alfred Leslie)

Dans les années cinquante, The Cedar Tavern (ou The Cedar Bar), situé dans Greenwich village  où se rencontraient des peintres et écrivains de l’école de New York : de Kooning, Frankentaller, Motherwell, Kline, Pollock, Mitchell, Greenberg, O’Hara, Leslie...

Le film réalisé par Alfred Leslie en 2001 porte le nom de ce lieu devenu mythique, avec comme sous titre : "La vérité à propos de la guerre entre ceux qui font l'art et ceux qui écrive à  son propos " – Il a pour trame une pièce que le peintre a initialement écrite en 1952  à l'âge de 25 ans, à partir des souvenirs de soirées passées à boire et à refaire le monde, en compagnie de ses amis au Cedar Bar. Sur le ton d’un long dialogue ininterrompu, la pièce se présente comme un portrait charge et stigmatise tout autant le contexte esthétique que les relations parfois tendues qui se sont jouées entre les divers protagonistes.

La pièce fut montée en 1997 à New York et fut filmée à cette occasion. Le montage combine ainsi des séquences de cette représentation et de nombreux extraits cinématographiques ou audiovisuels (documents d’histoire, vidéos pornographiques, extrais de films,..) s’enchainent dans un jeu de plans raccords parfois drôles, parfois violents. La dimension fictionnelle et la confrontation quasi systématique de plans d'un public emprunté à des emissions de reality show (comme s'il s'agissait du public réel de la pièce...), participent à cet amalgame des temps du récit et de la mise à distance des échanges des acteurs .

Pour The Cedar Bar, Leslie a donc fait le choix de ne pas illustrer le contenu de sa pièce terme à terme, mais de tresser un reseau de signes, dressant un portrait cynique et cru de l’esprit de l’Amérique d’après guerre, à travers les grands modèles  médiatiques, celui d’une société conventionnelle baignée d’une culture encore très puritaine, davantage sensible aux reconstitutions grandiloquentes des studios d’Hollywood, ou aux aimables défilés de majorettes, qu’à l’émergence de nouveaulles idées et de nouvelles formes.

Le ton est donné dès le début, après une citation parodique de Américan Gothic de Grant Wood, vient l’explosion en sous-sol (underground) d’une rame de métro.Tout au long du film, des verres vidés aux comptoirs, de la violence, du sexe, du spectacle : on se souvient de la définition que Godard donne du cinéma, sauf qu’ici c’est de la peinture qu’il est question, l’Expressionnisme Abstrait, dont jamais Leslie ne donne à voir ici une  reproduction . Pourtant, c’est aussi de cela que parle le film avec toute la distance des images : une collision de bribes qui entourent l'histoire de la peinture traduisant, avec tout le décalage nécessaire, les notions d’accidents, d’équilibres, d’errances, d’absurdités, de légèretés, ou de vulgarités…

Véhémence et indécence, humour et tendresse se succèdent dans ce flot d'images et de citations. Ainsi, le prologue citant un extrait d’un entretien de Barnett Newman : « ...l'esthétique est pour moi comme l'ornithologie doit être pour les oiseaux. » qui fait écho, en épilogue, à une réplique de cinéma entre deux policiers face à une sculpture d’un Cupidon, dans un musée : « Hé le Mac, dit l’un,... tu penses que quelqu'un a assez d’esprit pour acheter ça ? Bien sûr, répond son collègue, puisque c'est de l'art. »

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Alfred Leslie 20 films (Page 32-33) 

"The Cedar Bar : la vérité à propos de la guerre entre ceux qui font l'art et ceux qui écrive à son propos.." 2001 (83 minutes)

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