Une vénus de nigth-club

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« Malgré les courants qui succèdent aux courants, font les modes et imposent sans trop qu’on sache pourquoi de nouvelles orientations, avec une fréquence, à notre époque, de plus en plus accélérée. Soucis de surtout éviter la répétition, la stagnation, de montrer ce qui n’a pas encore été montré. Innover à tout prix. Et sans cesse se renouveler. Avec en parallèle la recherche aux quatres coins du monde des écoles les plus exotiques. Casser les moules. Et à l’improviste, oubliant le dynamisme initial de destruction, rechuter lamentablement dans tous les classicismes. Tout cela avec force théorisations. Il paraît que la fièvre culturelle s’inquièterait de précipiter une mutation du futur.

Angoisse et névrose. Les formes ont beau jeu de se faire et défaire, le regard n’en aura jamais fini de la perplexité. Levé sur le spectacle inchangé d’un ciel nocturne, il n’est pas plus libéré des questions que celui d’un australopithèque. Encore faut-il qu’il se trouve le temps de plonger au-dessus des immeubles. La raison commande de la démythification et, certes, les chastes gravures libertines de nos grands-papas ne font plus le poids devant la moindre séquence du dernier film classé X, mais le mythe d’Eros a encore, dieu (Eros) merci, sous sa nudité écartelée sous les spots, de quoi titiller le rationaliste le plus débandant, au moment où il s’y attend le moins.

Non la bannière américaine plantée raide sur le sol lunaire ne peut en rien réduire la magie de la planète vague. Question de regard.
Oui, question de regard quand, sous la petite lampe rouge de mon labo-photo, sur le papier flottant au fond du révélateur, commence à apparaître fantomatique, la première ombre d’un modelé de chair. D’abord, en zones sombres, les yeux et le triangle du sexe… et, doucement, à la lenteur démesurée de la danse liquide et comme naissant des yeux et du sexe, se précise le corps, immergé dans son éclairage de night-club. »

Théo Lesoualc’h Le lieu du regard, P.122-123, publié dans Comment vivre avec l’image, ouvrage collectif, sous la direction de Maurice Mourier. PUF, 1989


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ap 19/04/2009 15:37

Merci, mais cette double page du livre, où figurent les deux photographies de Théo Lesoualc'h, y est déjà pour beaucoup. Je n'ai fait que rendre compte...

François Matton 19/04/2009 11:29

Magnifique photo !