QB(-ismes) #2

Publié le par ap

(notes brutes)

 

« On peut peindre avec ce que l’on voudra, avec des pipes, des timbres poste, des cartes postales ou à jouer, des candélabres, des morceaux de toile cirée, des faux cols, du papier peint, des journaux », Guillaume Apollinaire, Les Peintres cubistes. Méditations esthétiques, 1913

Le Cubisme, à bien y réfléchir, contient beaucoup de lignes, d’arrêtes, de plans, de jeux de facettes maistrès peu de cubes à proprement parlé, sauf dans quelques paysages du début représentant des maisons, ce qui, à priori, semble raisonnable. Finalement on aurait pu tout aussi bien  baptiser ce mouvement  Arrêtisme ou Facettisme,  au lieu de lui coller ce néologisme inspiré des propos du critique d’art Louis Vauxcelles après avoir vu les toiles de Georges Braque, exposées en 1908 à la galerie Kahnweiler : « il réduit tout à des cubes ».

Et encore, ces deux appellations eussent été trop limitatives car, au fond, ce n’est pas tant la façon de peindre qui fait la particularité de cette entreprise esthétique, que la façon assez radicale, voire systématique dont, s’écartant peu à peu de l’approche traditionnelle des volumes et de l’espace, Braque et Picasso (et quelques autres à leur suite) vont reposer la question même de la représentation.

Là où le spectateur cherchait encore à reconnaître le sujet représenté, selon les codes classiques de leurs enveloppes habituelles (et rassurantes parce que convenues), ces peintres se proposaient d’en examiner l’anatomie, le squelette ou la structure fondamentale. Le sujet devenait objet susceptible d’être déchiffré (ou plutôt chiffré) selon un vocabulaire graphique minimum, un alphabet de signes élémentaires. Pourtant ce travail de démontage, d’analyse et de transposition ne visait pas à défaire la figure, mais bien à l’envisager sous tout autre angle, ne cherchant plus à en reproduire l’illusion, mais bien davantage à rendre compte des processus qui pouvaient rendre compte de la vision.

 

[…]

Je me suis toujours demandé pourquoi dans la phase dite « synthétique » du Cubisme il y avait autant d’instruments de musique et plus particulièrement des instruments à cordes (violon, guitare, mandoline…).

Certes, ce sujet est parfois utilisé dans le thème de la nature morte, notamment dans les compositions hollandaises du 17e qui convoquent les cinq sens, ou encore et surtout comme motif des compositions allégoriques figurant les attributs des arts. Par ailleurs c’est vrai aussi il existe de nombreux portraits, scène mythologiques et scènes de genre, à toutes les époques qui précèdent, où ces instruments sont présents : de Mantégna à Durër en passant par Titien, chez Vélasquez (je crois me souvenir), chez Poussin, Watteau et Boucher bien sûr, et encore chez Degas et Manet…

 

Sujet présent en pointillé dans la tradition picturale il devient chez les cubistes une sorte d’objet emblématique, voire presque fétiche. Fétiche : écrivant cela, je me suis un instant demandé si finalement ce n’était pas là la raison de la place qui lui est accordé. L’instrument de musique comme équivalent par la matière (bois, corde) et la forme épurée des objets primitifs collectés sur les marchés ou redécouverts lors des expositions coloniales. D’autant que la forme de ces instruments est, par certains aspects, très proche de celle de la figure, voire directement inspirée de celle-ci, comme c’est le cas pour les petite idoles des Cyclades…

 

Il y aurait donc à la fois l’affirmation d’une filiation thématique très classique et un glissement analogique formel de l’instrument à la figure, une substitution à peine masquée, indiquant bien une intention de recherche d’un invariant plastique. « Au début du cubisme nous faisions des expériences, la quadrature du cercle était un terme qui excitait nos ambitions. Faire des tableaux était moins important que de découvrir sans cesse des choses » aurait ainsi déclaré Picasso.

 

[...]

 

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