L'absence de profondeur

Publié le par ap

« Nous n’avons pas su partager la richesse, partageons la pauvreté. La distribution commence. Cette fois, tout le monde aura sa part et personne ne sera volé. »  Eric Chevillard, l’autofictif, 352


Wang Quingsong The Glory of hope, 2007

Wang Quingsong, par ses photographies, cherche à pointer les contradictions de la société chinoise contemporaine prise dans l’accélération des modes de vie et des changements de représentations depuis son récent essor économique et sa volonté affichée de participer au marché mondial. C’est par cette formule qu’est souvent présentée la démarche de cet artiste, celle d’un regard critique confrontant les signes de la culture ancestrale de son pays avec ceux de la civilisation occidentale, pastichant et brassant les scènes de la peinture traditionnelle avec les motifs de l’Art Communiste chinois ou encore des grandes œuvres de la Renaissance ou de la Modernité.

En effet, les mises en scènes de la plupart de ces photographies relèvent de références croisées, certaines d’ailleurs, avec ce zest d’impertinence et d’ironie (de décalage) qui caractérisent bon nombre des images contemporaines. On pourrait sourire de la naïveté du propos, ou du clinquant attendu de ce travail, s’il ne parvenait néanmoins à en intéresser plus d’un, comme en témoignent les nombreuses expositions internationales auxquelles il a déjà participé.

N’y allons pas par quatre chemins : ni la démarche, ni les procédés ne sont d’une grande originalité. Etrangement, on constatera que ces images, qui se veulent critiques d’une société polluée par les produits de l’économie capitaliste, utilisent cependant l’arsenal complet et très conventionnel de la production des images publicitaires : décors, figurants, éclairages, moyens de prises de vue ou de retouches… L’argumentaire n’en n’est non plus si différent. Or, ce n’est pas la physionomie des personnes représentées qui suffit à produire une particularité orientale du propos, pas d’avantage les citations implicites ou explicites qui servent de prétexte à ces mises en scènes. Comment alors comprendre que ces images, qui restent à un niveau assez littéral du message, puissent être prises pour des allégories ? Qui sérieusement peut être dupe?

Pourtant le cas de cet artiste n’est pas isolé : de plus en plus nombreuses sont ces productions dont la débauche de moyens égale l’absence de profondeur, sans doute essentiellement parce que l’image produite reste limitée à l’idée seule : une imagerie artistique dont il devient décidemment difficile de distinguer la différence qu’elle propose par rapport aux autres formes semblables qui, à flot, inondent les pages glacées des magazines, les écrans de télévision ou le monde arachnéen des espaces virtuels.

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Le site de Wang Quingsong

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