Les papiers de Francis Gury (1)

Publié le par ap


Il y a une quinzaine de jours, je me suis rendu, en compagnie de l’ami Vincent, chez Francis Gury. Je n’évoquerai pas ici l’atelier (dont a déjà parlé JCB), ni les sculptures qui se cachent derrière la petite porte blanche du garage (peut-être une autre fois) mais plutôt son travail de peinture. Disons donc, pour faire court, que Francis Gury s’est longtemps consacré à la sculpture avant d’en venir, depuis quelques années maintenant, à une pratique quasi journalière (assidue) de travaux sur papier.


[premières observations]

Je viens d'utiliser le terme « peinture », pour parler sans doute trop rapidement de ces objets, parce que, à première vue, ils s’inscrivent dans les deux dimensions d’une feuille de papier et que, par plus d’un aspect, ils convoquent les gestes et les préoccupations de la peinture : recouvrements, traces, lumière, profondeurs… Pourtant, en regardant ce travail et en écoutant l’artiste parler des matériaux qu’il utilise (autant que de sa façon de procéder), force est de constater que c’est plutôt à la frontière de la sculpture et de la page d’écriture que se situe plutôt ce travail.

Paradoxe assumé d’une sculpture plate (ou de faible relief) et d’une forme scripturale en volume, dont on peut aussi bien retrouver les échos (sinon les origines) dans les premières plaques d’argile assyriennes comportant des signes cunéiformes, dans les stèles gravées de la Chine ancienne (ou sur les pierres dressées de la sculpture primitive anglo-saxone…), que dans les calligraphies orientales, les soubresauts des encres de Henri Michaux, les déclinaisons graphiques de Paul Klee, les surfaces calcinées de Christian Jaccard et j’en oublie…

 

 

Comment trouver les termes justes pour définir ces rectangles, centrés sur le blanc cru d’une feuille de papier Arche, circonscrits par bords souvent nets, imbibés de rouille ou de poudre de graphite noire ou grise, stratifiés de pigments d’ocres ou de paillettes de charbon, noyés partiellement sous des vernis, délicatement ciselés  d’arabesques, de circonvolutions nerveuses qui plongent ou surnagent, de l’obscurité sourde du fond à l’éclat lumineux de la surface (si proche) sans que jamais le regard puisse décider d’une ligne de flottaison. Plus troublant encore, la visibilité de ces objets est soumise à l’incidence de la lumière et à la position du spectateur, certaines ne se révélant pas dans la frontalité, mais parfois de côté, selon l’accroche que produisent les mixtures apposées sur la feuille.

 


Les travaux sur papier de Francis Gury sont des condensations qui n’imposent pas une image définitive. Plusieurs travaux s’inscrivent dans des suites, ou plutôt se déplient par vagues, par phases qui marquent son intérêt pour des territoires d’explorations très différents mais toujours hantés par ce flottement d’indécision de la profondeur et de la lumière, matérialisé, inscrit dans ces rectangles tantôt fluides et légers, tantôt solides et compacts.



Ainsi, il est fréquent que certains objets, dans les plis de leurs couches, pourtant ténues, absorbent et réfléchissent des signes ou des formes que, de face, on ne soupçonnait même pas : étranges palimpsestes mouvants, soumis aux glissements furtifs, qui s’éclairent lentement, comme montent la lumière de l’aube, révélant l’enfoui de façon furtive et qu’un léger déplacement efface, faisant naître d’autres évanescences…

[…]

On peut aussi avoir un "tout petit aperçu" des papiers de Francis Gury présentés par la Galerie Marten


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