Midi, Troyes

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"C'est fou c'que l'temps passe : il est déjà midi..." 

(dixit L'Harmonica dans Il était une fois dans l'Ouest de Sergio Léone)


Sophie Richelot – la Gare de Troyes (aura pâles yeux)  04-08

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Le temps passe, comme les trains, ce qui n’est pas le cas des vielles recettes… En témoignent, une fois encore, les procédés de construction utilisés pour l’affiche de 3 h 10 pour Yuma (2008), film réalisé par James Mangold, qui traine ces jours-ci le long des rails. Pour ma part, je n’ai pas encore vu ce film, mais j’ai par contre un très bon souvenir de la superbe adaptation qu'en fit Delmer Daves, en 1957, à partir de la nouvelle de Elmore Léonard, et dont le site Cinétudes propose une belle analyse.



Un homme de dos, revolvers aux poings attend debout, sur la voie ferrée, l’arrivée d’une locomotive. Pour ceux qui n’auraient pas connaissance de l’histoire ils pourraient imaginer qu’il s’agit là d’une banale attaque de train, ce qui, bien évidemment, n’est pas le cas.

3h10, c’est l’heure à laquelle un hors-la-loi, fait prisonnier à la suite de l’attaque d’un convoi de fond, doit prendre un train pour le pénitencier de Yuma. L’homme qui escorte ce prisonnier n’est pas un homme de loi mais un simple citoyen, un fermier qui n’a accepté cette tâche qu’en contrepartie d’un dédommagement financier qui devrait lui permettre d’éviter la ruine qui menace son exploitation suite à la sècheresse. C’est la relation ambiguë entre ces deux personnages apparemment antinomiques et pourtant, au fond, si semblables, qui noue l’intrigue de ce western atypique.

 
La construction utilisant le V des jambes écartées, de dos, au premier plan, est très fréquente. Outre le fait qu'elle campe un des personnages avec un certain aplomb (stabilité du triangle), elle permet de suggérer différentes intentions : la notion de porte encadrant un élément important du récit qui fait face (ce face à face pouvant être associé à l'idée du duel), l'idée de disproportion, de gigantisme, et donc la menace qu'elle suppose, enfin l'absence de la partie supérieure du corps (hors-cadre) qui entretient l'aspect énigmatique du personnage. On  trouvera donc de nombreuses déclinaisons utilisant le principe de cette structure élémentaire.
 



Pour l’une des versions de l’affiche du film de James Mangold - celle qui fleurit notamment sur les quais de la gare de Troyes à midi dix – il s’agit  d’un montage qui combine deux temps du récit. Ainsi, l’homme de dos est emprunté à une des scènes du début tandis que le train renvoie à la scène finale du film.


 
Le train représente la loi et l’ordre puisqu’il vient pour embarquer le hors-la-loi vers le pénitencier de Yuma. Le cow-boy de dos, comparse du prisonnier est là pour tenter d’empêcher que ce départ ait lieu, coûte que coûte. Autrement dit, l’affiche loin de traduire ce qui faisait l’argument central du film de D.Daves, à savoir la dimension psychologique de la relation entre les deux protagonistes (le fermier et le hors-la-loi), semble ici davantage mettre l’accent sur le suspens lié à la scène d’action finale.

C’est d’ailleurs cette idée d’un duel, plutôt par les armes que par les mots, qui transparaît dans d’autres versions étrangères de l’affiche, mettant ainsi davantage l’accent sur les deux acteurs principaux.



Dans les affiches françaises du film de Demer Daves, la présence d’un cadran d’horlogerie, ou celui plus inquiétant d’aiguilles noires (à droite) se resserrant comme un étau, insiste sur la nature de ce compte à rebours.



On remarquera donc que, sur certaines versions, la présence de l’horloge, associée au texte, fait écho à l’avant de la locomotive (portant l’étoile) - reprenant en cela l’un des plans du film - lequel est un rappel discret à la forme du barillet d’un revolver.



Si dans High Noon (le train sifflera trois fois) de Fred Zinnemann, le temps, le train et la poudre étaient déjà fortement imbriqué au sens du récit, il semble cependant que la référence au film culte de Sergio Léone, Il était une fois dans l’ouest, soit davantage affirmé dans l’affiche par le choix du monochrome. Ainsi, sans doute, le graphiste aura choisi de faire une pierre deux coups : classicisme et filiation…Tout un programme ! 

 

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