figure 3 (la puce)

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" Pour les poètes baroques, la femme était considérée comme une miniature du monde, un paradis béant dont ils souhaitaient visiter les sites avec une lenteur gourmande, pour y errer commodément entre les accidents géographiques. Il feignirent ainsi d’envier le sort de la puce dont nulle barrière d’étoffe ne venait gêner la course. Une puce qui, disent-ils, aime à se promener entre les beautés surhumaines d’un « sein blanc et vermeillet », qui d’un plein saut se jette sous les amoureuses cachettes des aisselles pour les mignoter, flaire ces « boutons de roses » qu’elle mordille en suçotant et parfois s’enhardit « jusqu’au réduit plus bas », comme l’écrit Barnabé Brisson, « La part qui m’est hélas close / Et que nommer je ne t’ose ». La puce est donc ne créature aimable qui permet de rêver abondamment et de déshabiller élégamment. […] Ronsard, lui, rêva comme tant d’autres de se métamorphoser en puce pour « baisotter » et mordre tous les jours les beaux tétins de Cassandre (quoique la nuit, dit-il, il préférât tout compte fait se rechanger en homme). Quant à Georges de la Tour (La Femme à la puce, v. 1631), il nous permit d’entrer par effraction dans l’intimité d’une jeune fille absorbée à chercher une puce sous sa chemise et à presser une éponge sur les parties les plus discrètes de son anatomie. "

Jean-Luc Hennig « La ménagerie luxurieuse, extrait du catalogue La Luxure, Ed.Centre Pompidou, Paris, 1997


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