Des camions et des hommes.

Publié le par ap

Voici deux films qui se déroulent sur les routes des Etats Unis, transitent par des drugstores ou des stations essences perdues et dressent (plus ou moins) les portraits de ces camionneurs de l’Ouest ou de leurs poids lourds.

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Le Convoi de Sam Peckinpah (1978) expose avec justesse la question des conditions de vie de ces conducteurs solitaires, souvent reliés au monde par leur seule c.b. et qui sillonnent les états pour un salaire de misère. Suite à une contravention pour excès de vitesse – le quel a été délibérément stimulé par un sheriff plutôt véreux, s’invitant incognito dans une discussion sur la c.b – deux de ces chauffeurs floués décident de se payer la tête de ce dernier. L’affaire pourrait s’arrêter là, si le sheriff Wallace, revanchard et teigneux, abusant de son statut pour régler des comptes personnels, n’envenimait pas la situation, provoquant bagarre, pagaille et panique au sein des chauffeurs alors présents dans un restaurant de routiers. A partir de là, tout part en vrille.

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A la tête du convoi qui se forme alors, pour échapper aux poursuites du sheriff, se trouve un certain Duck, un homme décidé à ne plus accepter les comportements pernicieux d’un représentant de la loi qui confond ses intérêts personnels et l’intérêt public. Au fur et à mesure que cette course poursuite s’installe, le convoi initial des camions s’agrandit progressivement jusqu’à prendre des proportions considérables. Dans ce bras de fer entre le sheriff et le meneur du convoi, soutenu massivement par ses collègues et la population, la politique s’invite comme arbitre, à travers la figure d’un sénateur ambitieux qui voit là l’occasion de récupérer des électeurs…
La monté en puissance des conflits, des intérêts divers, trouvera son point de paroxysme, en fin de course, à la frontière mexicaine.

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Duel de Steven Spielberg (1971) relate, quant à lui, sur une seule journée, les mésaventures d’un automobiliste en prise avec le conducteur fou d’un camion citerne. Ici, cependant, et contrairement au film de Peckinpah, jamais le visage de ce chauffeur ne sera montré, le réalisateur préférant lui substituer l’image de son camion, monstre sombre imprévisible et effrayant. Ici, le bras de fer qui s’engage entre l’automobiliste piégé dans un scénario infernal et le camion fou, bascule au cauchemar avant de prendre fin, au bout d’une piste.

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Les paysages dans ces deux films ont, à cet égard, un rôle très différent, car ce ne sont pas que de simples décors. Chez Peckinpah, dès les premiers plans, c’est la figure mythique de l’ouest qui est convoquée, sans doute pour nous rappeler la solitude de ces hommes juchés dans leurs cabines, à l’image des premiers pionniers sur leurs chariots sillonnant les territoires encore vierges de la Frontière. Ceci renvoie à la thématique du « macadam cowboy », et donc, d’une certaine façon, à ces signes d’une histoire passée qui perdure. 

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Dans Duel, Spielberg utilise le paysage comme métaphore d’une régression  de l’esprit dit civilisé : du garage à l’autoroute puis aux routes, aux sentiers et au canyon… Il y a une sorte de retour au lieu primitif. Le paysage est à la fois le cadre d’un drame et, par la nature de son relief (courbes/fluidité ou angles/danger), de ses routes serpentines, de ses tunnels…, l’incitateur de l’action. L’astre solaire, irradiant les derniers plans, peut-être ainsi perçu comme l’image de substitution de l’incendie, que n’a pas pourtant produit la citerne d’essence après sa chute dans un ravin, mais aussi bien comme un œil monstrueux et diabolique observant les effets de sa machination. Spielberg qualifia lui-même ce film d’ésotérique.

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Si le convoi fait l’éloge de la résistance courageuse et digne d’une catégorie sociale  - souvent perçue comme marginale, inquiétante ou sauvage - contre la bêtise des petits et des grands pouvoirs,  Duel s’intéresse essentiellement à la question de la peur et de la violence incontrôlable. Tout deux sont construits sur des rapports de forces, mais l’argument de Peckinpah est sans doute beaucoup plus jubilatoire que celui de Spielberg, l’un étant tourné vers la vie et la prise de conscience du collectif tandis que l’autre, plus individualiste, est tourné vers la mort.

 

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