L'angora de Bob (6)

Publié le par ap

Parmi l’ensemble des éléments qui figurent dans Monogram, certaines images dont les deux ci-dessous ont échappé à mes tentatives d’identifications. Elle restent donc comme parts de l'énigme de cette oeuvre.

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Je voudrais cependant, pour conclure provisoirement, attirer l’attention sur un dernier détail qui se trouve sur le flanc du pneu.

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Sur la partie supérieure du pneu, juste derrière les cornes de la chèvre, on peut en effet observer d’un coté un dessin rappelant la forme d’un drapeau, traversé en diagonale par des lignes, et de l’autre, une inscription à peu près lisible. Pour ma part (mais je ne suis pas spécialiste !) j’ai longtemps lu APLY, avant de comprendre qu’il s’agissait en réalité d’un 4 et non d’un A : 4 PLY (quatre plis).

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Plus bas sur la droite, à l’endroit où le pneu disparaît sous la laine on peut identifier un G et l’amorce d’un O. Il n’existe pas trente six marques de pneus commençant par ces deux lettres. J’en ai trouvé au moins deux, de marque américaine : Goodrich et Goodyear.

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Cependant en comparant les dessins du pneu de Monogram aux différents modèles des deux marques, en tenant compte d’une fourchette raisonnable dans les dates ainsi que du petit dessin du drapeau, il me semble qu’il s’agit d’un pneu Goodyear.

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Quant au dessin, qui correspond effectivement à un drapeau, celui-ci figure sur certains modèles, ou sur certaines enseignes publicitaires.

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Pourquoi attacher autant de prix à ce détail ? Sans doute parce qu’il convoque en fait un élément non visible dans la Combine de Rauschenberg et qui pourtant l’est par le nom de la marque. Il s’agit du logo.

Celui-ci représente une sandale pourvue d’une aile qui est, comme chacun sait, un rappel de l’attribut du dieu Hermès.


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Or, de ce personnage mythologique, il est dit qu'il est, avant tout, "la personnification de l'ingéniosité, de intelligence rusée et de la chance.", qualités dont on conviendra qu’elles définissent assez bien la démarche de notre producteur de Combines.

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Hormis les sandales ailées, les attributs d’Hermès sont aussi le pétasse (chapeau rond) et le caducée. Ce dernier élément nous rappelle d’ailleurs, en passant, que Rauschenberg commença des études de pharmacie avant d’opter finalement pour une carrière artistique.


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Dans la cosmogonie grecque on apprend encore que Hermès est celui qui est le plus proche des hommes et le plus bienveillant à leur égard : « il leur donne l'écriture, la danse, les poids et mesures, la flûte et la lyre, le moyen de produire une étincelle lorsque le feu s'est éteint. ». Dieu du commerce messager des dieux, conducteurs des âmes vers l’au-delà, Hermès est aussi gardien des pasteurs et de leurs troupeaux, des routes et des carrefours.

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On dit, par exemple, que toute rencontre ou évènement imprévu sur une route, est appelé « Don d'Hermès », formule que l’on peut aussi traduire par « coup de chance ». On se souviendra à ce propos que la découverte de la chèvre angora dans un magasin de fourniture pour bureau relève de ce don d’Hermès…  

Il en en va de même pour Charles Goodyear, dont la découverte de la vulcanisation du caoutchouc, qui allait permettre son utilisation a des fins industrielles, est due, dit-on, au hasard de la chute d’un échantillon sur un poêle brûlant.

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Si l’incroyable bric-à-brac des Combines de Rauschenberg a été perçu, aux début des années 1950, par un certain courant de la critique artistique, comme trivial ou vulgaire, la réponse du berger à la bergère passe sans doute par l’incroyable malice qu’a en effet su déployer l’artiste pour brasser les signes et les images au point de les fondre en un seul signe : Monogram.

110206-barleduc.jpgRobert Rauschenberg "squetch for Monogram", 1993


Dans un entretien de 1981, à propos de ses photographies, Rauschenberg déclarait : "Mon oeuvre a toujours eu quelque chose de journalistique, y compris les peintures les plus abstraites. [...] je redoute toujours d'expliquer ce que je fais, parce que mon esprit est si retors que si je fais quelque chose en sachant  pourquoi je le fais, je m'en détourne. Donc en m'expliquant, je cours le risque d'avoir à interrompre l'entretien et d'aller tout changer dans ma vie. mieux vaut donc en rester là et laisser mon travail lui-même répondre aux questions."

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Je conseille aussi la lecture de plusieurs articles consacrés à R.Rauschenberg sur le blog Espace-Holbein

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