Le pourpoint en rouge (3)

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J’étais revenu voir l’homme au pourpoint rouge. Il m’attendait en haut de la rampe, baigné dans la lumière froide.

Par soucis du détail, je voulais vérifier ce qui était inscrit sur la chevalière du dit gentilhomme. A peine à genoux devant le tableau, non pour me recueillir, mais pour me tenir à la bonne hauteur de la main gauche, je me suis trouvé cerné par deux gardiens, tout prêts à m’arrêter.

« Pas trop près monsieur s’il vous plait ! » m’a dit l’un des deux hommes. Heureusement qu’il y a ce genre de garde-fous dans les espaces publics, car sans eux j’aurais sans doute plongé définitivement dans ce détail au point de m’y perdre, comme le relate Victor Segalen dans l’introduction de Peintures.

J’ai repensé à la jeune femme de l’autre jour qui me regardait en coin. J’eu préféré un instant que ce soit-elle qui soit là, aujourd’hui.

J’ai reculé de quelques centimètres, suffisamment pour qu’ils en fassent de même, puis, j’ai ouvert mon carnet et j’ai noté :



110206-barleduc.jpgL’inscription D.872.3.1.correspond au n° d’inventaire de l’œuvre et indique qu’il s’agit d’un dépôt du Musée du Louvre datant de 1872. AETATIS 28. est une inscription figurant sur le tableau de Hans Eworth, au-dessus de la date de réalisation (1546)  de ce dernier et qui donne en réalité l’âge de la personne représentée.

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Sur l’avant du béret, on remarquera la broche dorée retenant une plume blanche d’autruche et sur laquelle est figuré un cavalier.

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Le motif du cavalier fait référence à la figure de St Georges terrassant le dragon, motif iconographique qui a été utilisé en tant que patron des chevaliers par toute la chrétienté et plus particulièrement en Angleterre. Sous le règne de Edward III le motif devint l’emblème de la chevalerie avec notamment la création de l’Ordre de la jarretière. Progressivement St Georges finit par être assimilé au saint patron de la monarchie anglaise. St Georges luttant contre le dragon fut adopté par nombre de décorations ou frappé sur pièces de monnaie.

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Cherchant quelques informations supplémentaires sur l’ordre de la jarretière j’ai pu apprendre que cet ordre avait été institué par Edouard III en 1348.

 

Alors que le Roi dansait, au cours d’un bal, avec la la Comtesse de Sarisbery, la jarretière gauche de soie bleue de celle-ci  tomba sur son patin. Le Roi, galant, la releva promptement. Les Courtisans assistant à la scène eurent tôt fait de se moquer de ce geste, aussi pour couper court à toute moquerie supplémentaire, le roi qui ne manquait pas d’à propos déclara : « Honni soit qui mal y pense !». Pour donner suite, il institua l’Ordre de la jarretière qu'il composa de vingt-cinq Chevaliers.

 

Ils étaient vêtus d'une soutane de satin ou damas incarnat, le grand manteau de velours violet, le chaperon à gros bourrelet rond de velours rouge sur l'épaule droite. Le Manteau doublé de damas blanc, attaché par-devant à deux gros cordons avec deux grosses houppes de soie blanche traînait jusqu'à terre… Les brodequins et gamaches des chevaliers aussi de velours incarnat, et sous le genou de la jambe gauche une jarretière bleue brodée d'or et de pierreries, fermée à boucle et ardillon de fin or.

Le Roi Henry V. qui fut auteur du grand Collier de l'Ordre, le composa de roses blanches et rouges, nouées et entrelacées de noeuds en lacs d'amour, et le Roi Jaques sixième du nom des Rois d'Écosse, et premier de ceux d'Angleterre, y mit les chardons de l'Ordre d'Écosse au lieu de ces noeuds, pour joindre ces deux Ordres, et au bout du Collier pend un Saint George à Cheval ayant un Dragon sous les pieds.


Ce gentilhomme anglais ne devait donc pas être n’importe qui pour arborer ainsi ce haut signe de distinction…

Un couple est arrivé à ma hauteur je me suis donc écarté un peu plus du tableau ce qui a eu pour effet de libérer un peu mes gardiens. La jeune femme s’est penchée pour lire, comme je l’avais fait, les informations du cartel. « On ne sait pas qui sait... » a-t-elle commenté à celui qui l’accompagnait « …mais ils disent qu’il a 28 ans » s’est-elle exclamée, en jetant un œil vers le visage du gentilhomme pour s’assurer qu’elle avait bien lu, avant d’ajouter : « Hé bien ! On ne dirait pas ! »

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