Le pourpoint rouge (2)

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Ce qui m’a tout de suite intrigué dans ce portrait peint par Hans Eworth, c’est l’association du rouge et du crâne. On pense immédiatement aux différentes représentions de Saint Jérôme, attablé dans son cabinet accompagné d’un attribut similaire.


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A.Durer “St Jérôme”, 1521

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Marinus Claesz van Reymerswaele « St Jérôme »,1550

Dans l’iconographie de St Jérôme, le crâne est la représentation du siège de l’esprit associée (au même titre que les livres ou le crucifix) à l’idée de la connaissance théologique*. Pourtant, il ne me semble pas que la présence du crâne exprime ici l’idée mélancolique de la vanité, telle qu’on la retrouve chez les peintres flamands du 17e, à savoir : « méditer sur l'inutilité des plaisirs du monde face à la mort qui guette »,  tout en remplissant sa fonction de témoin tangible de la réalité humaine (mémento mori) sur laquelle s’appuie St Jérôme dans sa croyance.


110206-barleduc.jpgJean Cousin « Eva prima Pandora»,1550
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Barthel Bruyn (dit le vieux) « Portrait d’un gentilhomme » (recto-verso), 1540

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Anonyme “Portrait d’un gentilhomme » vers 1540

Très tôt cependant, l’art profane usera de cet accessoire en référence à la symbolique de l’art chrétien. L’exemple le plus spectaculaire étant sans doute l’anamorphose représentée dans la fameuse peinture de Hans Holbein « les Ambassadeurs » dont le commanditaire, Jean de Dinteville avait précisément comme devise familiale « Memento Mori » c'est à dire, « Souviens-toi de la mort ».

110206-barleduc.jpgHans Eworth « Gentilhomme Anglais » (détail), 1546

Le portrait du gentilhomme anglais de Hans Eworth est donc, en ce sens, emblématique de ce glissement d’un un art sacré vers un art profane. Il réalise ainsi une sorte de synthèse des signes tant par le choix du motif du crâne que par l’utilisation de la couleur rouge. 

La main posée sur le lobe pariétal du crâne fait pendant à celle serrée sur la garde de l’épée, indiquant simultanément le calme et l’énergie, l’humilité de cet homme malgré la valeur de son rang (que dénotent autant le costume flamboyant que la richesse de ses bijoux).

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(je dis cela rapidement en pensant surtout à la présence de toutes ces boîtes osseuses représentées au pied de la croix dans de nombreuses crucifixions, sachant par ailleurs que le nom de la colline du Golgotha sur laquelle les romains crucifiaient les condamnés signifie crâne.)

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