Repros (pas grandes)

Publié le par ap

Réclame et propagande sont souvent synonymes, aussi il n’est pas étonnant que les arguments de vente, qui se veulent percutants, utilisent une même logique de conviction que ceux que défendent des groupes politiques ou idéologiques. Il arrive donc, assez souvent en fait, que le public visé étant le même, les messages véhiculés par les affiches ou les tracts, en une époque donnée se télescopent ou se confondent.

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Par ailleurs, puisque ces images médiatiques fonctionnent essentiellement sur un registre de signes récurrents, ceux-ci sont utilisés sur un long principe de déclinaison, qui traversent invariablement les époques. C’est l’exemple de la figure de la pieuvre qui représente souvent par son aspect tentaculaire l’esprit capitaliste.

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En considérant le récent billet de la Boite à images et quelques uns des commentaires qui l’accompagne, il semble qu’il y a une confusion concernant cette campagne d’affichage. Certes, on peut s’étonner de la simple reprise d’un genre graphique daté, ou penser, poliment, qu’il s’agit là d’une citation au second ou au énième degré… Pourtant, ce qui me dérange ici (une fois n’est pas coutume), c’est que le seul éclairage donné, qui est de nature plus politique qu’esthétique - même si, j’en conviens, il existe une certaine porosité entre ces deux orientations –, soit focalisé dans une seule direction et manque ainsi de partialité.

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Sur le site de Rungis (commanditaire de cette campagne publicitaire) il est précisé que celle-ci « fait référence aux campagnes de mobilisation de la seconde guerre mondiale. Elle fait un clin d'oeil aux campagnes chocs incitant la population à  l'effort de guerre. ». La référence aux images de propagande de cette période n’est donc pas implicite.

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Ce qui a sans conteste a orienté l’agence publicitaire chargée de cette campagne dans son choix iconographique (eux parlent de visuel !) repose d’abord sur un vocable guerrier (défense,  combat, sur tous les fronts, soldats, décorations…), dont la référence immédiate à une période historique est tellement évidente qu’elle tient effectivement de la citation formelle.

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L’idée de mobilisation appliquée à l’ensemble de la population (sur tous les fronts), à plusieurs corps de métiers ou à différentes catégories sociales, n’est est pas sans rappeler d’autres dispositifs analogues.

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Enfin, les slogans choisis (ensemble, tous unis, sécurité, confiance) rebondissent sur les termes d’une campagne politique récente qui a eu la fortune que l’on sait. Car, comme on peut s’en douter, les formes ou les modes de composition d’une image médiatique sont liés non seulement à la nature du support mais aussi et surtout à la culture ambiante d’une société.

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Par ailleurs, contrairement à ce que j’ai pu lire dans un des commentaires qui disait « qu’il n'y a quasiment pas d'affiches faites par les Alliés pendant la seconde guerre mondiale qui reprennent ce type de mises en page et de message », il se trouve que l’une d’entre elles s’avère être un emprunt direct à deux affiches, l’une américaine et l’autre française, datant en fait de 1918.

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Alfred Everett Orr, 1918

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Carlu 1918


Le dernier aspect que l’on doit souligner pour cette campagne, est l’intention annoncée de traiter avec humour un sujet qui, si il est à n’en pas douter important, n’est sans doute pas aussi grave que le laisse supposer le ton guerrier des slogans, dont la typographie cursive est finalement plus proche de celles utilisées pour certains produits de consommation.

140407-2.jpgL'un de ces marques fut d'ailleurs mise en image par Jacques Parnel lui même... (au passage, belle  image de la femme !)

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En parcourant rapidement l’univers graphique de l’illustrateur Jacques Parnel, choisi pour réaliser ces images, on peut se rendre compte que ces jeux de décalage y sont assez fréquents, rappelant en cela à la fois certains travaux du Pop Art (R.Hamilton, M. Ramos…), les peintures de René Magritte (Golconde) ou celles de Mark Tansey .

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Jacques Parnel « L‘accident », 2000

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Mark Tansey « Pleasure of text », 1986

 

En somme, de répliques en répliques, cette société qui s'auto-reproduit de façon complaisante, est sans doute loin, très loin, d'un combat d'avenir.

 

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KA 05/07/2007 20:00

Ah ! un point indiscutable avec l'affiche d'Alfred Everett Orr, que je ne connaissais pas. Damnaide.Mais l'une de celles que j'ai mise à la place, celle du soldat allemand avec une légende française, est bien plus célèbre. Alors on peut se demander ce qui compte le plus : une affiche inconnue ou une affiche qui a marqué les esprits ?L'accro aux images que je suis aurait tendance à dire : la 1ère. Mais le chercheur de sens que j'essaie d'être aurait tendance à dire : la 2ème.Beau billet, quoi qu'il en soit. Les escalopes volantes ont décidément bien du succès ;-)

ap 05/07/2007 22:19

Bah!  Si je savais ce que tu sais, on n'en finirait pas. Merci Alain.