Réplique 5 (le dictateur 4)

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4 –  Le barbier et le barbare.

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L’affiche de Léo Kouper, reprend avec un graphisme humoristique le motif "du coup de pied" dans le ballon ; il ajoute, au personnage de Heynkel, le geste du salut (ce qui accentue son côté ridicule) ainsi que la silhouette de Charlot en embuscade derrière le globe.

Le thème du double, argument central du film, est donc ici signalé par un jeu de cache-cache.

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Le choix de faire figurer le personnage de Charlot - même s'il est vrai qu'il  n'apparaît que dans quelques plans, à sa sortie de l’hôpital) au lieu du barbier, indique de façon implicite que ce film de Chaplin est bien dans la lignée burlesque de Chaplin. Il marque aussi le passage, dans la filmographie de cet auteur. En effet le Dictateur est non seulement le premier long métrage parlant de Chaplin, mais aussi celui où le personnage de Charlot s’efface en tant que figure principale.
 

Le dédoublement va d’ailleurs dans le film s’accompagner d’un renversement des codes : le plus comique des deux n’étant pas celui que l’on croit. C’est sur cet innatendu que se situe le glissement des personnages. 

Comme soldat, au tout début du film, le petit barbier juif est maladroit et gaffeur, fidèle en tous points au personnage de Charlot, comme il avait d’ailleurs déjà été montré dans « Charlot Soldat » quelques années plus tôt.

Les scènes qui se succèdent, notamment celles la grosse Bertha, de l’obus défectueux, de la grenade, et du brouillard de fumée montrent bien les caractéristiques du personnage décalé et inadapté que nous connaissons.

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L’image du brouillard où le soldat se perd au milieu des troupes ennemies me semble particulièrement significative de l’effacement annoncé de Charlot.

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Progressivement, même si le personnage continue à être drôle, il acquiert de plus en plus de gravité, et ce, jusqu’au discours final qui est un réquisitoire certes lyrique, mais poignant et terriblement engagé. 

 

A  l’inverse, le personnage du dictateur passe d’un rôle inquiétant à un personnage caricatural et grotesque un peu comme si, par contamination (vases communiquants) l’un devenait effectivement l’autre, faisant du dictateur un vrai pitre.

Parmi les nombreuses affiches que Léo Kouper réalisera pour les films de Charlie Chaplin, la deuxième version qu’il réalise pour Le Dictateur en 1956 pose très bien, me semble t-il, cette question.

 

140407-2.jpgLéo Kouper –1956

On y voit le barbier-coiffeur, juché sur les épaules du dictateur qui s’apprête à lui couper une mèche de cheveux, mèche qui par ailleurs n’est pas celle de Hynkel, mais bel et bien celle d’Hitler.

On peut comprendre ici le jeu de travestissement et de la transformation d’un personnage. Mais qui façonne qui?

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Dans l’alternance des scènes entre le dictateur et le barbier du ghetto, le rapprochement le plus le plus subtil est sans doute celui qui associe le globe terrestre et la fonction même du barbier.

Je m’explique :
on sait que pour apprendre à raser leurs clients, sans les couper, les apprentis devaient s’entraîner sur des ballons. La manipulation du coupe choux n’était pas alors celle des rasoirs de sûreté ou celle des rasoirs électriques d’aujourd’hui : un mauvaise inclinaison de la lame... et l’entaille était garantie !

 

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Dans l’une des scènes qui suit celle du ballon, on voit le barbier se livrer à un exercice virtuose de rasage en musique sous l’œil inquiet de son client. Dans une scène précédente, c’est Hannah qui manque d’être rasée par le barbier étourdi (ou troublé).

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"Raser sans couper", sans faire éclater la baudruche, c’est faire attention. C’est le message contenu par ellipse, dans l’enchaînement des plans.Ce deux séquences encadrent la scène où Hynkel joue avec le monde (l’humanité), qui finit elle par éclater.

Le barbier, avec son rasoir, est somme toute moins dangereux que le barbare jouant avec la planète.
  

 

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