Pascal Kern (2)

Publié le par ap

 2 / Témoignages 
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J’ai donc appris, la semaine dernière, par un e-mail de Vincent, la disparition de Pascal Kern.
 Pascal Kern vient de mourir. 
> Message du 25/05/07 13:36

Je me souviens du premier jour.
La cour grise d’une gare un soir de juin et cette chemise hawaïenne rivalisant de lumière avec des sandalettes en plastique orange. (J’ai appris depuis qu’on appelait ça des méduses). Il était de passage. Nous présentions dans un collège quelques «Fictions colorées» empruntées pour la circonstances au Frac de Champagne Ardenne.

Plus tard, nous avons longuement suivi la Blaise. Sommevoire recélait un « Paradis ». Nous roulions vers «l’ Eternité heureuse ». L’idée était celle d’une exposition et d’un catalogue. Rousse et Faucon étaient de l’aventure. Jean Michel Michéléna du voyage. : «Angelots, femmes nues, lutteurs, orientales, zouaves, porteurs d'eau, cerfs, lions, chevaux, dauphins, biches, sangliers, Triomphe de la République …».

Nous nous sommes revus l’année suivante pour " la Couleur du temps ".
La commande venait cette fois du FRAC. Cela fait presque jour pour jour 20 ans.

Je me souviens d’un autre voyage le long de la Blaise. Un dimanche sibérien comme notre région peut parfois en donner. La cause était cette fois la manœuvre annuelle départementale des pompiers. On devait incendier et sans doute apprendre à éteindre une réserve de matrices industrielles du début du siècles. Nous devions passer avant le grand incendie.

Je me souviens que nous avons passé notre après midi à encastrer d’énormes pièces de bois gelées à cœur entre les parois étroites d’un minibus orange ; celui de nos années hippies, mais sans les fleurs. Les filles étant au chaud devant une tisane. Le camion avait immédiatement gelé de l’intérieur. Si bien que les habitants de l’Ourcq ont pu , un temps, observer cet étrange phénomène d’un camion givré malgré la douceur de l’air parisien. Tony Cragg était passé quelques jours après. J’ai toujours rêvé de pouvoir réunir leurs travaux. Peut-être un jour en retrouverai-je la force.

Les années qui ont suivi furent faites de brefs échanges (La vie, les enfants, la vie) et de quelques rencontres près de cette vallée qui nous avait réunis. Elles furent heureuses et gastronomiques. Une fois c’était «Tchernobyl» : Il revenait d’Alsace. Farniente et bain de soleil. Sans le nuage.

En novembre un appel. Pour m’entretenir d’un projet qu’il voulait commun. Je sortais d’un n-ième séjour difficile à l’hopital. La banalité d’une vie de greffé. Nous avons dû différer.
La rencontre s’est faite un dimanche de février où l’hiver se prenait pour l’été.
Il ne manquait que les sandalettes oranges.

La conversation a repris là où nous l’avions laissée. Autour d’un gigot au miel et de quelques vins somptueux.

Je me souviens d’un géant disparaissant par la porte d’une gare de province…

Aujourd’hui, dehors est lumière, mais il pleut une putain de pluie sur mon écran.

Vincent Cordebard
Alias Vincent Leplus

Plus qu’un e-mail, c’était un témoignage que j’ai tenu ici à citer, tant il me semble que ce portrait, pris dans la parenthèse du temps, correspond à ce que j’ai pu entrevoir de ce géant, carré sur un siège en plastique de jardin à Chaumont.
  

De cette discussion improvisée il ne me reste surtout une chose, c’est la question des encadrements, que Pascal Kern prenait visiblement un soin jaloux à réaliser pour présenter ses photographies, chose qui en soi peut sembler dérisoire, mais qui, si on le met en relation avec les objets présents dans les images, ne l’est pas tant que ça.

Un cadre, en acier brossé, en plomb ou en bois était pour lui une façon d’interroger, aux frontières de l’image, la matérialité absente dans le cliché : une sorte d’écho, si l’on veut, voire de contradiction entre ce qui était représenté et l’écrin qui enfermait ses photographies, faisant de l’ensemble non pas une image, mais un objet.

[...]

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