Atelier de la condamine (Chronologie et autres signes)

Publié le par ap

Il est troublant de penser que l’essentiel du travail de Bazille tient, grosso modo, sur cinq ans.

Cinq années et quatre ateliers dont trois seulement seront représentés.

- Janvier 1865, loue le n°6 de la rue Furstenberg, au-dessus de l’ancien atelier de Delacroix.

- Juillet 1866 s’installe avec Renoir, 20 rue Visconti.

- Janvier 1868, déménage et s’installe aux Batignolles, 9, rue de la Paix qui deviendra en 1869 rue de la condamine.

- Mai 1870, déménage au 8 rue des Beaux-Arts.


Cinq années où il essuie chaque année un refus de la part du jury du Salon pour la présentation de ses peintures, comme ses amis Monet, Renoir, Sisley…, d’ailleurs.

- Salon de 1866 : « Nature morte aux poissons » est acceptée, un autre tableau ( ?) est refusé.

- Salon de 1867 : « La Terrasse de Méric » et le premier « Portrait de Maître » tous deux refusés

- Salon de 1868 : « La réunion de famille » et « Les fleurs » sont acceptés

- Salon de 1869 : « La vue du village » acceptée, « le pêcher à l’épervier » refusé

- Salon de 1870 : « Scène d’été » acceptée, « La toilette » refusée

 

En fait, (mais il faudrait disposer ici d’informations plus précises, correspondance par exemple…) quelque chose a du se produire entre 1869 et 1870, affectant Bazille, au point qu’il s’engage volontairement à l’été 1870 dans un bataillon de zouaves pour trouver la mort quelques mois plus tard. (on notera que c’est en 69 que la rue de la Paix devient celle de la Condamine : étrange coïncidence de l’histoire redoublée par la consonance du mot…)

On pourrait faire ici plusieurs hypothèses, les unes liées à sa vie amoureuse (tous ses potes sont casés mais on ne lui connaît aucune relation sérieuse…), les autres à son travail et sa place dans ce groupe des peintres refusés des Salons officiels.

On sait par différents témoignages, que c’est en janvier 70 que Bazille pose pour la toile de Fantin-Latour « Un atelier aux Batignolles ». C’est en hiver de la même année (je prends en compte le poêle rougeoyant) qu’il aurait réalisé son tableau rue de la Condamine.

Or, comme le remarque très justement J-C Bourdais, une toile au mur de l’atelier est représentée inachevée. Il s’agit de « La toilette » qui sera refusée au salon du printemps 70.

Comme on l’a déjà dit, Bazille travaillait plutôt lentement, préparant ses toiles par de nombreux croquis, revenant cent fois sur l'ouvrage, retouchant, transformant… ce qui est d’ailleurs le cas pour « La toilette » dont la présence de la femme de droite n’est présente ni dans le croquis préparatoire (sauf peut-être en bas), ni dans l’ébauche représentée au mur de l’atelier.

 

Atelier de la condamine (Chronologie et autres signes)

Par ailleurs, si entre le croquis et l’ébauche il y a une certaine correspondance des corps des deux femmes (presque une superposition), on s’aperçoit que la composition définitive en est très loin. Seules quelques notations chromatiques (turban orange, rouge de pagne de la servante) sont indiquées.

(superposition du croquis et de l’ébauche) (superposition du tableau et de l’ébauche)

(superposition du croquis et de l’ébauche) (superposition du tableau et de l’ébauche)

Autrement dit, quand Bazille réalise cette pochade présente sur le mur de l’atelier de la Condamine, il est très loin d’avoir avancé « La toilette ».

L’autre tableau qui devrait se trouver en préparation dans l’atelier en cet hiver 69-70, présenté lui aussi au Salon, est « scène d’été » commencé en été à Méric.

Atelier de la condamine (Chronologie et autres signes)
(sources : Base Joconde)

(sources : Base Joconde)

Ici, nous possédons de nombreux croquis, esquisses des étapes de réalisation du tableau qui montrent l’évolution des attitudes des figures jusqu’à la composition définitive, avec l’introduction sur la droite de deux figures nouvelles (un jeune homme en aidant un autre à sortir du bain), ce qui prouve la lente gestation d’un tableau chez Bazille.

Chose troublante, l’atelier de la Condamine ne comporte pas, à ma connaissance, de traces de cet ordre (croquis ou autre) qui nous permettrait d’en comprendre la conception, alors que, selon toutes vraisemblances, c’est un tableau qui procède lui aussi d'une mise en scène complexe.

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