Entre les signes (9 - A la lettre)

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9 – A la lettre

 

Piippo Kari – Piaf – 1986

Piippo Kari – Piaf – 1986

Cette affiche, sélectionnée en 1992 pour le festival de l’affiche en Finlande, pays d’origine de Piippo Kari, est un hommage et un portrait de la chanteuse française Edith Piaf.

 

Piippo Kari - Mort d'un commis voyageur - 1975

Piippo Kari - Mort d'un commis voyageur - 1975

Pour l'affiche de Piaf , le graphiste a choisi, comme à son habitude, de travailler sur une économie de moyens. La substitution du personnage au profit de son nom (métonymie).Ce procédé était assez courant dans les réclames des années 1930 - 1950.
 

 

Entre les signes (9 - A la lettre)

Chez P.Kari, les quatre lettres, traitées avec un relief ombré, sont empilées verticalement en un équilibre instable. La construction semble d’ailleurs vaciller ou flotter entre le bleu du fond et le rouge des planches de la scène.

Piaf en scène - 1954

Piaf en scène - 1954

Un ovale blanc, situé à la base de cet échafaudage improbable, correspond au disque de lumière d’une poursuite, éclairage minimum qu’utilisait quasi systématiquement la chanteuse pour ses spectacles.

 

Entre les signes (9 - A la lettre)

Enfin, un micro prolongé par un fil (rouge) serpentant en travers de la composition vient confirmer que ces lettres, ce mot, ce nom sont bien la figure de la chanteuse.

Entre les signes (9 - A la lettre)Entre les signes (9 - A la lettre)
Entre les signes (9 - A la lettre)Entre les signes (9 - A la lettre)

On sait que le jeu de scène de Piaf n’était pas très spectaculaire, elle se tenait droite face au micro, et n’utilisait que ses mains ou sa tête pour ponctuer un passage et marquer la cadence de ses chansons.

 

Entre les signes (9 - A la lettre)

En d’autres termes, on pourrait comparer la frêle silhouette de Piaf à une sorte de « i ».

 

 

Affiche du spectacle de Nathalie Lhermitte en hommage à Piaf

Affiche du spectacle de Nathalie Lhermitte en hommage à Piaf

C’est donc cette attitude qui est exprimée par la verticale du nom dans l’affiche de P. Kari. Ce choix de la verticale imposé par le jeu d’équivalence figure-nom est d’ailleurs périlleux car chacun sait qu’il est plus difficile de lire un texte à la verticale qu’à l’horizontale.

L’astuce (si l'on peut dire) consiste donc généralement à travailler sur la diagonale permettant ainsi de détacher les lettres.

Couverture de l'imagier Bernard n°2 (1948) / Max Ponty - Radiola - (1929) Couverture de l'imagier Bernard n°2 (1948) / Max Ponty - Radiola - (1929)

Couverture de l'imagier Bernard n°2 (1948) / Max Ponty - Radiola - (1929)

On peut encore ajouter que le jeu « des lettres cubes » est un classique du genre permettant de monumentaliser le mot tout en affirmant l’idée d’un « un nom inscrit dans la pierre », métaphore d’une certaine pérennité.

 

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René Magritte - L'art de la conversation (1950)

René Magritte - L'art de la conversation (1950)

Entre les signes (9 - A la lettre)

On remarquera enfin le travail subtil du dessin de la lettre A qui ondule sur l’une des ses arrêtes.

 

Entre les signes (9 - A la lettre)
Ici, deux hypothèses se dessinent dont l’une, explicite, fait comprendre que le A situé à l’emplacement de la taille de la chanteuse correspond au plissé de la jupe, l’autre, implicite renvoyant de façon plus discrète au parti esthétique développé par P.Kari, qui par un choix très épuré du dessin des lettres et l’utilisation des aplats colorés se souvient sans doute d’un autre graphiste : Max Ponty créateur de la très fameuse silhouette noire de la Gitane.

 

Entre les signes (9 - A la lettre)
La silhouette ombrée sur fond bleu, de la danseuse qui tangue, serait donc à mettre en rapport avec celle de la figure constituée par l’emboîtement vertical des lettres.
Entre les signes (9 - A la lettre)

Cette femme, silhouette noire presque fétiche qui avait été baptisée « la Môme Piaf » (en argot « petit oiseau ») en raison de sa petite taille et sa grande voix.

Pour résumer, P. Kari réalise ici un admirable travail de synthèses des principes graphiques et de sa culture qui font de cette affiche, couleurs comprises, l’équivalent d’un drapeau.

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Capiello - France (1889)

Capiello - France (1889)

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