Des rires et des larmes... ("L'Atalante" et "L'Aurore")

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« Le cinéma muet fut un diamant d'abord brut, puis poli et taillé. Le cinéma sonore doit fondre deux ordres de matériaux, l'image et le son, comme le fait l'art du vitrail ou celui de la céramique. Mais seul Vigo a réussi cette fusion parfaite : son cinéma est aussi homogène que du muet. ». Cette remarque de Henri Langlois que l’on peut appliquer sans conteste à « L’Atalante » (1934) vaut aussi pour « l’Aurore » (1929) de F.W. Murnau et il y a sans doute plus qu’une filiation entre ces deux films.

La citation de F.W. Murnau en introduction de l’Aurore pourrait d’ailleurs, à une exception près* s’appliquer à l’Atalante : « L'histoire de deux êtres humains. Ce chant de l'Homme et de la Femme est de nulle part et de partout... Partout où se lève et se couche le soleil, dans le tourbillon des villes, dans le plein air d'une ferme, la vie est toujours la même, tantôt amère, tantôt douce, avec ses rires et ses larmes, ses fautes et ses pardons.»

On pourrait, par exemple, mettre en parallèle les scènes de découvertes fascinées de la Ville, ou encore l’importance accordée à l’eau utilisée dans les deux cas à la fois comme « révélateur de l’âme humaine » mais aussi comme objet de la métamorphose.

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On pourrait aussi s’intéresser aux façons de filmer la nuit et les êtres qui la traverse ou encore analyser les combinaisons subtiles que ces deux réalisateurs effectuent entre des descriptions quasi documentaires d’un contexte et la fiction qui s’y joue. Enfin, dans un cas comme dans l’autre  les histoires d’amour qui y sont racontées ne vont pas de soi (comme il en va dans la vie d’ailleurs). La séduction venue de l’extérieur (la ville) ou de l’étranger(e) met à mal l’équilibre du couple.

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Ce qui, par contre, distingue les deux récits, c’est que le film de Vigo n’a pas la dimension mélodramatique voire romantique de Murnau. Même si il subsiste dans « l’Atalante » des traces esthétiques d’une écriture Expressionniste (plongée et contre plongée fréquentes, jeu d’obliques, ombre et lumière marquées, expressions des personnages…etc.) celles-ci sont étrangement contrebalancées par le jeu décalé de Michel Simon (le père Jules), mêlant drôlerie et gravité par sa seule gestuelle.

 

Cependant le film de Murnau n’est pas dénué d’humour, comme par exemple la scène où un porcelet s’échappe d’une cabane de foire semant la panique dans une salle de bal, ou celle de la bretelle tombante d’une jeune femme assistant à la danse endiablée des deux jeunes paysans…

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* remplacer « le plein air d’une ferme » par « une péniche »…

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