cliché 51

Publié le par ap

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La lumière, tamisée par le cannage du fauteuil d’osier, tombe sur le livre ouvert, entamant un étrange dialogue avec la trame du grillage derrière lequel la queue du paon qui fait la roue étincelle.

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Je viens justement de lire quelque chose sur le comportement de l’animal :

« et il me somme de m’expliquer, de lui expliquer, alors je m’exécute, gentiment je lui rappelle que le paon fait la roue pour séduire sa femelle et s’unir avec elle. En comparaison, d’ailleurs, la parade nuptiale du hérisson naïf et globuleux est indécente et obscène, il exhibe ses organes, il feule, il halète, on détourne la tête. Donc, le paon fait la roue dans le but d’épouser la femelle (c’est une image), et cette roue ocellée, versicolore, éblouissante, évoque à s’y méprendre un vitrail en rosace. Voilà, le paon bâtit une église ex nihilo

dans laquelle il attire la femelle qu’il convoite afin de s’unir avec elle. »*

C’est précisément à cela que je pensais en regardant les pastilles de lumière danser sur le papier, me souvenant encore des flaques colorées inondant les dalles d’une petite église de campagne. Je regardais l’image projetée du vitrail se tordre sur le plan irrégulier du sol, remonter le long des piles de pierre, s’étaler jusqu’à se disloquer sur la rangée des bancs disposés serrés dans la pénombre de la nef.

*"Du hérisson" - Eric Chevillard - Ed.Minuit 2002

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