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Alain Collard - Le temps retrouvé

Publié le par ap

« Que je revoie une chose d’un autre temps, c’est un autre jeune homme qui se lèvera. Et ma personne d’aujourd’hui n’est qu’une carrière abandonnée, qui croit que tout ce qu’elle contient est pareil et monotone, mais d’où chaque souvenir, comme un sculpteur de Grèce, tire des statues innombrables. » Marcel Proust – Le temps retrouvé.  temps retrouvé

Alain Collard est un photographe discret qui se tient en marge des bruits du monde. Ces images sont rares, autant que ses mots. Aussi, autant le dire tout de suite, ces photographies ne contiennent pas ce parfum obligé de spectaculaire, (ou de scandale) que l’on se plait commodément à accrocher à la photographie dite contemporaine. D’aucuns pourraient même être tentés d’y trouver un côté désuet, ne serait-ce que par les sujets qu’elles abordent : des bouquet de fleurs, des paysages, l’ombre fraîche d’une petite église de campagne, des nus, ou de simples objets… et rien, de ce qui fait habituellement le succès des faiseurs de sensations fortes, n’agite ce travail. Ici, pas d’excès, pas de coups d’éclat, pas de faux semblants, Ainsi, les amateurs d’apparences fortes en seront pour leurs frais.

Pourtant, Alain Collard ne s’interdit aucun procédé, ni aucune façon d’entreprendre ses sujets. La série des Robes relève ainsi, sans ambiguïté, d’une mise en scène de l’objet suggérant, en creux, la propriétaire de ce vêtement. La danse des cuivrés de ses Nus fantomatiques, qui sourdent du rectangle d’ombre, évoque quelques idoles orientales. Les motifs du Jardin secret, qui nous plongent littéralement au cœur de l’exubérance végétale, jouent évidemment de la métaphore : le plissé d’une corolle, le mousseux d’une couronne de pétales, la courbe lascive d’un pistil,… contiennent, à n’en pas douter, autant de correspondances avec la jardinière qui en prit soin. Les flaques de lumière qui ruissèlent sur les dalles, caressent les parois de pierre, ou détachent de l’obscurité fraîche le bois vermoulu des marches de l’autel de l’Eglise de St Remy, traduisent cette douceur et cette délicatesse du regard, la même d’ailleurs que l’on retrouve sur les feuilles de papier quadrillée des fragments de lettres de La Séparation. Les sténopés du Lieu, indiquent une volonté minimale de restituer, par la prise de vue, un paysage désigné par un tiers.

 

Les travaux d’Alain Collard sont constitués de séries ou de suites d’images. Certaines sont construites sur le sujet (La Robe, Les Chaussures, Le Jardin secret), d’autres le sont sur le principe ou le choix opératoire (Le lieu, Nus), d’autres encore par le mode d’investigation (La Séparition, L’église de Saint Remy), mais toutes ne relèvent pas d’une même homogénéité, ou d’une volonté de faire système. Tantôt le sujet impose son ordre - Les Robes utilisent par exemple un dispositif scénique identique d’association…- , tantôt c’est le procédé de prise de vue qui est commun - les tirages du Jardin secret, réalisés à partir de prises de vue polaroid, conservent, en marge, les franges du décollage de la gélatine… - . Somme toute, on pourrait dire que chaque série définie ses règles par nécessité et non par volonté d’esthétisme. Les séries sont, ici, des ensembles (ou des propositions) abordant une question spécifique. Cette question initiale, cette interrogation (souvent intime) définit un parti pris et induit l’aspect formel ou le choix de prise de vue. Autrement dit, c’est le sujet qui conditionne la suite d’images réalisées.

Car les photographies de Alain Collard, ne prennent pas en charge l'évènementiel, mais reconstruisent l'évènement : en ce sens, elles sont donc préméditées. La prise de vue n’intervient pas pour prendre acte d'un souvenir, d'une relation ou d'un état, mais peut-être davantage pour comprendre (mesurer ?) les mécanismes profonds que celle-ci met en branle dans la pensée.

Plus que des jalons ou des témoins, ces photographies, tout en donnant à voir des lieux, des objets, des choses ou des êtres, pourraient bien être des autoportraits en coin (mais sans biais), qui abordent discrètement les thèmes de la filiation, l'héritage, l'identité, le don, la mort, l'absence, le secret, la sexualité....

«Dans la Grèce antique, la Mémoire, mère de toutes les muses, était très intiment associée à la poésie. Forme narrative, la poésie était alors un inventaire du monde visible : elle créait ses métaphores à partir de correspondances visuelles. Une photographie est plus simple que la plupart des souvenirs ; aussi son champ est-il plus limité. Cependant, avec son invention, nous avons acquis le moyen d’expression dont le fonctionnement est le plus directement comparable avec celui de la mémoire. La muse de la photographie n’est pas fille de la Mémoire, elle est la démarche même de la mémoire. […] Photographie et souvenir traquent des instants de révélation, car seuls de tels instants valorisent pleinement leur capacité à s’opposer au flux du temps. » notait ainsi John Berger, dans l’un de ses textes(*) consacré à la photographie.

On ne regarde pas une de ces images pour ce qu’elle désigne ou présente, mais plutôt pour ce qu’elle retranscrit, dans sa chair photographique, d’un questionnement intime qui, au delà de l’histoire personnelle, nous renvoie d’abord à nos propres histoires.

 
Exposition Alain Collard  
"Le temps retrouvé"
 10 Mars au 25 Avril 2008
l'IUFM de Chaumont (52)

_____

(*) - John Berger et Jean Mohr « Une autre façon de raconter » Ed. François Maspero, Paris, 1981

 

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Echo-mail (patrimoine)

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Sophie Richelot - Musée des transports publics de Colombes, 09 - 2007

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L'avant printemps

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Giboulées de mars laissent

des ombres vertes

aux pieds des grands arbres

 


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figure 3 (la puce)

Publié le par ap

" Pour les poètes baroques, la femme était considérée comme une miniature du monde, un paradis béant dont ils souhaitaient visiter les sites avec une lenteur gourmande, pour y errer commodément entre les accidents géographiques. Il feignirent ainsi d’envier le sort de la puce dont nulle barrière d’étoffe ne venait gêner la course. Une puce qui, disent-ils, aime à se promener entre les beautés surhumaines d’un « sein blanc et vermeillet », qui d’un plein saut se jette sous les amoureuses cachettes des aisselles pour les mignoter, flaire ces « boutons de roses » qu’elle mordille en suçotant et parfois s’enhardit « jusqu’au réduit plus bas », comme l’écrit Barnabé Brisson, « La part qui m’est hélas close / Et que nommer je ne t’ose ». La puce est donc ne créature aimable qui permet de rêver abondamment et de déshabiller élégamment. […] Ronsard, lui, rêva comme tant d’autres de se métamorphoser en puce pour « baisotter » et mordre tous les jours les beaux tétins de Cassandre (quoique la nuit, dit-il, il préférât tout compte fait se rechanger en homme). Quant à Georges de la Tour (La Femme à la puce, v. 1631), il nous permit d’entrer par effraction dans l’intimité d’une jeune fille absorbée à chercher une puce sous sa chemise et à presser une éponge sur les parties les plus discrètes de son anatomie. "

Jean-Luc Hennig « La ménagerie luxurieuse, extrait du catalogue La Luxure, Ed.Centre Pompidou, Paris, 1997


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Boite A Pandore (11)

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figure 2 (la fillette au volant)

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Elle se tient debout, sur une chaise, disposée légèrement de profil. Le buste est moulé dans un corset serré à la taille - sorte de cône dont la pointe semble fichée dans le drap dans la jupe qui bouffe -, le visage, en partie noyé dans un jeu d’ombres, se découpe néanmoins, comme le reste de la silhouette sur le fond bistre d’un mur. A la main droite elle tient une raquette, tandis qu’à la gauche, elle présente un volant, avec lequel pourtant elle ne semble pas prête à jouer. Comme le voulait la tradition des portraits, les attributs (ou accessoires) serviraient donc, ici, davantage à qualifier la figure qu’à représenter une action.

 

 

Chez Chardin, les personnages représentés ne sont pas toujours dans cette attitude décalée. L’enfant au toton, par exemple, bien qu’assis droit à son secrétaire, regardant danser sa toupie non loin du bord, n’est-il pas sur le point de la rattraper ? Ce garçon (ou cet autre encore) dressant les cartes d’un fragile château, n’est-il pas, lui non plus, dans cette même situation où l’équilibre instable des objets avec lesquels il joue, suppose que l’immobilité n’est que passagère.

Etrange présence que celle de cette fillette, juchée sur un siège, cramponnée à la boule du montant du dossier et tenant ce drôle de bouquet de plumes, dont la forme semble être l’écho inversé de celui de son propre corps. 

[...]

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études#1

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undefinedundefinedEtudes, Huile sur papier, Mars 2008

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Echos de l'ombre passée

Publié le par [...]


Quelque part dans la jungle, en Inde, non loin de Morristown, dernier bastion de la civilisation occidentale, règne en monarque « détenteur de son bon droit », le Fantôme, autrement surnommé par les indigènes : L'Ombre qui marche.

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Un corps athlètique moulé dans un costume mauve (ou rouge, selon l’époque et l’édition), une culotte zébrée et chaussé de bottes noires. La tête est dissimulée sous une cagoule et le regard sous un masque noir. Tapis dans l’ombre, il observe se proies. Agile comme un singe, il joue facilement les monte-en-l’air. Rapide comme un fauve, il fond sur ses ennemis. Ajoutons également que le personnage porte à la ceinture deux pistolets qu’il dégaine facilement. Le Fantôme est souvent accompagné, dans ses aventures, par un fidèle compagnon, un chien loup du nom de Satan, et monte à l’occasion un superbe coursier blanc...

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Ceux qui 
se mettent en travers de l'Ombre qui marche (en marchant dessus) en sont généralement pour leurs frais. Usant tantôt de ses armes automatiques, tantôt de ses poings, le colosse masqué et culotté n’hésite pas à cogner fort, laissant sur le visage de ses victimes une marque indélébile - procédé qui n'est pas sans rappeler la marque au fer chaud que l’on appliquait pour les condamnés aux galères -. Cette marque du Fantôme, qu'il appose avec sa bague de combat (main droite) représente un crâne humain. A sa main gauche (pas celle du saigneur), Le Fantôme possède une autre bague, ornée d’un autre dessin, le signe du bien, sorte de monograme reprenant en croix l'initiale de son surnom (Phantom)  et qui assure à ceux qui l'arborent une totale protection du héros.

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Lorsqu'il se rend en ville pour faire ses courses où, d'une façon plus générale, dès qu'il sort de sa jungle, le Fantôme reprend une apparence plus civilisée, endossant l’imperméable, le chapeau et les lunettes d'usage. Cet uniforme banal ne lui évite cependant pas toujours les déconvenues de mauvaises rencontres...

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Beaucoup plus radical et expéditif que Mandrake, ce personnage obscur et secret est en réalité un être  inquiétant, assoiffé de vengeance. Sa biographie en témoigne :

"En 1525, un jeune aristocrate, Sir Christopher Standish, s'embarque en compagnie de son père pour aller faire du commerce en Orient. En plein golfe du Bengale, le navire sur lequel ils sont embarqués est attaqué par des pirates chinois. Le père est tué sous les yeux du jeune Christopher. Laissé pour mort, emporté par une tempête, il est recueilli par des indigènes qui n'avaient jamais vu d'homme blanc :  il devient aussitôt, pour la tribu, une sorte de Dieu. Quelques temps plus tard, la mer rejète sur le même rivage un pirate portant les vêtements de son père. Devant ce signe funeste du destin, le jeune homme décide de prêter un terrible serment sur le crâne de l'assasin de son père; "Je jure vengeance contre toutes formes de piraterie, cupidité et cruauté. Je jure que tant que j'aurai des descendants sur Terre, l'aîné devra continuer mon oeuvre".(*)

Ainsi, face aux forfaits
de la menue racaille ou face à la violence, il affiche une farouche détermination à imposer son propre code de justice, dans une société qu’il juge impuissante à faire respecter l'ordre et la loi. Il sait y mettre les formes!

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Imaginé par Lee Falk (1911-1999), également auteur de Mandrake le Magicien, c’est sous la forme d’un strip quotidien que débute officiellement, le 17 février 1936, l’existence de ce mystérieux personnage baptisé Le Fantôme (The Phantom). Le dessin sera confié, dans un premier temps, à Ray Moore (1906 -1984).

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Il faut bien avouer cependant que, si la forme de ces différentes histoires est assez répétitive, l’impact des balles ou des poings de ce justicier masqué - sorte de précurseur des figures de super-héros qui marquera bientôt l’imaginaire de la bande dessinée Américaine - reste considérable (surtout au second degrès).

Pourtant, la vrai particularité du récit sera d'imaginer plusieurs générations de Fantômes, se succédant derrière le masque, donnant ainsi naissance à la légende de l'immortalité du héros. Il parait d’ailleurs qu’il se trouve encore, aujourd’hui, quelques descendants disséminés aux quatre coins de la planète qui, depuis l’ombre de la boîte crânienne de la grotte qui leur sert de repaire, continuent à se croire investis de cette mission.

[...]

Publié dans Réplique(s)

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(manual training #4)

Publié le par ap

undefinedGouache, 2005

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figure (sortie de bain)

Publié le par ap


Nuque obscure

que démêle le peigne

des doigts.
 

Perles sur l’épaule :

la chevelure s’égoutte.

 

Embus sur les vitres glacées,

Superposé à la brume au jardin,

d’un mouvement l’enveloppe.

 

Serviette aux hanches,

bras pliés

aux angles du miroir.

 

Deux doigts effleurant

la joue lisse

de la porcelaine,

puis le corps bascule,

sous la cascade du tissu

qui éponge

jusqu’au coup de pied.

 

Empreintes

évanouies aussitôt

sur les lattes de bois clair.


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