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L'angora de Bob (6)

Publié le par ap

Parmi l’ensemble des éléments qui figurent dans Monogram, certaines images dont les deux ci-dessous ont échappé à mes tentatives d’identifications. Elle restent donc comme parts de l'énigme de cette oeuvre.

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Je voudrais cependant, pour conclure provisoirement, attirer l’attention sur un dernier détail qui se trouve sur le flanc du pneu.

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Sur la partie supérieure du pneu, juste derrière les cornes de la chèvre, on peut en effet observer d’un coté un dessin rappelant la forme d’un drapeau, traversé en diagonale par des lignes, et de l’autre, une inscription à peu près lisible. Pour ma part (mais je ne suis pas spécialiste !) j’ai longtemps lu APLY, avant de comprendre qu’il s’agissait en réalité d’un 4 et non d’un A : 4 PLY (quatre plis).

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Plus bas sur la droite, à l’endroit où le pneu disparaît sous la laine on peut identifier un G et l’amorce d’un O. Il n’existe pas trente six marques de pneus commençant par ces deux lettres. J’en ai trouvé au moins deux, de marque américaine : Goodrich et Goodyear.

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Cependant en comparant les dessins du pneu de Monogram aux différents modèles des deux marques, en tenant compte d’une fourchette raisonnable dans les dates ainsi que du petit dessin du drapeau, il me semble qu’il s’agit d’un pneu Goodyear.

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Quant au dessin, qui correspond effectivement à un drapeau, celui-ci figure sur certains modèles, ou sur certaines enseignes publicitaires.

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Pourquoi attacher autant de prix à ce détail ? Sans doute parce qu’il convoque en fait un élément non visible dans la Combine de Rauschenberg et qui pourtant l’est par le nom de la marque. Il s’agit du logo.

Celui-ci représente une sandale pourvue d’une aile qui est, comme chacun sait, un rappel de l’attribut du dieu Hermès.


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Or, de ce personnage mythologique, il est dit qu'il est, avant tout, "la personnification de l'ingéniosité, de intelligence rusée et de la chance.", qualités dont on conviendra qu’elles définissent assez bien la démarche de notre producteur de Combines.

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Hormis les sandales ailées, les attributs d’Hermès sont aussi le pétasse (chapeau rond) et le caducée. Ce dernier élément nous rappelle d’ailleurs, en passant, que Rauschenberg commença des études de pharmacie avant d’opter finalement pour une carrière artistique.


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Dans la cosmogonie grecque on apprend encore que Hermès est celui qui est le plus proche des hommes et le plus bienveillant à leur égard : « il leur donne l'écriture, la danse, les poids et mesures, la flûte et la lyre, le moyen de produire une étincelle lorsque le feu s'est éteint. ». Dieu du commerce messager des dieux, conducteurs des âmes vers l’au-delà, Hermès est aussi gardien des pasteurs et de leurs troupeaux, des routes et des carrefours.

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On dit, par exemple, que toute rencontre ou évènement imprévu sur une route, est appelé « Don d'Hermès », formule que l’on peut aussi traduire par « coup de chance ». On se souviendra à ce propos que la découverte de la chèvre angora dans un magasin de fourniture pour bureau relève de ce don d’Hermès…  

Il en en va de même pour Charles Goodyear, dont la découverte de la vulcanisation du caoutchouc, qui allait permettre son utilisation a des fins industrielles, est due, dit-on, au hasard de la chute d’un échantillon sur un poêle brûlant.

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Si l’incroyable bric-à-brac des Combines de Rauschenberg a été perçu, aux début des années 1950, par un certain courant de la critique artistique, comme trivial ou vulgaire, la réponse du berger à la bergère passe sans doute par l’incroyable malice qu’a en effet su déployer l’artiste pour brasser les signes et les images au point de les fondre en un seul signe : Monogram.

110206-barleduc.jpgRobert Rauschenberg "squetch for Monogram", 1993


Dans un entretien de 1981, à propos de ses photographies, Rauschenberg déclarait : "Mon oeuvre a toujours eu quelque chose de journalistique, y compris les peintures les plus abstraites. [...] je redoute toujours d'expliquer ce que je fais, parce que mon esprit est si retors que si je fais quelque chose en sachant  pourquoi je le fais, je m'en détourne. Donc en m'expliquant, je cours le risque d'avoir à interrompre l'entretien et d'aller tout changer dans ma vie. mieux vaut donc en rester là et laisser mon travail lui-même répondre aux questions."

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Je conseille aussi la lecture de plusieurs articles consacrés à R.Rauschenberg sur le blog Espace-Holbein

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L'angora de Bob (5)

Publié le par ap

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Robert Rauschenberg « transfert ® », 1965

Un monogramme est un entrelacement de plusieurs lettres en un seul caractère, un dessin réunissant plusieurs lettres en un seul signe. Il sert à signer, à marquer un sceau ou différents objets appartenant au propriétaire de ce monogramme.
Le chrisme est sans doute en occident, le monogramme le plus connu. Ce symbole chrétien formé des deux lettres grecques apposée (Χ et P) qui sont les premières lettres du mot Χριστός (Christ). Cette figure est souvent accompagnée des lettres α (alpha) et ω (oméga), celles-ci symbolisant le commencement et la fin de tout.

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« Je suis l'alpha et l'oméga (dit le Seigneur), celui qui est, qui était, et qui vient, le Tout Puissant. […] Je suis l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. » (Apocalypse 1:8 et 22 :13) 

Il arrive aussi que ce monogramme soit associé à la figure de l’agneau (Agnus Dei), lequel fait référence à la figure du Christ dans son rôle de « victime sacrificielle, vouée à expier les péchés du monde ».

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Le titre de l’œuvre (Monogram) associé à l’animal, dont le pneu évoque la forme d’une auréole, aurait pu justifier le rapprochement avec la figure christique. Cependant ici, ne l’oublions pas, il s’agit ici d’une chèvre angora et non d’un agneau.

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Si il est donc possible que Rauschenberg se soit amusé à jouer sur ce glissement des éléments iconographiques, surtout si l’on songe à l’erreur initiale qui marque l’histoire de cette chèvre, il est encore plus probable que, de façon plus générale, ce montage un peu grotesque (et iconoclaste) soit plutôt une sorte d’icône sarcastique, dont la figure caprine, cerclée d’un anneau noir, convoque par ricochets le personnage satanique de quelques fêtes païennes. C'est en tous cas l'interprétation qu'en feront certains observateurs.

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Francesco Goya – « Le sabbat des sorcières », 1798

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« Le chevauchement de la chèvre » gravure de 1871

Si cela était, l’allusion à ce personnage maléfique, cet ange déchu, pourrait se trouver, d’une certaine manière, sous l'image de cet aviateur dont l'ombre se projette au sol, (à compter, bien entendu, qu'il s'agisse bien d'un aviateur!) ... 

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On remarquera, par contre, à propos de cette image, deux autres choses. La première est le jeu du double et de l’apparence, produit par l’ombre (l’objet et son image : idée qui fondent la notion de représentation en occident). La seconde, est le rapport horizontal / vertical (plateau / chèvre) qui définit, en quelque sorte, les deux axes du regard de Monogram : vu en plongé, ce personnage, bras détachés du corps, mains sur les hanches, qui nous regarde, ressemble d’ailleurs à une sorte de dessin contenant les deux R (en symétrie), initiales du nom de l’artiste, lettres dont on retrouve aussi l'écho dans la composition, sous forme de bribes.

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Ceci étant, en relisant la biographie de l’artiste, on apprend qu’en réalité Robert n’est pas le vrai prénom de Rauschenberg. Né Milton Ernest, il se choisira d’abord le diminutif de Bob dans les années 40 avant d’officialiser le prénom Robert dans les années 60. Ce changement, au demeurant anecdotique, tient pourtant, à bien y réfléchir, lui aussi du collage ou de la Combine, ainsi, on peut imaginer que Monogram est la confirmation de cette nouvelle identité d’artiste  que, dès lors, il assumera pleinement.

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Robert Rauschenberg « Polar Glut », 1987

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L'angora de Bob (4)

Publié le par ap


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On le voit, si le choix de cette chèvre angora, pour Rauschenberg, relève d’un hasard qui est d’abord le résultat d’un malentendu initial, elle draine une multitude significations possibles. Par contre, le pneu qui lui est associé, tantôt ceinture auréole ou bouée, procède lui est d’un geste délibéré, même s’il peut paraître incongru.

Le pneu est un objet (un signe) que Rauschenberg a utilisé assez souvent dans ses œuvres en explorant les nombreuses possibilités que lui offrait le volume ou les motifs qui le compose.

110206-barleduc.jpgR. Rauschenberg "Automobile tire print", 1953
110206-barleduc.jpgR.Raushenberg, Montage des éléments sonores de Oracle, 1965
110206-barleduc.jpgR. Rauschenberg "Phoenix scale", 1978
110206-barleduc.jpgR. Rauschenberg "Rookery mounds mud dauber", 1979
110206-barleduc.jpgR.Rauschenberg "Tire lamp", 2001
110206-barleduc.jpgR.Rauschenberg "Glass tire", 2003

Cet anneau (ou ce ruban) de caoutchouc, emblème d’une révolution technologique du début du 20e siècle, eut, il est vrai, un succès fulgurent et des répercutions mondiales pour l’industrie des véhicules.


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L’avantage du produit qui assure un confort de conduite pour les automobilistes a cependant un revers. L’usure du pneu est assez rapide et son recyclage n’est pas si simple.

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De fait, il existe, de part le monde, et depuis sa création, de nombreuses décharges de pneus. L’imagination populaire a su très tôt, mais ponctuellement, réutiliser ces rebus soit pour les qualités du matériau, soit pour leur forme.


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Robert Rauschenberg «Jasper + Lois Jones », 1962


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Ici, dans Monogram, l’artiste a peint en blanc l’extérieur du pneu. Il existe, bien entendu, des pneus utilisant les deux couleurs. Ces modèles élégants, étaient d’ailleurs en vogue dans les années 1940, pour les véhicules de luxe. Seulement, contrairement à la version de Rauschneberg, c’est toujours la partie intérieure du pneu (zone flanc) qui est blanche.

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Esthétiquement, l’effet produit par cette inversion est compréhensible car, vu de profil, le passage entre la laine de la chèvre et le pneu est moins brutal. De plus le recouvrement de peinture a l’avantage, grâce aux dessins gravés sur la tranche, d’imiter un tressage, rappelant un peu les mailles d’un pull-over.

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Ce qui est plus surprenant cependant, est le rapprochement visuel produit par cet assemblage et celui que l’on peut faire avec les chutes du Niagara.

Cette analogie est d’autant plus troublante que l'île qui sépare en deux ces cataractes se nomme « Island Goat » (l’île de  la chèvre).

110206-barleduc.jpgNiagara falls - 1800

 
Je dois avouer que je suis longuement demandé quel rapport il pouvait bien y avoir entre la laine, le pneu et les chutes du Niagara - et surtout si il n’y avait pas là, de ma part, une sorte d’illusion d’optique –.  Puis je me suis souvenu de la plaque d’identité de la chèvre fixée sur le socle, où il y était question de la manufacture de textiles de Sanford. En cherchant un peu (et non un pneu!), j’ai trouvé une image qui pouvait en partie répondre à mes questions, sans toute fois être totalement satisfaisante.

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Ce détail d’une photographie anonyme, extraite d’un reportage dans une manufacture de textile, datant de 1936, montre des ouvriers qui trient des monceaux de la laine, lesquels serviront à faire des tapis. Les deux hommes semblent littéralement noyés dans des flots de mohair. Le rapport laine/eau est d’ailleurs confirmé de façon assez surréaliste lorsque l’on regarde l’image originale.

Si l’hypothèse de la chute d’eau (assez Duchampienne, je l’avoue) s’avère possible, c’est qu’elle semble aussi confirmée par deux autres détails du plateau-socle qui présentent d’une part un funambule et de l’autre une balle de tennis.

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Si de nombreux funambules ont effectué la traversée au dessus du fleuve Niagara sur un fil, on a sans doute oublié que de nombreux amateurs aux sensations fortes ont tenté de descendre ces chutes dans différents appareils.


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L’un de ces aventuriers, qui Tentèrent le diable, (« Dare the dévil ») , Jean Lussier, en 1928, fit l’expérience de la descente des chutes du Niagara dans une sphère en caoutchouc.

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Or, une balle de tennis n’est rien d’autre (à l’origine) que deux demi hémisphères de caoutchouc, couverte de laine, c'est à dire la combinaison inverse de celle proposée par la chèvre et le pneu!!

Par une association d’idées confuses, la chèvre est donc devenue, l’espace d’un instant, l’espace d’un regard, un élément emblématique du paysage américain. Nous étions au Texas et nous voici rendu, en un clin d’oeil, à la frontière du Canada. Du coup, le plateau socle prend une autre signification : il est devenu un paysage ou tout évènement (même le plus trivial) est possible.

Ce tout est possible n’est-ce pas là, somme toute, le credo de ce pays où tout homme peut, si il le souhaite, acquérir une réputation et faire fortune ? Rauschenberg fut-il celui qui tenta le Diable?... Et si oui, de quelle manière ?

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L'angora de Bob (3)

Publié le par ap

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L’autre élément manifeste de Monogram est, bien évidemment la figure de la chèvre. Celle-ci disposée elle aussi sur ce plateau (ou plutôt encastré dans le plateau), est donc tout à la fois l’un des objets qui participe de ce portrait, mais aussi, par son envergure et sa situation centrale, une figure hiératique montée sur un socle.

La chèvre contrairement au plateau ne nécessite pas une vue plongeante, puisqu’elle se trouve dans le même plan que le spectateur. Par ailleurs, ceinturée d’un pneu et maculée de peinture au niveau du mufle, elle est, elle aussi, un assemblage et un support.

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Cette chèvre a une histoire qui, même si elle peut sembler être l’ordre de l’anecdote ou du gag, révèle en fait un lapsus que certains dadaïstes, tel Marcel Duchamp, auraient sans doute fort appréciée.

Robert Rauschenberg prétend avoir achète l’objet en 1955, à un marchand de fournitures de bureau new-yorkais, qui avait commandé par « erreur » ce produit.

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De cette chèvre angora, dont l’artiste a pris soin de nous donner l’origine en fixant sa plaque d’identité sur le plateau, juste dans l’alignement du postérieur de l’animal, nous savons qu’elle fut préparée par la Société « William Riddell & Son’s » pour le bénéfice de la manufacture de laine « Sanford Mills », dans le Maine.

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Passant sa commande à la compagnie Betty Mills, qui distribue notamment la maque Sanford’s, spécialisée en fournitures de bureau, le vendeur inscrivit sans doute Sanford’s Goat à la place de Sanford’s Boat (nom d’un flacon d’encre) et s’adressa de ce fait à la manufacture de laine qui porte le même nom.

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Chose amusante la forme du flacon d’encre repend celle d’un fer à cheval et une inscription souhaite bonne chance à l’utilisateur éventuel.

 

Ainsi donc, la pièce centrale de Monogram ne serait due qu’à un concours de circonstance qui fit qu’un flacon d’encre noire fut d’abord pris pour une chèvre blanche empaillée. Ce malentendu de départ, cette méprise sur l’objet, ou ce hasard objectif, qui est aussi la question sous jacentes des Combines peut renvoyer à cette expression « Prendre des vessie pour des lanternes » ou comme le suggérait Marcel Duchamp à propos du ready-made réciproque : « Se servir d’un Rembrandt comme planche à repasser »

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Mais revenons à la chèvre Angora, dont la qualité de la laine est à l’origine de l’artisanat du mohair, et qui doit son nom à celui de la région d'Ankara en Turquie, où elle y fut élevée pendant des siècles avant d’être exportée à partir du XVe siècle. Ce n’est que dans les années 1849 à1876 que les premiers spécimens furent importés sur le plateau d'Edward, au Texas.


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Il se trouve que c’est à la même époque que le grand père de Robert Rauschenberg débarque lui aussi sur le continent américain dans un état proche du Texas, la Louisiane ; il y épousera une indienne de la tribu Cherokee.

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La tète de la bête dans Monogram est, on l’a déjà dit, couverte de traces de peintures, rappelant en cela les décorations guerrière des tribus indiennes. La cage thoracique est ceinturée d’un pneu dont l’extérieur est badigeonné de peinture blanche. La première signification, liée au choix de cette chèvre, se trouve donc peut-être dans la collision de ces tout premiers signes qui marquent l’histoire de cette famille : l’immigration et le métissage.

La forme circulaire du pneu ainsi que l’association des éléments naturels de la toison évoquent par ailleurs les parures des hommes médecines indiens.

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Une autre allusion à la figure de la chèvre est peut-être trouvée en relation avec des mythes et des récits occidentaux dont on sait que Rauschenberg usa fort souvent dans l’élaboration de ces Combines.(Odalisk, Canyon…)

On pense bien évidemment à Amalthée la chèvre qui allaita Zeus enfant et dont une autre version,  celle Ovide, nous donne l’origine de la corne d’abondance.

On pense aussi et surtout à Pan, autre personnage de la mythologie grecque qui était considéré comme le dieu de la totalité, de la nature tout entière. Pan, figure au corps hybride de satyre (pieds de chèvre et cornes), à qui l’on attribue des comportements peu bienveillants, était donc celui capable de créer, par sa colère, un vent de panique. C’est à ce titre qu’il est aussi considéré comme dieu de la foule.

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Pan s’accouplant avec une chèvre - Herculaneum, Vers 100  av.JC

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Groupe statuaire d’Aphrodite,Eros, Pan -  Délos. Vers 100 av. JC.

Sur cette seconde reproduction on peut observer que Aphrodite lève sa chaussure pour repousser les ardeurs de Pan.

Mukhayyar ! (celle qui est choisie, la plus belle !) : voici le sens de ce verbe arabo-persan qui a donné naissance au mot mohair, nom de la toison immaculée de la chèvre Angora. Si la chèvre angora est donc peut-être par analogie « la plus belle », la comparaison avec Aphrodite peut donc ici s’expliquer en partie.

On se souviendra de la semelle collée dans le panneau de Monogram non loin de la chèvre, ainsi qu’une petite image de foule située près de l’un des bords.

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On observera cependant que certains visages de cette image sont cernés de petits ronds blancs un peu comme lorsque l’on souhaite identifier des personnes dans une foule, faisant écho en cela au pneu qui entoure la chèvre.

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Mascotte du Navire de guerre  Nevada, 1919

 

Cependant d’autres hypothèses sont, bien entendu, possibles quant à la chèvre. Elles seraient, cette fois-ci, plutôt à chercher du côté de la culture populaire américaine, comme par exemple ces attelages pour enfants ou cette figure marginale de « the goat-man » qui sillonnait le sud des Etats-Unis en compagnie d’un troupeau de chèvres, tirant avec lui un drôle d’attelage qui sans conteste aurait bien pu relever d’une Combine de Rauschenberg. 

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Attelages pour enfants, dans les années 1930, Texas

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The goat man, 1937. Floride

 

Ou encore ces machines insolites proposées par une firme américaine qui présente l’assemblage d’un mécanisme roulant surmonté d’une réplique de chèvre sur laquelle un individu assis était poussé par un autre.

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Enfin, on ne saurait ignorer l’effigie emblématique de l’Oncle Sam, dont la chevelure et le bouc blanc, évoquant la toison de la chèvre lui avait valu parfois le sobriquet de « Sam the Goat. »

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L'angora de Bob (2)

Publié le par ap

On l’a vu précédemment, les différents éléments qui constituent Monogram de Robert Rauschenberg sont à la fois liés, enlacés, mais conservent cependant une poche de significations, car les objets récupérés qui participent de ces montages savants, parfois d’ailleurs à la limite du maniérisme, ne sont pas seulement des matériaux, mais aussi parfois des mots ou des expressions. Volontairement dispersés ou enfouis, ils travaillent souterrainement à l’élaboration de ces Combines. Un examen plus attentif des éléments essentiels s’impose donc si l’on veut tenter de comprendre le sens ou les enjeux du travail  de Rauschenberg, et plus particulièrement de celui-ci.

 

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Robert Rauschenberg "Monogram", 1955-1959 
 

Le plateau-socle, est constitué de deux panneaux de bois de dimensions différentes, assemblés de façon à constituer un presque carré (64 x 64 cm environ). Lorsque l’on considère l’ensemble, en faisant face à l’animal, les tonalités qui composent le socle sont plutôt sombres : noirs, gris et bistres se chevauchent. La partie arrière est, elle, nettement plus lumineuse et colorée.


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Parmi les différents éléments fixés à la surface (certains sont collés, d’autres cloués et d’autre encore fixés avec des charnières ou des écrous), on peut en distribuer deux catégories.

D’une part des objets dont : une manche de chemise, un talon de chaussure, une balle de tennis, une planche (sur laquelle on peut lire des fragments de lettres peintes) et, de l’autre des reproductions issues de revues ou de journaux. L’ensemble est ponctué de traces de peintures qui relient (suturent) entre eux ces fragments.

 

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Le choix des objets, autant que celui des images, convoque l’image du corps soit par les bribes de vêtement inclus dans la composition (semelle d’une chaussure, manche d’une chemise), soit par la représentation directe ou indirecte de celui-ci.

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Par exemple, ces empreintes de pieds droits évoquent d’ailleurs de façon assez ironique la fameuse fiche d’identité judiciaire imaginée par Bertillon en 1883.


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Ainsi le plateau-socle de Monogram est un tableau horizontal, une mise à plat, qui semble bien contenir une série d’indices permettant d’envisager la question de l’identité d’une personne, sans doute celle de l’artiste lui-même, en demandant au spectateur d’en faire le tour.

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L'angora de Bob (1)

Publié le par ap

C’est un plateau sombre parcouru d’éléments divers : fragments de planches et de lettres, objets, extraits de journaux, le tout collé et ponctué de traces de peinture. Dessus, trône une chèvre angora ceinte d’un pneu. Le museau de l’animal est maculé de peinture.
Il s’agit de Monogram, un assemblage de Robert Rauschenberg datant de 1959 et qui fut acquit en 1965 par le musée d’art moderne de Stockholm.
 
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Robert Rauschenberg "Monogram", 1955-1959
Un assemblage ou Combine, comme Rauschenberg l’a définit lui-même, est une œuvre hybride intégrant diverse images ou objets du monde réel à un support peint, abolissant de la sorte les frontières entre peinture et sculpture. Le procédé n’est pas nouveau. Les artistes dadaïstes, et notamment Kurt Schwitters, avaient déjà transformé l’essai dès les années 1920, mais à y regarder de plus près, si le principe de combinaison des matériaux récupérés est de même nature, quelque chose pourtant dans la signification est différent.

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Kurt Schwitters « Recommandée »,1939

Chez Kurt Schwitters les collages procèdent avant tout d’un jeu formel : droites, courbes, creux, bosses, diversité des matières et des signes considérés sans hiérarchie de valeur, tout un matériel trouvé, retenu et utilisé pour participer à l’élaboration d’une image (et non d’un message). Chez Rauschenberg, chaque élément est d’abord choisi pour les sens possibles qu’il produira dans le jeu de l’assemblage et leurs différentes combinatoires.

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Robert Rauschenberg « Factum 1 et 2 », 1957
 

Autrement dit, si chez Schwitters, les fragments n’ont en soi qu’une importance relative (c’est l’effet général qui compte), chez Rauschenberg chaque élément est pesé, pensé pour ce qu’il est, disposé pour ce qu’il évoque de significations possibles.

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K. Schwitters « The worker », 1917

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R. Rauschenberg « First landing jump », 1961

 C’est au début des années 1950, au retour d'un voyage en Europe et en Afrique du Nord qu’il effectue avec Cy Towmbly, que Rauschenberg commence le cycle dit des Combines, aussi qualifiés de Junk art (art des poubelles). Celles-ci provoqueront, dit-on, un vrai scandale dans le milieu de la critique new-yorkaise, certains croyant y desceller une réaction au système de l'expressionnisme abstrait alors en vigueur. Ceci n’empêchera pas qu’en 1964, l’œuvre de Rauschenberg (dont le fameux Canyon 1957) fasse l’unanimité du jury du grand prix la Biennale de Venise (prix, qui pour la première fois d’ailleurs, ne revenait pas à un artiste français depuis sa création). Là encore c’est un véritable tollé : certains crient même à « la défaite totale et générale de la culture ».
Et pourtant, ce choix s’explique assez bien si l’on considère, avec le recul, le caractère très référencé (ou cultivé) et malgré tout impertinent de l’ensemble de ses œuvres et plus particulièrement celles de la période des Combines. Entre raffinement et brutalité, l’œuvre de Rauschenberg venait donner le signal d’un renouveau esthétique important et d’un retournement de l’axe géographique marchand. Désormais tous les regards se tournaient vers les galeries new-yorkaises.

Ce retour à la représentation qu’il effectue par l’insertion d’objets ou d’images collectées, « un tableau ressemble davantage au monde réel s'il est réalisé avec des éléments du monde réel.» dit-il, ne doit cependant en rien occulter la dimension abstraite, ou plutôt conceptuelle de ces montages.
Si des œuvres de la même période comme Odalisk, ou Bed semblent, en apparence, assez simple à déchiffrer, il n’en va de même pour Monogram. Rauschenberg y reviendra à plusieurs reprises avant de proposer la version que l’on connaît.

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Vue de l’atelier  “Front Street”à New York” 1958

Dans ce cliché, pris dans l’atelier de Rauschenberg en 1958, on peut en effet constater que la chèvre déjà munie de son collier en pneu est disposée contre à un panneau vertical (sorte de porte ou d’échelle pleine). D’autres pièces comme Odalisk, Bed, Interview, Sans titre de 1954, y sont aussi visibles. Dans cette première version dont nous ne voyons, hélas, qu’un côté, la chèvre semble adossée au panneau.

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En 1959, lors de la présentation de ses Combines à la galerie Leo Castelli, la chèvre est disposée sur plateau horizontal, monté sur roulettes, qui tient lieu de socle. Ce passage de la verticale à l’horizontale n’est sans doute pas anodin. Il permet dans un premier temps de créer une circulation autour de l’objet, tout en créant, par la largeur du plateau, une certaine distance avec le spectateur. De loin on peut voir l’objet comme une sculpture sur socle, de près, en tournant autour on regarde en plongée l’équivalent d’un tableau. Par ailleurs, rendu mobile par les roulettes, ce socle n’en n’est plus vraiment ni un socle ni une peinture, mais un véhicule au sens propre.

La notion de véhicule (en anglais) désigne aussi le médium, à savoir, autant le langage que les matériaux plastiques, et il ne fait aucun doute que Monogram est l’un et l’autre.

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L’orang-outan et plus

Publié le par ap - Philippe Agostini

« La vraisemblance ne m’intéresse pas. » Robert Pinget
 

La disparition des deux derniers spécimens de grands singes roux, Bagus et Mina, conservés dans un jardin zoologique eut des conséquences insoupçonnées sur l’organisation du monde des humains. On s’en doutait un peu, l’équilibre d’une civilisation tient souvent à la place de chacune des pièces qui en composent l’édifice.

Cela aurait pu être un crabe, un hérisson, un hippopotame ou un éléphant, mais il se trouve que c’est un couple de primates qui dénoua l’étrange destin de l’humanité.
Dans un sens, c’est normal car le terme primate (du latin primat, de primus) qui signifie premier, correspond au degré zéro de notre ordre, car ne l'oublions pas, l'homme fait partie de l'ordre des primates. Couper les racines et l’arbre tombe !

C’est en tous cas l’opinion de Albert Moindre, ce personnage qui déjà dans Oreille rouge, croyait avoir fait le tour de l’éléphant.
 
« Il ne lui avait fallu pas moins de quinze années, sans jamais ralentir le pas. Mais cette fois il arrivait au bout de son périple. Ne commençait-il pas à reconnaître des choses qu’il avait vues déjà, des gens et des lieux ? Il continuait pourtant. Car dès qu’il prenait la décision de s’arrêter et de poser son sac, le doute s’insinuait en lui : et s’il ne s’agissait que de ressemblances, de similitudes fortuites ? Et il repartait. Il allait voir plus loin. Le malheureux, il marche encore. A-t-on jamais fait le tour de l’éléphant? se demande Albert Moindre en allongeant le pas. »

Albert Moindre, dans Sans l’orang-outan n’est plus cet écrivain invité en résidence au Mali, mais un simple gardien de zoo. C’est à ce titre qu’il déplore la disparition des grands singes roux dont il avait la charge. Ce personnage récurent dans l’œuvre de Eric Chevillard (on trouvera ici et d’autres signes de son passage) peut nous faire penser que, somme toute, cette figure ductile pourrait être un double fictionnel de l’écrivain.
La première conséquence de la disparition des deux spécimens d’orang-outan est la critique à laquelle se livre justement le narrateur sur la question de la filiation et donc de son identité.

« A chaque instant je nais de leur accouplement et en même temps j’étouffe entre leurs deux corps embrassés, je meurs, dans cet étau je perds le souffle. Papa coincé dans maman, ce serait moi ? Vite, un sceau d’eau froide ! Vais-je passer ma vie dans leur lit, dans leur sueur ? Quand l’orang-outan vivait encore, il me restait au moins cette échappée, ce refuge hors de la prison cellulaire. Je pouvais sortir de mon corps. J’étais à l’aube de toutes les histoires. »

ou plus loin : 

« Les fils n'aiment pas leurs mères qui les ont enfantés ; ils n'aiment pas non plus leurs pères q'ils tiennent pour responsables aussi de ce triste état de fait.» 

Cette question en apparence anodine, et pourtant fondamentale à ce point précis du récit, nous donne me semble-t-il, l’une des clés du roman, d’autant qu’elle sera suivie par une interrogation du narrateur :

« Il y a eu erreur. Il y a eu méprise, c’est évident. […] Mais il y a eu méprise des forces universelles aveuglées par leur courroux et abusées par la ressemblance de l’homme et de l’orang-outan et qui ont précipité celui-ci dans cet abîme […]

Autrement dit, si méprise il y a eut, entre le quadrupède à poil roux et l’homme, c’est que celle-ci était possible puisque après tout ces deux là sont bien d’une même famille, d’une même lignée…

Ecrivant cela, je repense à cette pièce de Vercors écrite et publiée en 1964, Zoo ou l'Assassin philanthrope qui est une adaptation de son roman Les animaux dénaturés (1952) où, sur fond de fiction, le parallèle entre l’homme et le singe y est non seulement établit par la découverte d'un chaînon manquant, le Tropi, mais celui-ci devient surtout l’enjeu d’une réflexion de société débordant le seul caractère biologique.
Les conséquences de la disparition de Bagus et Mina se manifestent au second chapitre. Un monde effondré où tous les éléments sont hostiles et les comportements humains décrits à un stade régressif. L’homme ramené à l’état primitif vit dans une société sommaire et violente. Dans un paysage tantôt fait de poussière, de boue ou de glace, où règne la peur, des êtres déchus ou dégénérés rodent, se battent, survivent et copulent comme des bêtes. 

«Le pays renaît avec le jour et nulle perspective ne nous en délivre.[...] Il se confirme que toute fuite n'est possible que vers l'avant, à travers le pays maudit, au-dessus des obstacles et des pièges. [...] Vers l'avant, mais c'est alors une fuite sans terme, sans issue.»

Pourtant cette description d’un monde apocalyptique, n’est pas si éloignée du nôtre. Ce monde lui ressemble par bien  de aspects : sa hiérarchie, ses codes, ses implicites, son économie.

« Notre administration change de tête tous les six mois. Les hautes fonctions politiques ne sont plus auréolées d’aucun prestige, au contraire, nous évitons ceux qui en ont la charge. [...] nos doléances leur parviennent sous forme de cris et de projectiles. Nous exigeons que des mesures soient prises. Mais ils se gardent bien d’agir. Ils attendent que passe leur tour. 
[...] ces forêts de cadavres où nous aimons nous promener, seuls ou en famille, parce qu'elles rompent la monotonie de ces vastes étendues désolées.
»

Le troisième chapitre laisse espérer un sursaut de ce monde effondré. Réhabilité, dressé tel les idoles d’un culte païen, le couple empaillé d’orang-outan sert un moment à rassembler les foules. Pourtant ce simulacre ne tiendra que le temps de quelques rites.

« A l’insupportable réalité, nous n’avons su opposer qu’une illusion qui en est devenue l’exacte réplique. »

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Greenpeace  - Le prix de la faune et de la flore asiatique -

("96,00 / Le nombre approximatif d’orang-outans condamnés a mort chaque semaine.”)
 

Ce livre, contrairement à ce que j’ai pu lire dans certaines critiques, n’est pas un roman politique aux couleurs écologiques, et je ne suis pas certain que la conclusion du livre soit une réelle invitation à imiter les grands singes.
Dans ce roman de Eric Chevillard qui tient de la fable ou de la parabole, il m’a semblé retrouver l’esprit caustique de Robert Pinget et particulièrement cette façon de nous plonger dans un monde absurde, comme celui de Baga ou de Mahu, pour nous parler non de ce qui adviendra, mais de ce qui est déjà.
___

Eric Chevillard, Sans l'orang-outan , Les éditions de minuit.
L'autofictif (blog d'Eric Chevillard)

 

 

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Dsc03328.jpgHuile sur toile, 1998

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Le pourpoint en rouge (4)

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L’homme au pourpoint rouge avait 28 ans en 1646, il était donc né en 1518. En faisant le tour des différents gentilshommes ayant accédé au titre de Chevalier de la Jarretière, à cet âge là, il m’a semblé que le conte de Surrey, Henry Howard (1517-1547) pouvait être celui là.

Pourtant les premiers portraits que j’ai croisé de Henry Howard, tout trois de la main de Hans Holbein, le présentait plus jeune et donc pas très ressemblant à celui de l’homme au pourpoint rouge.

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H.Holbein « Henry Howard », 1533

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H.Holbein « Henry Howard », 1540


D’autres personnalités de cette époque auraient pu, par l’apparence, convenir davantage, ainsi par exemple William Paget (1505-1563), Henry Fitzalan (1511-1580) ou Thomas Boylen (1477- 1539) ou encore William Reskimer (1515-1564).

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Maître de Stätthalterin  “William Paget”, 1549  

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Hans Eworth « Henry Fitzalan » 1545

110206-barleduc.jpgHans Holbein “Thomas Bolyen” 1532


Pour les deux premiers, W.Paget et H. Fitzlan, ils était trop âgé en 1546 (44 et 35 ans), le troisième T.Boylen était déjà mort…

 

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Hans Holbein William Reskimer (1532)

Quant à  W. Reskimer, sa biographie succincte nous apprend qu’il devint en 1546 l’intendant en chef du palais de Henry VIII. Si le critère d’âge est plus probable et que l’évènement de sa nouvelle fonction méritait sans doute un portrait, rien pourtant dans ce portrait d’Holbein, ni par le costume ni par les attributs, ne le rapproche du portrait flamboyant de Hans Eworth.

« Mais qu’est-ce que vous regardez comme ça ?», m’a demandé, au bout d’un long moment, l’un des deux gardiens qui était resté pour me tenir compagnie. J’ai décelé dans sa voix une pointe d’agacement mêlée de curiosité.

Si je lui avait répondu « Je m’intéresse aux bagues », ne m’’aurait-il pas soupçonné de vouloir les voler ?




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Henry Howard, Conte de Surrey fut un homme politique et poète. Il reçut son titre par courtoisie en 1524, lorsque son père devint duc de Norfolk. H.Howard prit part à la guerre contre l'Écosse en 1542 puis,  en 1543, combattit dans les Flandres avec l'armée anglaise aux côtés de l'empereur Charles Quint, qui essayait de conquérir les Pays-Bas. En 1545 et 1546, il fut gouverneur de la garnison de Boulogne.


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Sarah Countess of Essex  (1766-1838), Henry Howard, d’après "Memoirs of the Court of Queen Elizabeth"


D'un tempérament vif et querelleur, il se fit beaucoup d'ennemis et fut emprisonné plusieurs fois pour mauvaise conduite. Arrêté avec son père sous de fausses accusations de trahison, il fut condamné à mort et décapité en 1547.

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Peintre inconnu « Henry Howard », 1947

 

Bien que n'étant pas fondamentalement un homme de lettres, Howard enrichit considérablement la littérature anglaise en introduisant de nouvelles formes poétiques. Ses poèmes d'amour, comme ceux de son contemporain sir Thomas Wyatt, montrent l'influence de modèles italiens. Tous deux sont à l'origine de la forme anglaise du sonnet (trois quatrains et un distique final). La traduction d'Howard des deuxième et troisième livres de l'Énéide de Virgile en vers non rimés de cinq ïambes utilise cette forme métrique pour la première fois en anglais. Quarante de ses poèmes furent imprimés après sa mort en 1557 dans « Songes et Sonnets »  et la même année parurent ses traductions de Virgile.
(Sources Encarta)

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Henry Howard me semble donc, selon toute vraisemblance, être le nom de ce gentilhomme anglais présent au musée de Besançon.

110206-barleduc.jpgHans Eworth « Gentilhomme Anglais », 1546

Son portrait en habit rouge correspondant assez bien à son titre de chevalier et sa main sur la garde de l’épée à sa fonction de gouverneur de Boulogne. L’autre main, posée sur le crâne, prend elle aussi tout sens lorsque l’on sait que à cette époque il traduisait Virgile (poète Romain) comme St Jérôme dans son cabinet traduisait la bible en latin. Quand au lion qui accompagnait St Jérôme, et qui pourtant est apparemment absent de la peinture, il se trouve pourtant matérialisé par le blason de l’Angleterre, le quel est précisément figuré sur la chevalière du gentilhomme.

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Le pourpoint en rouge (3)

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J’étais revenu voir l’homme au pourpoint rouge. Il m’attendait en haut de la rampe, baigné dans la lumière froide.

Par soucis du détail, je voulais vérifier ce qui était inscrit sur la chevalière du dit gentilhomme. A peine à genoux devant le tableau, non pour me recueillir, mais pour me tenir à la bonne hauteur de la main gauche, je me suis trouvé cerné par deux gardiens, tout prêts à m’arrêter.

« Pas trop près monsieur s’il vous plait ! » m’a dit l’un des deux hommes. Heureusement qu’il y a ce genre de garde-fous dans les espaces publics, car sans eux j’aurais sans doute plongé définitivement dans ce détail au point de m’y perdre, comme le relate Victor Segalen dans l’introduction de Peintures.

J’ai repensé à la jeune femme de l’autre jour qui me regardait en coin. J’eu préféré un instant que ce soit-elle qui soit là, aujourd’hui.

J’ai reculé de quelques centimètres, suffisamment pour qu’ils en fassent de même, puis, j’ai ouvert mon carnet et j’ai noté :



110206-barleduc.jpgL’inscription D.872.3.1.correspond au n° d’inventaire de l’œuvre et indique qu’il s’agit d’un dépôt du Musée du Louvre datant de 1872. AETATIS 28. est une inscription figurant sur le tableau de Hans Eworth, au-dessus de la date de réalisation (1546)  de ce dernier et qui donne en réalité l’âge de la personne représentée.

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Sur l’avant du béret, on remarquera la broche dorée retenant une plume blanche d’autruche et sur laquelle est figuré un cavalier.

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Le motif du cavalier fait référence à la figure de St Georges terrassant le dragon, motif iconographique qui a été utilisé en tant que patron des chevaliers par toute la chrétienté et plus particulièrement en Angleterre. Sous le règne de Edward III le motif devint l’emblème de la chevalerie avec notamment la création de l’Ordre de la jarretière. Progressivement St Georges finit par être assimilé au saint patron de la monarchie anglaise. St Georges luttant contre le dragon fut adopté par nombre de décorations ou frappé sur pièces de monnaie.

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Cherchant quelques informations supplémentaires sur l’ordre de la jarretière j’ai pu apprendre que cet ordre avait été institué par Edouard III en 1348.

 

Alors que le Roi dansait, au cours d’un bal, avec la la Comtesse de Sarisbery, la jarretière gauche de soie bleue de celle-ci  tomba sur son patin. Le Roi, galant, la releva promptement. Les Courtisans assistant à la scène eurent tôt fait de se moquer de ce geste, aussi pour couper court à toute moquerie supplémentaire, le roi qui ne manquait pas d’à propos déclara : « Honni soit qui mal y pense !». Pour donner suite, il institua l’Ordre de la jarretière qu'il composa de vingt-cinq Chevaliers.

 

Ils étaient vêtus d'une soutane de satin ou damas incarnat, le grand manteau de velours violet, le chaperon à gros bourrelet rond de velours rouge sur l'épaule droite. Le Manteau doublé de damas blanc, attaché par-devant à deux gros cordons avec deux grosses houppes de soie blanche traînait jusqu'à terre… Les brodequins et gamaches des chevaliers aussi de velours incarnat, et sous le genou de la jambe gauche une jarretière bleue brodée d'or et de pierreries, fermée à boucle et ardillon de fin or.

Le Roi Henry V. qui fut auteur du grand Collier de l'Ordre, le composa de roses blanches et rouges, nouées et entrelacées de noeuds en lacs d'amour, et le Roi Jaques sixième du nom des Rois d'Écosse, et premier de ceux d'Angleterre, y mit les chardons de l'Ordre d'Écosse au lieu de ces noeuds, pour joindre ces deux Ordres, et au bout du Collier pend un Saint George à Cheval ayant un Dragon sous les pieds.


Ce gentilhomme anglais ne devait donc pas être n’importe qui pour arborer ainsi ce haut signe de distinction…

Un couple est arrivé à ma hauteur je me suis donc écarté un peu plus du tableau ce qui a eu pour effet de libérer un peu mes gardiens. La jeune femme s’est penchée pour lire, comme je l’avais fait, les informations du cartel. « On ne sait pas qui sait... » a-t-elle commenté à celui qui l’accompagnait « …mais ils disent qu’il a 28 ans » s’est-elle exclamée, en jetant un œil vers le visage du gentilhomme pour s’assurer qu’elle avait bien lu, avant d’ajouter : « Hé bien ! On ne dirait pas ! »

[...]

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