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Mémoire en boucle (4)

Publié le par ap

On pourrait pour presque toutes les photographies de Jeff Wall recomposer les strates d’images qui tournent en boucle dans la mémoire collective. Il faudrait du temps pour recoller ces fragments épars, pour reconstruire le cheminement qui, de l’emprunt direct et visible à la constitution d’une nouvelle scène, masque souvent un propos plus abstrait, une question récurrente, celle précisément de toute image, qui une d’abord une fabrication. Chez Jeff Wall, c’est la densité d’informations sédimentées dans la mémoire qui travaille dans l’image et chez le regardeur.

J.Wall « Overpass », 2001 - Vito Acconici, Following Piece, 1969  D. Lange 1937  -  Jeff Wall « Mimic », 1982  G.Caillebotte « Le pont de l’Europe », 1876  -  G.Caillebotte « jour de pluie », 1876

J.Wall « Overpass », 2001 - Vito Acconici, Following Piece, 1969 D. Lange 1937 - Jeff Wall « Mimic », 1982 G.Caillebotte « Le pont de l’Europe », 1876 - G.Caillebotte « jour de pluie », 1876

Jeff .Wall « Gust of wind», 1993 –  Eggleston “Plastic bottles”, 1980  Hokusai « Ejiri_Suruga Province », 1830  -  Ansel Adams « Mimic », 1982  Ansel Adams « Timoteo canyon», 1876  -  Jeff Wall  « Bad goods », 1985

Jeff .Wall « Gust of wind», 1993 – Eggleston “Plastic bottles”, 1980 Hokusai « Ejiri_Suruga Province », 1830 - Ansel Adams « Mimic », 1982 Ansel Adams « Timoteo canyon», 1876 - Jeff Wall « Bad goods », 1985

Jeff .Wall « Volunteer», 1997 –  Gordon Park “Ella Watson”, 1948  Alvarez Bravo El color», 1966  -  Duane Hanson « Queenie », 1991  Joseph Beuys « Cleaning action», 1877  -  Jeff Wall  « Morning cleaning», 1999

Jeff .Wall « Volunteer», 1997 – Gordon Park “Ella Watson”, 1948 Alvarez Bravo El color», 1966 - Duane Hanson « Queenie », 1991 Joseph Beuys « Cleaning action», 1877 - Jeff Wall « Morning cleaning», 1999

Mais, finalement, il y a aussi (et surtout) la question du leurre dans lequel, on s’engouffre parce que l’auteur nous y invite.

Jeff  Wall « Destroyed bedroom », 1978

Jeff Wall « Destroyed bedroom », 1978

On veut bien croire comme l’indique Jeff Wall que la chambre dévastée de cette femme trouve son inspiration dans La Mort de Sardanapale, de Delacroix : le désordre organisé sur la diagonale, les accessoires repris et transposés en écho (matelas, statuette de la danseuse au voile, bijoux et parures), le chromatisme… Bref, tout y serait sauf les figures, ou plutôt, les figures seraient là mais en creux, celle de la femme à qui appartiendrait ces effets, et celle du responsable de ce saccage.

E. Delacroix "La mort de Sardanapale", 1828

E. Delacroix "La mort de Sardanapale", 1828

On peut même croire à l’anecdote qui relate que cette photographie fût réalisée après que sa compagne,Jeannette, l’ait quitté pour aller vivre avec un autre homme (voir cet essai). Ce serait alors une image trahissant la violence dévastatrice de l’amoureux éconduit et non du sacrifice…

R. Rauschenberg « Bed », 1955

R. Rauschenberg « Bed », 1955

Pourtant, contrairement aux apparences, rien dans cette photographie de Jeff Wall n’est le résultat d’une pulsion destructrice, mais bien davantage le celui d’une savante composition, d’une reconstitution presque plausible d’un désordre. Réalisée en studio, cette chambre est une boite, un cube ouvert, une scène de théâtre dont l’artifice n’est même pas dissimulé (la porte ouverte à gauche révèle les coulisses).
 

Paolo Uccello « Miracle de l'hostie profanée » (détail gauche de la prédelle), 1467-1468 / Jan van Eyck « Les époux Arnolfini », 1434
Paolo Uccello « Miracle de l'hostie profanée » (détail gauche de la prédelle), 1467-1468 / Jan van Eyck « Les époux Arnolfini », 1434

Paolo Uccello « Miracle de l'hostie profanée » (détail gauche de la prédelle), 1467-1468 / Jan van Eyck « Les époux Arnolfini », 1434

On peut aussi se souvenir que cette pièce, comme boite d’illusions, n’est pas un sujet si nouveau que ça dans l’histoire de la peinture et que de Uccello à Magritte, par exemple, les peintres ont entretenu cette vision des choses.

 

René Magritte « les valeurs personnelles », 1952

René Magritte « les valeurs personnelles », 1952

L’accumulation de détails (ombres, textures, motifs…), d’objets et de gestes (fracasser, éparpiller, éventrer, arracher, retourner…) qui compose l’ensemble de cette mise en scène pourrait aussi contenir des références plus ou moins directes à différents mouvements de l’art contemporain.

A gauche : Jeff Wall « La Chambre détruite » 3 détails, 1978 – A droite, de haut en bas : Arman « portrait de Iris Cler », 1962 – Clifford Sstill, 1946 -  Lucio Fontana « Tela rasgada », 1961

A gauche : Jeff Wall « La Chambre détruite » 3 détails, 1978 – A droite, de haut en bas : Arman « portrait de Iris Cler », 1962 – Clifford Sstill, 1946 - Lucio Fontana « Tela rasgada », 1961

/ M. Pistoletto « Vénus aux chiffons », 1969

/ M. Pistoletto « Vénus aux chiffons », 1969

Cette chambre détruite est donc bien plus que la simple reprise de l'acte barbare de Sardanapale vu par Delacroix, bien plus que mise en scène de l’histoire intime d’un couple déchiré, c’est un réel condensé de l’histoire du regard d’un artiste du 20e siècle.

[…]

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Jardin

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Cult  -  Juillet 2007

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Mémoire en boucle (3)

Publié le par ap

« La photographie réconforte ou rassure l’observateur lorsqu’il reconnaît qu’il s’agit d’un prélèvement infime dans le temps. Elle fascine lorsqu’elle reconstitue ou évoque les conditions mêmes de l’existence : effet de vraisemblance, filé, bougé, flou d’un mouvement souvent impossible à documenter ou à garder fixe. Les images de Jeff Wall ont cette présence ambivalente : elles ont ce rapport à l’instant et puis, à la durée. Tout y est extrêmement figé, saisi dans une fraction de seconde ou artificiellement suspendu, voire longuement immobilisé. L’artiste emploie les mots «staged», mis en scène, «directed», dirigé. Mais le malaise ou la fascination devant ses images naît de ce qu’il est difficile, voire impossible, de croire à l’instant fixé. Chaque image appelle un mouvement qui lui est propre. », indique Nicole Gingras dans son étude sur  l’œuvre de Jeff Wall.

 

Jeff Wall « Milk », 1984

Jeff Wall « Milk », 1984

Ici, le premier regard, ne serait-ce que parce que le titre nous y invite, se porte sur l’éclaboussure du lait. Celle-ci semble jaillir d’un sac en papier que la personne, assise à même le sol tient à la main. L’évènement semble d’abord appartenir au mouvement arrêté de ce liquide suspendu dans l’air.

C’est bien évidemment aux travaux de Harold Doc Edgerton que l’on pense tout de suite, à ses photographies stroboscopiques qui permettaient de saisir ce que l’œil humain ne pouvait, jusque là, percevoir, tant du point de vue de la taille des objets que de la vitesse et qui montrait ainsi un état inédit de la matière, gaz ou liquide figés et métamorphosés par la prise de vue.

H.D.Edgerton « Milk drop », 1937 /  H.D.Edgerton « Water in gobelet », 1934
H.D.Edgerton « Milk drop », 1937 /  H.D.Edgerton « Water in gobelet », 1934

H.D.Edgerton « Milk drop », 1937 / H.D.Edgerton « Water in gobelet », 1934

Cependant, il est tout aussi probable, comme l’on noté plusieurs commentateurs, que cette explosion blanche soit aussi associée aux drippings de Jackson Pollock, dont le photographe Hans Namuth a réalisé, dans les années 50, une série d’images de l’artiste au travail.
 

Mémoire en boucle (3)Mémoire en boucle (3)

La question qui se pose est donc celle d’une filiation improbable ou d’un rapport possible entre les prises de vues scientifiques de Edgerton et la gestualité lyrique de Pollock… Peut-être qu’une partie de la réponse tient dans les jeux des contradictions et des analogies formelles que Jeff Wall entretient si souvent dans ses photographies.

 
Jeff Wall « Sunflower » 1995

Jeff Wall « Sunflower » 1995

L’exemple de Sunflower qui semble relever de la nature morte et aiguille le spectateur vers le classique du genre que serait van gogh contient en fait une autre référence plus discrète, à savoir le plat de verre posé au pied du vase dont le motif est sans nul doute l’équivalent de la fameuse goutte de lait de Edgerton qui elle-même ressemble à une sorte de fleur, presque à une fleur de tournesol d’ailleurs.

 
Mémoire en boucle (3)

Toujours à propos de l’explosion de lait, dans la photographie de Jeff Wall, on peut encore évoquer cette peinture de David Hockney A bigger splash qui, tant par le sujet que par la notion d’évènement, est finalement très proche de la question de Milk.
 

David Hockney « A bigger splash », 1967David Hockney « A bigger splash », 1967

David Hockney « A bigger splash », 1967

Au premier plan de la géométrie froide et lisse d’une villa californienne, une gerbe d’eau produite par un plongeur vient, comme dans un instantané photographique ou un arrêt sur image, inscrire un intervalle temporel en l’absence de toute figure. Seule la trace fugace que laisse sur l’écran plat et bleu de la piscine celui qui vient de plonger, agit, conjuguant le temps et l’espace, comme une déflagration de ce décor aseptisé.

Chez J.Wall, c’est cette même impression d’accident (d’incident) qui fait basculer cette scène de l’ordinaire à l’extraordinaire. Que s’est-il donc passé pour que le lait que tient à la main cet homme explose ainsi, car rien dans le geste de sa main droite n’indique ni mouvement intempestif, ni une pression quelconque sur le sachet qu’il tient. Son bras gauche par contre, son poing ainsi que la mâchoire de cette personne sont visiblement contractés.

 

Mémoire en boucle (3)

 

On pourrait aussi chercher à savoir ce que fait là cet homme, assis à même le béton, et qui il est. Sa pose (repliée), sa tenue vestimentaire (sans chaussettes ni lacets), son apparence négligée (cheveux gras, barbe de plusieurs jours) pourrait donner à penser qu’il s’agit là d’un clochard… mais rien n’est moins sûr.

La seule chose finalement que nous pouvons constater, c’est que la violence contenue dans la posture de cet homme (révolte, désespoir, solitude ?...) contrastent avec la rigueur de l’appareillage d’un mur de briques aux joints impeccables. Là encore le jeu des contraires : ordre et désordre, immobilité et mouvement (voirel’ immobilité du mouvement !) constituent les deux versants de cette image, un peu comme dans cette peinture hyperréaliste de Robert Bechtle (« Stcuco wall », 1977) qui pourrait lui servir de contre-champ.

Pourtant, cette vision proposée par J.Wall  - car somme toute, cette image qui n’a rien de documentaire est bien de ce registre là – inattendue et pourtant si familière de la détresse, ne doit cependant pas masquer la dimension implicite de cette mise en scène.

 

 

A. L. Rawson “Fist”, 2003 / Andreas Serrano “Ejaculation in trajectory”, 1989 / Marcel Duchamp “Paysage fautif”, 1946A. L. Rawson “Fist”, 2003 / Andreas Serrano “Ejaculation in trajectory”, 1989 / Marcel Duchamp “Paysage fautif”, 1946A. L. Rawson “Fist”, 2003 / Andreas Serrano “Ejaculation in trajectory”, 1989 / Marcel Duchamp “Paysage fautif”, 1946

A. L. Rawson “Fist”, 2003 / Andreas Serrano “Ejaculation in trajectory”, 1989 / Marcel Duchamp “Paysage fautif”, 1946

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Mémoire en boucle (2)

Publié le par ap

Si le sujet de la photographie Storyteller, de Jeff Wall, portait sur la question de l’exclusion, de la marginalité ou de la survivance de ces fonctions ancestrales de la culture amérindienne (à la fois cultuelles et culturelles) dans la société contemporaine - autant d’ailleurs que les bribes iconographiques qui composent la mémoire de la  culture occidentale -  on peut retrouver dans Tattoos and shadows, la reprise d’une thématique analogue.

 

Jeff Wall « Tattoos and shadows », 2000

Jeff Wall « Tattoos and shadows », 2000

Ces trois personnes installées dans un jardin, à l’ombre d’un feuillage, apparaissent, dans une certaine mesure de part leurs postures respectives, comme un écho aux références déjà croisées dans Storyteller : Manet, Courbet ou Cartier-Bresson (dont j’avais oublié de signaler cette image…) et donc aussi, par conséquent, comme une auto-citation...

Mémoire en boucle (2)
Mémoire en boucle (2)
Mémoire en boucle (2)

A celles-ci s’ajoutent cependant deux autres éléments :  la végétation dont le jeu de lumière convoque celui d’un autre déjeuner sur l’herbe, celui de Monet, avec notamment la présence des bouleaux, et une chaise, dont le motif des ferronneries est assez proche de celui d’une autre peinture de Manet (Le jardin des Tuileries, 1862).

Mémoire en boucle (2)

La photographie, ainsi construite par fragments cités, pourrait donc n’être qu’une simple réactualisation du sujet chers aux Impressionnistes ou aux Naturalistes, mettant l’accent sur les découpes de lumière qui baignent cette scène bucolique, si ce n’était que deux des trois personnages présents (la femme de gauche et l’homme, tous deux de type occidental) arborent sur les bras des tatouages…

Mémoire en boucle (2)

...tandis  que sur le t-shirt de l’homme, plongé dans la lecture, on peut lire le nom de Bukowski.

Mémoire en boucle (2)
Mémoire en boucle (2)
Il s’agit de Charles Bukowski, romancier et poète américain (1920 -1994) dont les écrits, souvent autobiographiques, témoignent d’une vision de la vie qui est sans concessions, sans illusions, sans naïveté. S’y mêlent l’alcoolisme, les errances, les angoisses, le sexe et la folie. Souvent considéré comme un écrivain de la beat génération, cette figure marginale et révoltée de la littérature américaine n’a pourtant jamais appartenu à ce mouvement…
Mémoire en boucle (2)

Une fois encore c’est dans la confrontation des stéréotypes et des codes culturels que s’élabore Tattoos and shadows , avec ce double mouvement temporel (passé / présent) et culturel (orient / occident) qui nous fait nous interroger le caractère ambiguë des sujets représentés : figures tatouées, adepte d’une littérature subversive, sagement assises dans le jardinet d’un pavillon d’un quartier résidentiel, buvant de l’eau minérale*…  

De même, chose étonnante, la seule personne du trio qui ne porte pas (en apparence) de tatouage est la jeune femme de type asiatique, allongée au pied du bouleau, alors que précisément cette tradition de marques corporelles, trouve son origine dans les îles du Pacifique.

Mémoire en boucle (2)

Image ironique d’une société paradoxale dont la révolte semble davantage s’exprimer dans les signes extérieurs que dans le comportement, dans l’ombre du souvenir qu’elle affirme dans une sorte de vraisemblance.

______

* la quasi-totalité des photographies de Bukowski nous le montre en effet une bouteille d'alcool à la main…

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Boite A Pandore (10)

Publié le par ap

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Mémoire en boucle (1)

Publié le par ap

Comment se raconte aujourd’hui l’histoire de la peinture ?  Voilà bien une question qui me tarabuste depuis longtemps. Mais d’abord est-il possible de raconter l’histoire de la peinture autrement qu’en faisant des peintures. Sur ce point je n’ai personnellement pas d’autres réponses que celle qui consiste à en faire : donc je peins, et peignant, je croise les questions des peintres et parfois il m’arrive d’en parler. C’est idiot, je sais, mais c’est la seule réponse que j’entrevois vraiment.

Par contre, je sais que d’autres ont préféré déplacer cette question en choisissant d’autres médiums, d’autres registres. C’est, entres autres, me semble-t-il, le cas du photographe Jeff Wall.

***

Né en 1946 à Vancouver, Jeff Wall réalise, depuis la fin des années 70, des images photographiques qui puisent autant dans l’univers de la littérature, du cinéma que de la peinture.

Jeff  Wall « History in miniature », 2001

Jeff Wall « History in miniature », 2001

Les images de grand format, transposées sur une plaque transparente, sont souvent présentées dans des caissons lumineux.
 
Mémoire en boucle (1)
Les œuvres de Jeff Wall, loin d’être de simples prises de vues instantanées, procèdent d'une mise en scène élaborée, rigoureuse et savante.
Jeff  Wall «Storyteller », 1986

Jeff Wall «Storyteller », 1986

Ici, en contrebas d’une passerelle d’autoroute, des personnes, par petits groupes, se reposent ou discutent autour des restes d’un feu de camp ; à l’écart se tient un homme seul.

Ce espace en plein air est quelque peu inattendu pour venir se détendre car, si dans la partie gauche de l’image, la végétation semble présenter des conditions habituelles (ou favorables), sur la partie droite, la masse de béton du pont routier (dont on imagine le bruit du trafic) contredit immédiatement l’hypothèse de toute quiétude.

Mémoire en boucle (1)
Comme l’ont déjà souligné plusieurs observateurs, si il semble à priori évident que le scène, à l’extrême gauche de la photographie, se réfère à celle du Déjeuner sur l'herbe de Manet, un autre couple, situé à l’arrière plan évoque, d’une certaine façon, Les demoiselles à la rivière de Courbet.

 

Mémoire en boucle (1)

La présence du pont, à droite, renvoie d’avantage me semble-t-il, aux sujets de certaines peintures impressionnistes, comme par exemple cette étude du Pont d’Argenteuil de Monet datant de 1874.
 

Mémoire en boucle (1)
Réalisée en 1986, la photographie de Jeff Wall, apparaît donc comme une sorte de télescopage entre plusieurs propositions, plusieurs espaces ou plusieurs visions du monde, tous étant cependant correspondant historiquement à une période de grands bouleversements esthétiques pour l'époque moderne.

Aussi, à première vue, elle semble relever d’une question simple sur la place d’une Nature dans cette Culture urbaine, question qui n’est cependant pas si éloignée de ce que Monet, Seurat ou Caillebotte avaient déjà pointé discrètement, dès la fin du 19e, à savoir que la présence des machines à vapeur ou des fabriques façonnaient déjà un nouveau paysage.

Seurat « Baignade à Asnières », 1884 / Caillebotte  « Fabriques à Argenteuil », 1887 / Monet "Pont d’Argenteuil",1874
Seurat « Baignade à Asnières », 1884 / Caillebotte  « Fabriques à Argenteuil », 1887 / Monet "Pont d’Argenteuil",1874Seurat « Baignade à Asnières », 1884 / Caillebotte  « Fabriques à Argenteuil », 1887 / Monet "Pont d’Argenteuil",1874

Seurat « Baignade à Asnières », 1884 / Caillebotte « Fabriques à Argenteuil », 1887 / Monet "Pont d’Argenteuil",1874

Cependant, cette photographie ne prétend pas seulement mesurer l’écart ou la distance qui séparent ces époques révolues de la notre, mais bel et bien prendre acte des enjeux sociaux qui animent la société canadienne aujourd’hui et, plus précisément, interroger la survivance de la culture amérindienne.
Jeff  Wall «Storyteller (détail) », 1986

Jeff Wall «Storyteller (détail) », 1986

The storyteller, comme l’indique le titre de cette image, renvoie en fait directement à la figure du conteur indien dont le rôle a peu à peu disparu, relégués aux marges d’une société occidentale davantage préoccupée par l’essor technologique et économique. Pourtant, comme l’ont montré les anthopologues, il arrive que cette figure archétypale du porteur de l’histoire d’un peuple retrouve parfois sa fonction lorsque cette société est en crise. Le conteur devient alors celui qui, ravivant la mémoire et les valeurs anciennes, par le récit des mythes et des légendes redonne le sens perdu (ou enfouit) de l’harmonie du monde et de l’esprit du collectif.
M.L Laing et Howard Terpning "The Storyteller"M.L Laing et Howard Terpning "The Storyteller"

M.L Laing et Howard Terpning "The Storyteller"

Prenant appui ou prétexte des clichés de histoire de l’image occidentale (des clichés plus que des œuvres elles-mêmes), c’est le décalage entre primitivisme et modernité, spiritualité et matérialisme, que pointe ici, avec un regard critique Jeff Wall car, comme l’exprime la pensée indienne pour laquelle il n’existe ni temps linéaire, ni aucune apologie du progrès : "Tout est cycle et renouvellement et nécessairement chaque cycle arrive à un terme avant de pouvoir envisager le renouveau."
[...]

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Tueur au salon

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« Je savais que le tueur m’attendait dans le salon noyé d’obscurité. Je le sentais. Il était même assis dans mon fauteuil favori, juste devant la télé. Aussi n’ai-je pas pris la peine de donner de la lumière en rentrant. À quoi bon ? Cela n’aurait fait que confirmer une hypothèse désagréable. Il y a bien assez de soucis dans la vie pour s’en infliger davantage, non ? Je me suis toujours bien portée d’appliquer cette philosophie. Du moins, jusqu’à présent…

Je suis donc allée directement dans la cuisine. En plus, j’avais faim. Je me suis fait deux œufs sur le plat avec une tranche de bacon. J’ai mangé avec appétit. Ça m’a semblé bon. J’ai arrosé ce festin d’un trait de bordeaux.
Une bonne chaleur m’a envahie aussitôt et je me suis sentie en sécurité. Pendant que je mangeais, j’avais presque oublié la menace. C’est rassurant de mastiquer. Un réflexe primaire d’auto-conservation, sans doute.

En faisant la vaisselle, j’ai allumé machinalement la radio. Justement, la chaîne diffusait le flash d’infos que j’avais entendu dans l’auto. » […]

 

[Extrait de la nouvelle de Michel Lamart, Tueur au salon, publiée sur le site Liberation.fr (16/07/07)]

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Boite A Pandore (9)

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Images à dormir debout

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Edward. H. Mitchell 1910


Au début du 20eme siècle, apparaît aux Etats Unis une imagerie un peu particulière. Des fruits ou des légumes, des animaux hors échelle sont disposés dans des petites scénettes côtoyant les habitants du cru. Certaines d’entre elles sont amusantes, d’autres inquiétantes, mais toutes se veulent assez vraisemblables, malgré les effets de disproportions.


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William H Martin, 1908

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William H Martin, 1909

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Alfred Stanley Johnson, 1915

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Alfred Stanley Johnson, 1915

Il s’agit en fait de simples photomontages qui étaient destinés à être reproduits, puis diffusés sous forme de cartes postales.

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Alfred Stanley Johnson (avant et après montage), 1913

Certains de ces montages sont retouchés à la peinture, d’autres sont colorisés pour renforcer le principe de mystification ou d'illusion.

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Edward. H Mitchell, 1909

dsc04514.jpgKing Archer, 1908

 
Connues sous le nom de Tall Tale postcard’s, ces cartes postales proposant des histoires à dormir debout, étaient destinées, sur le ton de l’humour, à façonner une certaine identité locale en vantant les productions ou les ressources spécifiques d’une région.

Cette imagerie en vogue connu un déclin après la seconde guerre mondiale, laissant la place à des moyens de communication plus sophistiqués... ou moins surréalistes.

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William H Martin, 1909

(L’ensemble des images ici reproduites proviennent du Site du Wisconsin )
 

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Flash back on White

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M. Bourke-Whithe, 1937

M. Bourke-Whithe, 1937

(Tout part ici d'une photographie de Margaret Bourke-Whithe prise lors des innondations de Louis-ville en 1937 et d'une question sur l'auteur de l'affiche qui se trouve en arrière plan des personnes alignées.)

Il semble que l'auteur de cette image pour l'affiche soit Frederic Stanley.

Frederic Stanley

Frederic Stanley

Frederic Stanley (1892-1967) réalise, en 1933, une série d’encarts publicitaires* pour une marque de carburant, dans un graphisme est assez proche de celui de Norman Rockwell.

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*Je n’ai malheureusement pas retrouvé toutes les planches publicitaires de la série, mais seulement les vignettes qui déclinent vraisemblablement les différents arguments du produit : puissance, vitesse, liberté...

Flash back on White

Cette autre illustration, qui date de 1935, anticipe l’une de celles utilisée pour la campagne de la National American of Manufactured, en 1937.

Flash back on White
Flash back on White

Pourtant, paradoxe de l’époque (mais s’agit-il seulement de cette époque là ?), tandis qu’une certaine partie de la population vie dans des conditions de pauvreté exceptionnelles, les panneaux publicitaires (sous les quels certains trouvent un abri) décrivent et proposent une toute autre vision des choses en évoquant « Le plus haut niveau de vie du monde »

Famille ruinée, Arkansas (FSA)

Famille ruinée, Arkansas (FSA)

En fait, dès 1935 la FSA (Farm Security Administration), suite aux effets de la Grande Dépression et dans le cadre du New Deal, avait mandaté plusieurs photographes (dont Walker Evans, Dorothea Lange, Arthur Rothstein, Gordon Parks, John Vachon…)  pour faire un état des lieux de l'Amérique rurale, gravement touchée par cette crise majeure.

C’est notamment dans ce cadre que Dorothea Lange réalisera de nombreux clichés non seulement l’état de misère de la population, mais aussi du paysage Américain...

Dorothea Lange, 1936

Dorothea Lange, 1936

Les images de files de chômeurs attendant de l’embauche ou celles de civils se présentant à la soupe populaire ne sont donc pas si rares que ça en cette période…
Flash back on WhiteFlash back on White
Flash back on White
Walker Evans 1937 / Locke Edwin  1937  - FSAWalker Evans 1937 / Locke Edwin  1937  - FSA
Walker Evans 1937 / Locke Edwin  1937  - FSAWalker Evans 1937 / Locke Edwin  1937  - FSA

Walker Evans 1937 / Locke Edwin 1937 - FSA

Il n’est donc pas étonnant (à mon avis) que l’image de Margaret Bourke-White, faite lors de l’inondation de Louisville, en janvier 1937, viennent naturellement participer de ce regard critique des photographes américains de cette période, en réalisant, il est vrai, une remarquable synthèse.
 

Flash back on White

Lorsque l’on regarde le travail de cette photographe allemande, on est en effet frappé de constater que souvent, et même dans les situations les plus dramatiques, l’image comporte une grande maîtrise de composition qui la hisse quasiment au statut d’emblème ou de mise en scène… Aussi, à vrai dire, ai-je longtemps soupçonné l’auteur de cette photographie d’avoir procédé à un "montage" tant la dimension idéologique, semble prendre le dessus sur la réalité des évènements.

M.Bourke-White  «Juifs prisonniers, Buchenwald », 1945 / M.Bourke-White “ Suicide du Dr Kurt Lisso et de sa famille », Leipzig, 1945
M.Bourke-White  «Juifs prisonniers, Buchenwald », 1945 / M.Bourke-White “ Suicide du Dr Kurt Lisso et de sa famille », Leipzig, 1945

M.Bourke-White «Juifs prisonniers, Buchenwald », 1945 / M.Bourke-White “ Suicide du Dr Kurt Lisso et de sa famille », Leipzig, 1945

Et puis en cherchant un peu, j’ai trouvé ces extraits dans un reportage cinématographique datant de 1937, et, il est fort probable que ce soit à cet endroit de Louisville que l’image a été réalisée, même si la scène (très courte) qui s’y déroule est plus chaotique que sur la photographie...

Flash back on White

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