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Lente reprise (2)

Publié le par ap


étude du 230107

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Voltera USP-P14

Publié le par ap


(photographies de Patrick Faugeras - 2006)

C’est sur les murs de la cour intérieure de ce pavillon, aujourd’hui désaffecté, envahi par la végétation, que se trouve le travail graphique de Fernando Nanetti.

Durant les 15 années où il fût interné dans l’unité de soins psychiatriques de l’hôpital de Volterra, en Toscane, celui-ci grava dans le crépi, à l’aide de la boucle de son ceinturon, une suite étrange de signes composant son journal intime. Patrick Faugeras travaille actuellement à la publication de deux ouvrages sur ce sujet.


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cliché 22

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31

Entre certaines pages du livre j’ai glissé, en guise de marque page, quelques clichés. Ce sont des photos que j'ai réalisé  il a une vingtaine d'années. C’est en regardant les images publiées dans ce livre que j’ai eu envie de les rapprocher.

De temps à autre je feuillette les pages comme on le fait avec un sketch book. Les rectangles de différents formats et dimensions, se mettent à danser. Toutes ces histoires se confondent et j’imagine que toutes n’en font qu’une seule. Le récit d’une vie comme dans un album de famille. Il y a des nourrissons, des chiens, des saisons, des voyages, des paysages et des portraits, des coups de lumière, des figures floues, des parents, des fiancés, des lieux, des gestes…

Il y a cette pièce photographiée depuis le seuil. Au pied de la porte vitrée - dont seul le chambranle de bois est encore en place - le sol est jonché de débris de plâtre. Au-delà du jeu de cadres vides des battants de cette porte, une pièce dans la semi pénombre témoigne du même état de délabrement. Dans un coin, le croisillon en contre-jour d’une fenêtre.

« C’était là », est l’expression qui me vient sans réfléchir. Un lieu déserté, abandonné, en ruine qui fut la maison vivante de quelqu’un, d’une famille. L’appartement était vaste, clair et cossu. Des tapis et des lustres,  des meubles cirés surmontés de bibelots de porcelaine, de compotiers sur des napperons ouvragés, des divans profonds, des fauteuils de velours cramoisis, de lourds rideaux retenus avec des cordons. Et puis des fruits sur la table et des odeurs de cuisson venant de la cuisine, le son d’un piano hésitant, des voix d’enfants, le cliquetis des couverts…

Je sais que c’est idiot et naïf mais, il y a peu, travaillant à la mise en page d'un livre de Patrick F. observant les photographies d’un pavillon de soin abandonné de l’hôpital psychiatrique de Voltera, je m’étais déjà fait cette réflexion sur les souvenirs des bruits qu’un lieu conserve, bien après sa fonction… Tous les lieux à l’abandon se ressemblent, tous n’ont pourtant pas la même mémoire sonore*.

(suite à une remarque de C.G., un lien vers ce site)


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le tas des lieux (1)

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cliché 21

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29

Derrière le carreau froid

la branche pliée du bambou

trace des signes énigmatiques sur la neige.



30

J’ai ouvert sur la table le livre d’images trouvées à la page 213. Une ruelle blanche traverse en oblique un carré scandé par deux verticales sombres. C’est un paysage de neige qui m’évoque la vue que j’avais de la fenêtre de ma cuisine à Montigny le roi. La verticale centrale est un poteau en béton - de ceux qui ressemblent à des échelles -  et dont les niches en creux sont couvertes d’un dépôt blanc. On dirait une boutonnière !

Sur celui que je voyais depuis ma fenêtre, un couple de tourterelles avait fait un nid entre la boite du transformateur et le coude métallique du lampadaire greffé au poteau.

Sur la gauche, un tronc noir, nu, noueux, qui ressemble à une trace d’encre de chine sur du papier de riz s’étire elle aussi verticalement. De l’autre côté de la ruelle vide, la masse grise des maisons se confond avec les silhouettes de hauts arbres qui, étrangement, semblent avoir encore tout leur feuillage.

Ici, dans le silence étouffé, la morsure du froid - que l’on devine, que l'on ressent presque - pèse autant que la solitude.

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Effet feutré

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Notes sur J.Beuys, mai 1986

(Schneefall – 1965)

Une de mes premières fascinations pour la neige date d’une époque où pourtant je n’en n’avais jamais vu en vrai. Aussi étrange que ce la puisse paraître c’est une sculpture de Joseph Beuys qui en est à l’origine.

Trois branches de sapin posées au sol sont recouvertes de trente deux couvertures. Le volume produit par l’empilement successif de ces rectangles de feutre est en tout point semblable à celui que de la neige tombée en abondance. La couverture et le feutre évoquant par un saisissant raccourci du langage - pas feutrés et couverture de neige - la nature particulière de cet élément : particules agglomérées constituant une masse compacte.

J’aime l’idée que l’enfouissement passager dû à cette enveloppe liquide, rendue compacte par le froid, gomme – ou lisse - les formes au point de les faire disparaître.  C’est cet estompage par le dépôt  (la couche) de neige qui me fascine.

De même, dans la « Chute de neige » de J. Beuys, les trois branches recouvertes de ces peaux de feutre deviennent un seul corps enseveli.

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Lente reprise

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230107

La neige qui tombait depuis six heures du matin mis seulement quelques heures à former un tapis suffisant pour que, seul le repli dans l’atelier de Vincent soit la façon la plus agréable d’attendre que les caprices du ciel s’apaisent. 



Sur l’une des étagères, j’ai retrouvé la boite en carton contenant les tubes de couleurs, les palettes de papier et les pinceaux. J’ai déballé tout le bazar avec une petite appréhension. J’ai observé la trace de pression sur le corps des tubes qui les avait laissé froissés, dans la même position depuis sept mois. Avec la lame d’un couteau, j’ai fait sauter la goutte dure d’huile qui avait séché au col du tube.
La pâte colorée a effectué une lente poussée, un peu comme un abcès que l’on crève, une cicatrice que l’on ouvre. Vincent a tiré d’un coin de la pièce un petit châssis neuf qu’il a posé sur le chevalet pendant que versais un verre de térébenthine au fond d’un verre à whisky.  

Nous avons travaillé toute l’après midi, chacun de son côté, à arpenter l’espace granuleux d’un coton tendu qui se remplissait peu à peu. Dehors les flocons descendaient toujours.
La nuit était tombée depuis au moins une heure quand un état d’équilibre assez satisfaisant a retenu le dernier coup de pinceau.

Assis à bonne distance, sur le fauteuil rouge, j'ai regardé tout ça en me demandant, comme à chaque fois, comment ça pouvait bien  tenir...

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Quoi que Friant dise...

Publié le par ap



"C’est un canal ordinaire, comme il y en a tant, bordé ça et là par de grands arbres dont les racines fouillent les berges et les crèvent parfois. C’est un chemin liquide qui sort de la petite ville pour aller dans la campagne, sous des nuages blancs, et finit par se perdre dans le ciel sans drame ni grand éclat. ", peut-on lire, dès la première page de ce petit livre intitulé, « Au revoir Monsieur Friant* » de Philippe Claudel, dont j’avoue que, jusqu’à hier au soir je n’avais jamais croisé l’écriture.

Ce texte court pourrait à première vue n’être qu’une évocations de souvenirs d’enfance ou d’adolescence du narrateur. Les figures d’une grand-mère, d’un père disparu, d’une mère attentive et discrète y sont convoqués, le tout ponctué d’amourettes enfantines ou  d’un amour platonique déçu… Mais la particularité ici réside dans la façon dont ces différentes bribes qui constituent le parcours d’un homme ordinaire – quoique bon écrivain – est tissé autour, ou à partir, de l’œuvre d’un peintre.

P.Claudel prend en effet comme prétexte (mais ce mot est faible – argument ?-) une série de peintures de Emile Friant (1863-1932) - peintre naturaliste d’origine lorraine, dont la plus-part des oeuvres se trouvent au Musée des Beaux-arts de Nancy - non pour illustrer son propos, mais bien d’avantage comme appui et espace de résonance, miroir et sédiments en image d’une autre histoire, d'une autre mémoire (celle des sujets de ces peintures ) qui, par bien des points, se confond avec la sienne.

Pour ma part, n’ayant jamais vraiment été sensible à la peinture de Friant (pas friand du tout, pour être totalement honnête), je redoutais d’avoir à passer une partie de la soirée dans le vernis sec et le poli cireux du souvenir que j’avais gardé de ces peintures. Mauvais préjugé et bonne pioche : la lecture de ce texte ciselé et subtil, même si il ne m’a pas fait changer d’avis sur ces peintures, a le grand mérite de leur redonner le souffle qui à mon avis leur manque ainsi qu’une chair et une profondeur.

*comme un clin d’œil à peine dissimulé à un tableau de Gustave Courbet.

( Aux Editions Nicolas Chaudun)


Publié dans livres

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cliché 20

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28


Le sapin est illuminé, mais ces guirlandes ne sont plus les siennes. Elles débordent le petit triangle de l’arbre et bavent, de droite et de gauche sur les personnes et le décor de la pièce en une série de lignes lumineuses qui rayent horizontalement la scène. Perforation et incandescence.

Celui qui cherchait à retenir le souvenir de l’instant heureux de cette fête brouille donc involontairement son sujet par une double prise de vue : l’une, sans doute réalisée avec un long temps d’exposition, étant superposée à la seconde.



Comme d’autres, contenues dans ce livre (photo trouvée), celle-ci appartient encore à une mémoire collective des images ratées, des actes manqués. Nous assistons donc à un irrévocablement perdu, ici au pied de la lettre, car il est aisé d’imaginer que cette image n’aura pas rejoint l’album de famille où elle était censée trouver sa place entre les photographies de baptêmes, communions et autres noces

Publié dans notes sur clichés

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cliché 19

Publié le par ap


27

Une fenêtre fermée. Deux figures emboîtées. Une pièce dehors. Tout ça superposé sur quelques centimètres carrés. Pas moins, mais sûrement beaucoup plus !

Sur les masses noires se découpe la silhouette d’un buste de profil, sur lequel viennent se superposer les motifs d’une sorte d’escalier, des roches, la forme effilée d’arbres (des peupliers ?) et quelques fragments épars d’un motif ornemental suggérant une ferronnerie de grille. Dans ce qui semble être un parc (ou un jardin), une autre figure de profil, plus petite, vêtue d’une robe blanche, tenant à la main un livre, est assise sur un bloc de pierre. La masse sombre en contre-jour de la première figure semble être, littéralement, habitée par la seconde au point que le contour du visage de l’une se superpose à celui de l’autre.

Confusion spatiale que seule une probable surimpression de prise de vue sur un même négatif (une même plaque ?) a pu rendre possible. Alchimie du hasard qui, mettant l’une dans l’autre, écrase la temporalité, ou plutôt rend tangible la profondeur temporelle, ici et là-bas étant soudain tout à l’heure et maintenant.

L’accident photographique ici destructeur du sujet (des sujets) mais révélateur d’un laps et simultanément d’une histoire, même si c’est dans ses lacunes.



J’ai retrouvé ces jours-ci, dans les pages d’un carnet, cette autre photographie, montrant Odile dans sa chambre de la citée universitaire à Aix en Provence vers 1986. Si l’effet (la superposition) semble les réunir, le motif photographié n’est pas du même ordre puisqu’il ne s’agissait ici que d’un simple jeu de vitre.


Publié dans notes sur clichés

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