Par un jour froid de beau temps

Publié le par ap

"Violet dans les gris.
Vermillon dans les ombres orangées,
par un jour froid de beau temps."
(Pierre Bonnard, 7 février 1927)


[...] Une large verrière, et toute la lumière vient de là, qui éclabousse l’intérieur de la pièce et déteint sur les cloisons. Le dedans est soudain devenu une chambre d’échos réverbérant la luminescence de ce paysage printanier. A peine rentrés, nous voilà donc déjà dehors, happés par la vibration du feuillage du mimosa. Sur la droite, la masse végétale semble flotter au-dessus d’une bande d’herbe, tandis que, sur la gauche, une trouée de l’écran jaune laisse entrevoir, derrière des touffes d’arbres plus sombres, une mosaïque de tâches rouges, blanches et bleues pâles, qui se perdent en contre bas. Tout en haut, une bande étroite de bleu de cobalt, sillonnée de nervures ocres, vient fondre son écume à la cime de l’arbre en fleur. Le bas de la verrière est une oblique abrupte qui tente un appui aux premières loges. L’espace vacille. A la légèreté aérienne du jardin répond la lourdeur massive de la main courante d’une rambarde. Ce balancier pesant de tout son poids sur le châssis, obéissant à une perspective inverse à celle suggérée par la baie, laquelle est maintenue en suspension par les deux rideaux latéraux, accentue l’impression de déséquilibre et renforce cette sensation d’enchevêtrement des lignes qui semblent étayer cet échafaudage branlant. Sous la poussée de la lumière qui traverse la dalle verticale et inonde l’atelier, c’est à peine si l’on distingue, dans un coin, discret et nimbé de rose, ce visage de femme.[...]*

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*Sur un tableau de Pierre Bonnard, "l'atelier au mimosa", 1939-1946, notes extraites d'un carnet - 1994

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